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Aux Algériens, ces inconnus

Par Mouna Lahrech le 14/03/2019 à 10h57

Frères et sœurs, je pleure votre pays que je ne connais pas.

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L’autre jour, je me suis réveillée au petit matin, et je me suis surprise à prier, du fin fond de mon lit, pour qu’un bain de sang n’éclate pas en Algérie.

 

C’était là une menace formulée par le général Ahmed Gaïd Salah, principal gradé de l’armée du pays voisin, dès lors que les premières manifestations ont eu lieu.

 

Cet homme semble avoir entre-temps reculé, et fait désormais des appels du pied au peuple dont il est issu, alors que les défections dans le camp de «Bouteflika», ou ce qu’il en reste, se multiplient.

 

Comme de nombreux Marocains, je me sens une vraie fraternité avec ce peuple que je ne connais pas, ou que très peu.

 

Nous nous tournons le dos depuis tellement d’années que nous, Marocains, avions presque oublié qu’un peuple, fait de chair et de sang, bien vivant, vit à l’Est de notre frontière.

 

Depuis l’attentat de l’hôtel Atlas Asni à Marrakech, en 1994, je ne sais plus pour quelles exactes raisons nos frontières terrestres sont hermétiquement fermées et le poste-frontière entre nos pays, Zouj Bghal («Les Deux Mûles») porte un nom très à-propos depuis 25 ans, maintenant.

 

Alors voilà, écrire aux Algériens, c’est écrire à des inconnus, c’est presque comme si j’écrivais sur le désert, sur notre Sahara, sur de la pierraille, du sable, des cactus et quelques oasis de verdure.

 

Chers frères et sœurs, peut-être donc que je prêche dans le désert, mais je tiens à vous dire que vous êtes beaux dans votre légitime colère, que votre humour me touche au plus profond de moi-même, que j’applaudis fort votre volonté de vouloir recouvrer votre dignité bafouée par une bande d’apparatchiks, de mafieux, qui veulent s’accaparer votre pays et ses richesses, et donc s’arroger votre destin et votre fortune.

 

Ils n’ont pas le droit de vous faire ça.

 

Vous êtes en droit de réclamer vos droits, et vous avez su, jusqu’ici, le faire dignement.

 

J’ai été tellement fière de constater votre immense panache, de voir que vos marches se déroulent sans incident, pacifiquement, que pas un déchet ne traînait après vos légitimes manifestations, que ceux-ci étaient ramassés.

 

Frères et sœurs, mes larmes de Marocaine coulent en ce moment même, je pleure votre pays que je ne connais pas.

 

Le plus loin à l’Est que j’aie poussé, enfant, c’était Oujda.

 

Deux routes se faisaient face, et petite fille, je me souviens des signes de main amicaux que vous nous adressiez, dans vos voitures, de l’autre côté de la frontière.

 

Deux routes se faisaient face, l’une côté Maroc, l’autre en Algérie. Il ne fallait pas vous répondre, ordre nous avait été donné de ne pas vous saluer…

 

… Parce que Sahara…

 

Mon pays n’est pas au complet, pas encore, cela se joue, en ce moment même, à Genève et à New York.

 

Des marionnettistes, bien tapis dans les coulisses, manipulent une poignée de Marocains dans notre Sahara, et l’ombre de ce que l’on veut vous présenter comme étant un président.

 

Cette scène est celle d’une mauvaise pièce de théâtre.

 

Il n’y a qu’une seule chose à faire, quand ce qui se joue est nul: envahir les coulisses, envoyer paître, à coup d’œufs et de tomates pourries, ceux qui ont distribué de si mauvais rôles.

 

Peuple d’Algérie, je vous souhaite le meilleur.

 

Vous ne méritez pas ce qui vous arrive, et votre juste colère, je ne peux que la comprendre et la soutenir, moi, Marocaine.

 

Je vous envoie, de Casablanca, des signes amicaux de la main.

 

Liberté.
Dignité.
Paix.