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Crèche de Noel
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La crèche de Jésus et les musulmans de France

Par Péroncel-Hugoz le 27/12/2014 à 10h30

Cette semaine, la chronique de Péroncel-Hugoz commence en « coup de dent » et finit en « coup de chapeau », et elle concerne à la fois les catholiques et les musulmans, du moins ceux vivant dans l’Hexagone.

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Passée presque inaperçue à l’étranger, une curieuse affaire a agité une bonne partie de la France, en ces semaines d’automne précédant Noël, le 25 décembre, fête de la Nativité de Jésus, Sidi Aïssa pour les musulmans. Alors que, depuis au moins saint François d’Assise (1182-1226), cet Italien qui visita Maroc et Egypte, le christianisme populaire, en pays latins, a pratiqué chaque Noël la tradition des « crèches » – reconstitution avec des « santons » de la naissance de Jésus à Bethléem, en Palestine –, cette année, sur plainte d’un militant laïciste, la crèche installée au Conseil général de Vendée (le département réputé depuis la Révolution de 1789 le plus catholique de France…) a été interdite par un tribunal local, réuni «en urgence», alors que d’habitude les procès traînent en longueur…


En général, c’est vrai, les crèches sont plutôt mises à l’intérieur des églises ou chez les particuliers (dans ma famille maternelle, les mêmes santons sont utilisés depuis les années 1820...), mais l’usage, désormais hors-la-loi, s’était également établi d’installer des crèches dans des bâtiments publics où officient des élus notoirement chrétiens. Cette interdiction a d’autant plus fait de bruit en France que l’Eglise catholique y est en perte de vitesse rapide (64 % des Français se définissent comme catholiques contre 81 % en 1952, et à l’heure actuelle 5 % seulement de ces catholiques assistent à la messe chaque dimanche) ; que se sont multipliées cette année les manifestations de familles catholiques (jusqu’à un million de personnes à Paris !) contre le mariage entre personnes de même sexe, manifs encouragées par une partie des évêques français, tandis que le pape François demandait aux élus chrétiens d’abroger la loi sur « le mariage pour tous »... Une violente campagne médiatique contre le « catholicisme zombie » s’est alors déchaînée en France, menée par des voix socialistes, laïcistes, franc-maçonnes, etc., donnant à bien des catholiques le sentiment d’être traqués, dans un pays où leur religion fut celle de l’Etat, du baptême du roi Clovis 1er en 498 à la séparation de l’Eglise et de la République en 1905, et où, néanmoins, les coutumes chrétiennes rythment encore de nos jours la vie quotidienne des habitants de l’Hexagone.


Aussi, alors que l’actualité internationale tend à creuser le fossé de peur et de méfiance entre chrétiens et musulmans, la présence de quelques milliers de ces derniers, naturalisés français ou résidant en France, aux côtés des catholiques lors des manifs hostiles au « mariage contre-nature », a été hautement appréciée par les chrétiens. (Lire notre « coup de dent » du 27 novembre 2014 qui explique en partie le « djihadisme gaulois » par la déchristianisation de la France).


Mieux encore, lors de l’affaire de la malheureuse crèche vendéenne, des musulmans anonymes sont venus publiquement à la rescousse des « cathos », telle cette Marocaine inconnue interrogée par la radio nationale française, et déclarant : « Je suis musulmane voilée et pratiquante, je respecte Sidi Aïssa et Lalla Maryam [La Vierge Marie] et je me sens solidaire des catholiques à propos de cette crèche interdite qui illustrait une croyance populaire inoffensive. Je souhaite que les autres crèches publiques installées ici et là ne soient pas enlevées et que des musulmans y mènent leurs enfants les voir ! ».


Ces circonstances me donnent l’occasion de ressortir une ancienne déclaration oubliée de feu le roi Hassan II, que je tiens pour importante, et qui fut délivrée à l’intention des observateurs non-musulmans assistant à Marrakech, en février 1980, à la Conférence des Oulémas, les théologiens musulmans sunnites : « Vous allez constater que, face à l’athéisme et aux courants matérialistes, l’Occident judéo-chrétien ne verra surgir qu’une seule force organisée qui le soutiendra et luttera à ses côtés pour la dignité humaine. Et cette force, ce sera l’Islam ! ». (1)


(1) Cité notamment par l’historien sociologue marocain, Ali Benhaddou, dans « L’empire des sultans. Anthropologie politique du Maroc », Riveneuve, Paris, 2010.