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Le Maroc me manque

Par Tahar Ben Jelloun (@Tahar_B_Jelloun) le 08/02/2021 à 10h59

Là, je suis en manque. Oui, comme un drogué, un amoureux passionné, j’ai besoin du Maroc. Une année sans le Maroc, cela ressemble à une punition, non que le plus beau pays du monde soit extraordinaire, mais nous l’aimons tel qu’il est, nous l’aimons et espérons le rendre meilleur.

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Cela fait aujourd’hui un an que je n’ai pas mis les pieds dans le plus beau pays du monde. Une année pleine de turbulences, de crises, de peur, d’angoisse, d’attente, d’espoir et aussi de deuil.

 

Une année sans voir mon pays.

 

Cela ne m’est jamais arrivé. Même durant les années difficiles, appelées «les années de plomb», je me suis toujours arrangé pour passer au moins deux bons mois chez moi. Là, je suis en manque. Oui, comme un drogué, un amoureux passionné, j’ai besoin du Maroc, de son air, de son soleil, de ses nuages, de sa poussière, de ses pluies, de ses montagnes, de ses arbres, besoin de sa foule qui m’énerve souvent, besoin de m’attabler à la terrasse d’un café et attendre l’ami avec qui dire du mal de notre pays, l’ami avec qui je rigolerai, l’ami qui me racontera ce que j’ai raté, qui me donnera des nouvelles des familles qui ont perdu l’un des leurs durant cette vacherie de pandémie, qui me redonnera espoir dans la réussite de la vaccination.

 

Une année sans le Maroc! J’ai le sentiment d’être exilé, dans la mesure où j’attends de recevoir la deuxième dose du vaccin pour enfin pouvoir voyager. Ici, en France, nous sommes nombreux à souffrir de la politique gouvernementale qui avance puis recule, qui promet des choses puis les oublie. J’ai entendu à la radio un député de droite hurler contre cette politique pleine de trous, d’hésitation et d’inefficacité. Il a donné le Maroc en exemple. Oui, il y a de quoi être fier. Non seulement la politique de la vaccination fonctionne bien, mais aucun passe-droit n’est admis. Cela m’a réjoui d’apprendre qu’un président de région a été sanctionné parce qu’il s’est fait vacciner avant que son tour n’arrive. J’aime ce Maroc discipliné, appliquant à la lettre les principes de l’Etat de droit.

 

Une année sans le Maroc, cela ressemble à une punition, non que le plus beau pays du monde soit extraordinaire, mais nous l’aimons tel qu’il est, nous l’aimons et espérons le rendre meilleur.

 

«L’état d’urgence sanitaire» a été prolongé par le gouvernement jusqu’au 10 mars. J’espère qu’à cette date, la pandémie sera en partie vaincue, que la vie redeviendra normale ou presque.

 

Je ne suis pas chauvin. Il se trouve que, nous autres Marocains, nous avons le pays dans le sang, dans la peau. Vous me direz, c’est le cas de tout le monde! Non, pas de tout le monde. Même si des jeunes font tout pour émigrer, je sais qu’au fond de leur âme, le Maroc est là et que tôt ou tard, ils reviendront à la terre natale même si elle a été ingrate avec eux.

 

Je suis patriote. J’aime que mon pays respecte le droit et les valeurs humanistes qui forment ses fondations. Il a fallu que l’intégrité territoriale de notre pays soit contestée violemment par le voisin de l’est pour que je me sente offensé dans mon corps et dans mon âme. Je ne suis pas le seul à avoir eu ce sentiment patriotique qui nous rattache au Maroc de façon forte et incontestable.

 

J’arrête cette déclaration d’amour, d’autant plus que je travaille en ce moment sur un ouvrage consacré au plus beau pays du monde, où je constate et dénonce tout ce qui ne marche pas comme il faut. Aimer, c’est aussi être vache avec l’objet de cet amour, vache, je veux dire exigeant, sans concession, bref attaché et amoureux.