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L’islam, compatible avec les lois de la République

Par Tahar Ben Jelloun (@Tahar_B_Jelloun) le 18/01/2021 à 11h03

L’immigration ce n’est pas un pique-nique printanier. Personne ne quitte sa terre, son pays, son environnement, sa culture pour le plaisir. Derrière chaque déplacement, un malheur, des drames, une nécessité.

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Ma dernière chronique a suscité des commentaires dont certains sont peu amènes. J’ai senti le besoin de mieux expliquer la dernière phrase où, d’une manière directe et provocatrice je conseille aux parents qui n’acceptent pas l’enseignement de l’école publique française de s’adapter ou de repartir dans leur pays.

 

Evidemment c’est violent, et comme l’a suggéré un des commentaires, raciste! Bon, on ne va pas s’énerver. Ce n’est pas du racisme.

 

Je me souviens d’un incident auquel j’ai assisté par hasard aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Un immigré, probablement marocain, est arrivé avec sa femme qui souffrait beaucoup. Un médecin de garde se précipite pour l’ausculter. Là, le mari l’arrête et réclame que sa femme soit auscultée par un médecin femme. Pendant ce temps-là la pauvre épouse poussait des cris de douleur. Quand les infirmiers emmenèrent la malade, le mari se mit à hurler et à insulter tout le monde.

 

J’avoue que je n’ai pas résisté à intervenir. Il ne voulait rien entendre.

 

Cette scène pourrait se passer aussi dans nos hôpitaux. Des hommes voient le mal partout et sous un prétexte religieux, essaient de justifier des comportements irrationnels.

 

En Europe, certains immigrés s’intègrent plus ou moins, d’autres résistent et refusent d’accepter l’environnement dans lequel ils ont été amenés à vivre. On peut cependant pratiquer sa religion dans la sphère privée et ne pas la faire intervenir dans les affaires publiques comme l’éducation ou l’hôpital. Pour cela, ils ont besoin qu’on leur explique en quoi consiste la laïcité. Ce travail n’est fait par personne. Ils entendent parler de cette notion dans les médias sans en percevoir toute l’importance et toutes les nuances.

 

Depuis la décapitation du prof d’histoire Samuel Paty le 16 octobre 2020, certains enseignants pratiquent l’autocensure pour ne pas se retrouver dans des situations analogues. De plus en plus de profs avouent éviter certains sujets jugés délicats par des parents. Par ailleurs, une élève, une adolescente, a dû changer de collège après avoir reçu des menaces de mort pour avoir exprimé en classe sa défiance des religions, la musulmane en particulier.

 

L’immigration ce n’est pas un pique-nique printanier. Personne ne quitte sa terre, son pays, son environnement, sa culture pour le plaisir. Les raisons économiques sont évidentes. Toutes les immigrations dans le monde ont été rendues nécessaires pour ces raisons. Il y a aussi la guerre et l’exil, comme on le constate depuis quelques années pour le peuple syrien, assassiné méthodiquement par son président Bachar al-Assad.

 

Derrière chaque déplacement, un malheur, des drames, une nécessité.

 

Toute immigration est un arrachement, une rupture, parfois c’est un exil. Ce qui se traduit aussi par un choc culturel. Il ne s’agit pas de renoncer à sa culture ni à sa religion, mais il faut savoir où on met les pieds. La France tient à sa loi de 1905 sur la laïcité, sur la séparation de la religion et de l’Etat. C’est une conquête après de longues luttes. Plus d’un siècle après, cet acquis de la démocratie est au centre de débats et d’incompréhension. Aucune religion n’admet de réduire son influence et de se ranger dans la sphère privée. Mais les catholiques, comme les protestants et les juifs ont fini par admettre cette réalité; ils ont créé leurs propres écoles avec l’accord de l’Education nationale. Rien n’empêche les musulmans d’en faire autant, à condition que ces écoles ne deviennent pas «le Cheval de Troie» par où passeront l’intégrisme et le fanatisme. L’islam est une religion de paix. Il faut qu’on la respecte et qu’on ne la détourne pas pour des objectifs qui n’ont rien à voir avec son esprit et sa vocation.

 

Le ministre de l’Intérieur français a réuni, il y a quelques jours, plusieurs représentants des musulmans en France. Ils ont réussi à se mettre d’accord sur un communiqué que Mohammed Moussaoui, le président du CFCM (le Conseil français du culte musulman) explique ainsi: «ce texte contient notamment les points d'accord: sur la compatibilité de la foi musulmane avec les principes de la République, sur le rejet de l'instrumentalisation de l'Islam à des fins politiques, sur la non-ingérence des Etats dans l'exercice du culte musulman en France, sur le principe de l'Egalité Homme-Femme et sur le rejet de certaines pratiques coutumières prétendument musulmanes».

 

Voilà qui est nouveau et clair. Encore faut-il convaincre les musulmans de France de la nécessité de respecter cet accord entre leurs représentants et l’Etat français.