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Fouad Laroui
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Quand un parti s’excuse d’avoir un député nul

Par Fouad Laroui le 15/05/2019 à 12h07

C’est pas ici qu’on verrait ça, non?

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Je vais être clair… (Évidemment, avec un tel début, vous vous méfiez. Vous vous souvenez sans doute de cet inénarrable ministre qui ne cessait de répéter “j’ai été clair” pendant une interview alors qu’il n’avait strictement rien dit. Mais ce monsieur était un homme politique et cela l’obligeait à pratiquer la langue de caoutchouc; moi, j'écris des petits mickeys, je peux me permettre de dire les choses comme elles sont.)

 

Donc, je vais être clair: je déteste l’antiparlementarisme, qu’il soit primaire ou argumenté. Il n’y a pas meilleur régime que la démocratie représentative– je ne vous ferai pas l’affront de citer la phrase archi-connue de Churchill là-dessus. Ceux qui parlent de démocratie directe sont des niais: si on votait tout le temps et pour tout, on abolirait chaque matin la peine de mort pour la rétablir au crépuscule. Et ce ne sont pas Bouazza et Mme Michu qui pourraient discuter utilement de la Loi de Finances. Donc: vive le Parlement et les partis politiques!

 

Cela étant établi, il faut avouer qu’il y a là-dedans quelques fameux bras cassés, tire-au-flanc et autres peigneurs de girafe. Mais les partis s’arrangent pour les dissimuler dans la masse. Les absents n’ont jamais tort, les benêts se cachent, les incompétents font semblant. D'échec en échec, certains font même de remarquables carrières.

 

C’est pourquoi il faut saluer bien fort le geste surprenant de l’UDC, qui s’est officiellement excusé d’avoir fait élire une daube.

 

Vous me dites que vous n’avez jamais entendu parler de l’UDC. Est-ce là, me demandez-vous, un de ces hizbicules surgis autrefois de la cervelle de Basri et qui a survécu par la vitesse acquise et l'inertie galiléenne?

 

Pas du tout. L’UDC (Union Démocratique du Centre) est un parti suisse.

 

Qu’est-ce vous croyiez?

 

Et ce parti vient de publier un communiqué qui vaut son pesant de gruyère. L’UDC y présente ses excuses auprès de ses électeurs, et plus généralement du peuple helvète, pour avoir présenté comme candidate aux élections, il y a trois ans, une certaine Franziska Roth, dont il s’est aperçu, à l’usage, qu’elle était nulle. Plus exactement, attendez, j’ai là le texte, qu’elle n’avait “ni la volonté ni le talent nécessaires” à la bonne exécution de ses tâches.

 

Je lisais ce journal suisse la semaine dernière à Genève, à l’occasion du Salon du Livre. Nous étions quelques Marocains dans les alpages, à promouvoir notre culture. Quand j’eus montré la nouvelle à mes compagnons, ils s'écroulèrent de rire. Puis une clameur générale s’éleva dans cette salle cosy de l’Ibis (publicité gratuite) où nous prenions le petit-déjeuner:

 

– C’est pas chez nous qu’on verrait ça!

 

Tss, tss… Quels mauvais esprits… Allons, soyons optimistes, que diable! Nous pourrions faire aussi bien un jour, à force de nous améliorer. Et ce jour-là, nous serons devenus suisses. Nous serons à l’heure aux rendez-vous, nous respecterons les passages piétons et nous jetterons les ordures dans les poubelles, pas à côté. On peut rêver, non?