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Fouad Laroui
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L’écœurante ingratitude de l’Afrique du Sud

Par Fouad Laroui le 14/08/2019 à 13h00

Si ces gens-là ont le sens de l’honneur, peut-être vont-ils nous présenter leurs excuses?

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Ça nous arrive tous un jour. On raconte une anecdote, on publie un texte et puis, le lendemain, on tombe sur une information qui renforce encore ce qu’on avait dit ou écrit. Et on enrage: “ah, si j’avais eu ce renseignement!”

 

Il y a une semaine, j’ai publié dans un hebdomadaire parisien un texte qui se terminait ainsi:

 

“A l’époque, et malgré ces cas pathologiques aux confins, ça avait un sens, les fameux axes. (…) Et puis, en 1989, le mur de Berlin s’effondra, aux sons magiques du violoncelle de Rostropovitch. Deux ans plus tard, l’Union Soviétique disparut corps et biens, à la stupéfaction générale. Qui l’eût imaginé, quelques années plus tôt? (…) Les axes qui avaient défini le monde pendant la Guerre Froide - brrrr… - disparurent donc? Eh bien, pas du tout! (…) Les axes ont disparu dans les faits, certes, mais pas dans la tête de certains benêts qui nous gouvernent. C’est ainsi que l’Afrique du Sud ne cesse de faire des misères au Maroc (elle arraisonne ses navires, elle vote systématiquement contre lui à l’Union Africaine…) parce que ses dirigeants n’ont pas encore compris qu’il n’y a plus d’axe en Afrique. C’est pourtant une bonne nouvelle, non? L’Afrique peut enfin être une. Ohé, Pretoria! Y a p’us d’axe! Doit-on vous le dire en afrikaans? Daar is nie meer asse nie !

 

A peine le texte publié, je tombai par hasard sur une information qui me laissa pantois. Jugez-en.

 

Le journaliste Pierre Péan étant mort le 25 Juillet dernier, je voulus honorer sa mémoire en (re)lisant un de ses livres. Comme j’avais L’inconnu de l’Elysée (une biographie de Jacques Chirac) dans ma bibliothèque, je le pris en bas d’une pile et je m’y plongeai, une tasse de thé à portée de main, avec au loin les toits de Paris comme décor. Quelle ne fut ma stupéfaction de lire ceci dès les premières pages (il s’agit des pages 8 et 9):

 

“Bien des années plus tard, Chirac me dit tout de go:

- J’ai été militant de l’ANC de Mandela depuis la fin des années 60 (…). J’ai été approché par Hassan II, le roi du Maroc, pour aider au financement de l’ANC.

 

Il souligne que Hassan II a beaucoup aidé financièrement l’ANC.

- Il l’a soutenue dès le départ. Le souverain, qui avait une fortune personnelle importante, versait de l’argent à l’ANC. Il avait constitué un réseau de gens qui aidaient au financement de l’ANC. Il m’avait choisi pour cela…”

 

On se frotte les yeux. Non seulement Hassan II aidait l’ANC dès le départ, sur ses deniers personnels (!), mais il avait choisi un jeune ministre français fonceur, Jacques Chirac, pour constituer un réseau international pour soutenir l’ANC… cette même ANC qui depuis trois décennies fait front commun avec l’Algérie pour nous pourrir la vie!

 

Y a-t-il un seul général algérien qui ait donné un centime de sa fortune personnelle à l’ANC quand l’organisation clandestine de Mandela luttait contre l’apartheid?

 

J'espère que notre nouvel ambassadeur à Pretoria, l’excellent Youssef Amrani, va se procurer le livre de Pierre Péan, en traduire en anglais et en afrikaans les pages 8 et 9 et les distribuer largement dans les cercles proches du pouvoir en Afrique du Sud. Si ces gens-là ont le sens de l’honneur, s’ils savent ce qu’est la gratitude, peut-être vont-ils nous présenter leurs plus plates excuses?