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Cher Ahmed R. Benchemsi

Par Mouna Lahrech le 18/04/2019 à 12h01

J’ai décidé d’écrire au père de ma fille, dont j’ai divorcé il y a longtemps (avec soulagement). Il est la cause de la fermeture de Racines, une association culturelle.

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Cher ex-mari.

 

Cher père de ma fille, qui va avoir 17 ans très bientôt.

 

Bien sûr, je ne révèlerai rien ici des détails sordides de notre vie passée.

 

Les ponts entre nous sont aujourd’hui coupés, ouf, merci.

 

Les gens vont susurrer que je cherche à régler mes comptes, je vais laisser dire.

 

Ahmed, je suis fatiguée de ton imposture, qui n’en finit pas. 

 

Excédée de constater que tu continues à manipuler ton monde avec maestria.

 

Cette semaine, une association de Casa, Racines, qui accomplissait un formidable travail d’encouragement à la culture, qui sensibilisait, bossait, dur et fort, à mettre en place des projets culturels, ferme ses portes.

 

Une décision de justice, confirmée en appel.

 

Les locaux de Racines abritaient aussi, à intervalles réguliers, une émission, diffusée sur les réseaux sociaux et YouTube.

 

Un ersatz du très culte «93, faubourg Saint-Honoré», diffusé sur Paris Première, animé par Thierry Ardisson, baptisé ici «1dîner, 2cons». (Oui, j’avoue, moi qui n’aime pas ça, j’ai un peu maté la télé par le passé, mais ce fut de la bonne télé). Ahmed, je te tiens pour responsable de la dissolution de cette association.

 

Toi et tes conneries, toi et ton froid calcul, toi, et ton vœu de devenir le président du Maroc, après avoir souhaité être magicien, c’étaient là tes ambitions, quand tu étais enfant.

 

C’est vrai, en plus, purée.

 

Le mec voulait devenir le président du Maroc.

 

Il ne manque pas d’air, c’est clair.

 

Devenu adulte, tu n’as pas été antimonarchiste, bien sûr.

 

C’est parce que tu es aussi issu, par ta défunte mère, d’une vieille famille de Marrakech, qui a fidèlement servi l’Etat marocain et les sultans qui s’y sont succédé à sa tête, durant des siècles.

 

Tu viens aussi de Meknès, Ahmed.

 

Enfin… Tu en viens…

 

C’est bien neuf, tout ça.

 

Ton aïeul, de confession zoroastrienne (rien à voir, mais rien, avec l’histoire du Maroc) était arrivé de Perse, l’actuel Iran, au XIXe siècle.

 

Cher Ahmed Reda Benchemsi, cher père de ma fille, notre pays est une terre d’hospitalité, des Marocains y ont accueilli ton aïeul, à Meknès, donc, et quelques bonnes âmes «bien intentionnées» se sont empressées de le convertir à l’islam.

 

Deux siècles plus tard, Ahmed Reda Benchemsi (et tous les membres de sa famille paternelle) sont entre-temps, en toute logique, devenus marocains.

 

Ahmed, en 2010, tu avais tenté de publier, sur TelQuel, le magazine que tu avais fondé (quand j’étais en couple avec toi, il y a de cela des lustres) et que tu dirigeais alors, un sondage, en partenariat avec le quotidien Le Monde, où tu avais demandé à un échantillon de Marocains ce qu’ils pensaient de leur roi.

 

A cette tablée, lors de cette émission diffusée à partir des locaux de Racines, en 2018, sur YouTube, tu en as gloussé, t’es pavané, face aux approbations des uns et des autres.

 

Va falloir que tu captes un truc, avec tes gènes de chat persan.

 

Ici, au Maroc, le roi, ce n’est pas négociable.

 

Moulay Idriss 1er , le premier des Idrissides?

 

Ça date juste du VIIIe  siècle après JC.

 

La royauté, les dynasties qui se sont succédées sur notre terre, sont inscrites dans les gènes d’un peuple, le nôtre, celui du Maroc, depuis autant de temps.

 

Interroger ne serait-ce qu’un échantillon de la population sur le roi, vouloir publier ça, en l’état actuel des savoirs des Marocains, revient à négocier avec nos gènes.

 

Ou, pour utiliser une autre facette de ce même prisme, tu as aussi cherché à jouer avec notre inconscient collectif.

 

On ne trifouille pas là-dedans.

 

En tout cas, pas tant que nous, Marocains, dans notre ensemble, ne sommes pas éduqués.

 

La temporalité dans laquelle tu t’inscris est celle de pays dont les peuples ont su évoluer. Nous n’avons pas connu, ou peu, la révolution industrielle.

 

Tu as tiré à 100.000 exemplaires le numéro de ton magazine, celui qui a été immédiatement pilonné, et dont les notions que tu y prônais n’auraient pu être comprises que par une poignée d’entre nous.

 

Ceux qui savent lire, qui comprennent la langue dans laquelle je t’écris.

 

Tu es intelligent, évidemment. Mais tu n’es aussi que froid calcul, que tu mets au service de ton ambition personnelle.

 

Je peux te clamer, et publiquement certifier, que tu ne sers, et n’a servi, en créant ton magazine, que tes propres intérêts. Et non les valeurs que tu prônais.

 

Ton but? Emigrer par la grande porte, une fois ta cagnotte en poche, et TelQuel en roue libre, to The United States of America, ton grand rêve.

 

Partir du Maroc, le quitter.

 

Y foutre ta petite merde, et partir.

 

Prendre ta revanche sur la vie, sur ton enfance difficile, sur la hogra (le mépris) que tu as vécue. Et partir.

 

Ahmed, cher chat persan, je ne t’apprends rien, je te le martèle: Racines va fermer ses portes.

 

Tous les projets culturels qu’elle encourageait, qu’elle aurait pu continuer à porter, deviennent lettre morte.

 

A moins que cette association ne renaisse sous une autre forme, c’est ce que je lui souhaite.

 

C’est là ta faute, ta très grande faute. Je t’en tiens pour responsable.

 

Ahmed, je te l’écris, te le crie.

 

Tu le sais aussi bien que moi.

 

Tu n’as pas de valeurs.

 

Tu ne sers que ton ambition.

 

Jusqu’où celle-ci te mènera-t-elle?


PS. Généreuse de nature, comme tou.t.e.s les Marocain.e.s, j’accueille à bras ouverts tout «étranger» qui s’installe sur notre terre. La racine «hrch» qui fonde mon nom (rigolez un bon coup, et poursuivez) est aussi vieille que l’histoire des conquêtes arabes dans mon pays. Ok, j’accueille, comme nous tous.
Mais s’il vous plaît, la devise de mon pays. Dieu (quelle que soit la manière dont vous l’envisagez). La Patrie (ben oui, quoi). Le Roi (ouais, zut, à la fin).