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Paul Virilio et la Marche Verte

Par Fouad Laroui le 07/04/2021 à 12h00

Par conséquent, et si l’on suit le raisonnement de Virilio, la question ne pourra être réglée que lorsque Sparte sera devenue Athènes.

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Dans son ouvrage fondateur Vitesse et Politique, paru en 1977 aux éditions Galilée, le philosophe Paul Virilio donna sa propre interprétation de la Marche Verte, page 121: «Lorsque le roi du Maroc décide à l'automne 1975 de récupérer le Sahara espagnol, il n’y envoie pas son armée mais y lance des “marcheurs de la paix“ (…) comme si, après tout, il s’agissait d’une histoire à régler entre civils (…).»

 

Cette remarque ne tombe pas du ciel, elle fait référence à une idée exprimée dans le même ouvrage, page 72. Virilio y cite Aristote à propos de l’institution militaire. Selon Aristote, celle-ci ne doit pas constituer une exception parmi les autres institutions de la cité idéale, elle ne doit pas être à part, différente, comme elle l’était à Sparte ou en Prusse –exemple anachronique, on est d’accord, mais on se comprend; certains, paix à leur âme, auraient voulu être le Bismarck du Maghreb.

 

Autrement dit, Virilio pense la Marche Verte comme une application ingénieuse du principe aristotélicien: une querelle de civils se règle entre civils. En proposant immédiatement de négocier, en 1975, les Espagnols avaient parfaitement compris le message –contrairement, hélas, aux voisins du Maroc.

 

Virilio suggère que c’est bien là le nœud du problème: il y a d’un côté un État, le Maroc, où l’institution militaire est une institution comme les autres, aux prérogatives clairement (dé)limitées, et de l’autre une sorte de Sparte moderne où elle jouit d’un statut exorbitant, au sens juridique du terme.

 

Par conséquent, et si l’on suit le raisonnement de Virilio, la question ne pourra être réglée que lorsque Sparte sera devenue Athènes, c’est-à-dire une démocratie de civils (pardon pour le pléonasme), et que des deux côtés de la querelle on aura admis qu’un désaccord entre civils se traite entre civils.

 

Ce jour-là, il est fort à parier que cette querelle se videra vite: le temps de déguster un bon couscous bien goûteux, ou même plusieurs: berbère, fassi, au sept légumes, de Tlemcen, etc. Les pays du Maghreb n’ont-ils pas présenté ensemble, avec succès, le dossier du couscous à l’Unesco, pour qu’il soit ajouté au patrimoine de l’humanité ?

 

Arrivés au l’ben, repus, l'âme en paix, les uns et les autres règleront en un tournemain l’affaire du Sahara, qui n’est pas si compliquée, au fond. Ensuite, le thé étant servi, ils pourront se pencher sur la revivification du Maghreb –mais sans hoplite, ni César ni Bismarck: avec des civils.

 

Et vive le civisme, la civilité et la civilisation –que de perspectives enthousiasmantes dérivent de ce simple mot…

 

Encore un effort, frères maghrébins!