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Mouna Lahrech
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Ze king

Par Mouna Lahrech le 18/10/2018 à 12h02 (mise à jour le 18/10/2018 à 15h50)

Allô, Omar? J’ai un gros scoop pour toi: nous nous trouvons au Maroc, un territoire régi par une monarchie.

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Plus question de jouer à cache-cache, la cible de ce jeudi, je la désigne nommément. Il s’appelle Omar Brouksy. 

 

Ce nom ne m’était pas vraiment inconnu, même si je n’avais, jusqu’à ce lundi,  encore jamais rien lu de lui. J’ai vraiment eu autre chose à faire jusqu’à présent.

 

Mais cette semaine, j’ai remarqué ce choupinet, qui vient de publier une tribune dans laquelle il s’en prend, tour à tour, à trois grandes plumes du Maroc: Leïla Slimani, Tahar Ben Jelloun, Rachid Benzine.

 

Ce gros mignon s’attaque donc à deux lauréats du prix Goncourt et à un intellectuel, le penseur éclairé d’un islam des lumières.

 

Rien de moins.

 

Ce qu’il leur reproche? De se «compromettre». De s’abstenir de critiquer l’action et les décisions du roi.

 

De se taire quand, selon lui, il leur faudrait trépigner, gesticuler en direction de Mohammed VI.

 

Manque de bol pour toi, adorable petit chou à la crème, je suis tombée en arrêt devant ta tribune, puis je l’ai lue.

 

Du coup, ces lignes te sont dédiées, cher universitaire, qui trépigne, récrimine, couine, du haut de ton estrade de professeur d'on ne sait quelle matière à Trifouilly-Les-Oies, heu, non, pardon, à Settat, qui est, comme chacun sait, ce vaste centre de savoirs et d’érudition, ce haut lieu de l’histoire plurimillénaire marocaine…

 

Allô, Omar? J’ai un gros scoop pour toi: nous nous trouvons au Maroc, un territoire régi par une monarchie.

 

Et de nos jours, c’est … Comment te dire? Légèrement compliqué.

 

J’ai eu, en lisant ta prose, ce net sentiment que tu n’étais au courant de rien.

 

Alors permets-moi de te (re)mettre un tout petit peu au parfum.

 

Mais avant, cette petite clarification s’impose: oui, je te tutoie, je te rudoie, et ce n’est pas terminé, tu dois peut-être t’offusquer de cette familiarité incongrue, alors que nous ne nous connaissons pas, mais voilà, après avoir lu ta tribune, je n’ai eu aucune envie de te vouvoyer et de te traiter avec les égards dus à ton rang de professeur universitaire.

 

Alors certes, tu as très certainement un cerveau autrement plus complexe que le mien, je te le concède volontiers. Cela ne change rien à ce que j’ai à te dire.

 

Ce roi auquel tu aimes tant t’opposer, je l’appelle, quant à moi, avec malice, «ze king», en appuyant fort sur mon accent frenchy, ou alors, à la teutonne, le «könig», et puis je me marre un bon coup.

 

Mais dis donc, tu m’as l’air bien crispé…

 

Allons, détends-toi, pose-toi un instant, sers-toi un petit verre si tu le veux, et lis ce qui va suivre. Parce que je me doute bien que tu vas lire tout ça. 

 

T’es prof?

 

J’ai tout juste le bac, et je me permets de te provoquer.

 

T’as les cheveux grisonnants? (Je t’avoue cet accès de tberguig, je suis allée regarder ta trombine).

 

Mes premiers cheveux blancs m’arrachent, quant à moi, des soupirs de désespoir et ma grande question existentielle, en ce moment, c’est: teinture or not teinture?

 

Mais foin de ces histoires de coiffure. Même si j’aime bien te narguer.

 

Omar Brouksy, tu as attaqué trois écrivains, des personnalités qui ont été les hôtes du roi dans son palais, ou qui, tu l’écris toi-même, pour le cas de Tahar Ben Jelloun, a été, en 1987, le destinataire d’une lettre signée de feu Hassan II, au moment où il avait reçu le Goncourt.

 

Je ne connais aucun de ces trois-là. 

 

A dire vrai, vous m’êtes tous de stricts inconnus, mais toi, pour ma première approche de ce que tu es, de ce que tu prônes, tu m’as rendue chèvre avec ta tribune à la noix.

 

Plus jamais, je le jure, je ne me polluerai l’esprit avec du Brouksy.

 

Omar Brouksy, choupinet, je crois bien que je ne t’apprends rien, ici, dans notre cher pays, ça vote PJD dans les villes. Ces islamistes soi-disant «light», au demi-poil prétendument allégé, se voient forcés de contenir leurs ardeurs, car si la monarchie ne les réfrénait pas, ils s’engageraient sans hésiter dans leur très hasardeuse entreprise.

 

Eh oui, gros mignon, tu ne le sais déjà que trop bien, ces demi-poilus, s’ils n’étaient pas aujourd’hui bridés d’une main de fer, rudement contrés dans leur désir de destruction de ce que nous sommes, de ce que pourrions devenir, se dirigeraient, de plus en plus, vers de l’hirsutisme absolu, totalitaire. Manichéen, manipulateur et hypersexué.

 

Ici, Omar Brouksy, adorable petit chou à la crème, je suis sûre de ne rien t’apprendre là encore, ça se voile, ça défend une pop-star à plusieurs reprises accusée de viol (le type en question est sous le coup de poursuites aux Etats-Unis, en France, il y a même eu une plainte à Casa, et il se trouve encore des bécasses qui prient pour qu’il soit libéré), c’est à moitié analphabète, à peine lettré dans son écrasante majorité, c’est machiste, moustachu (certes, c’est là une question de goût, pour parler ornement capillaire, mais bon, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas de relation de cause à effet entre ce balai-brosse au-dessus de certaines lèvres et cette virilité qui se veut toute supérieure).

 

Omar Brouksy, ici, c’est pauvre. Ça se bat pour sa survie. Ça mendie aux carrefours des grandes villes, ça dort sur ses trottoirs aussi, parfois.

 

«Ça», ce sont 35 millions d’âmes qui ne savent pas, ne comprennent pas, alors que toi, moi, quelques-uns issus de cette toute petite élite si nombriliste, si égoïste, n’ignorons pas deux-trois trucs, quelques notions fondamentales, que nous appréhendons aisément, parce que nous avons pu accéder au savoir.

 

35 millions d’âmes à guider...Te rends-tu seulement compte de la responsabilité qui incombe à ce roi, auquel tu aimes tant t’opposer?

 

Ces gens-là que tu as attaqués, ces Leïla Slimani, Rachid Benzine, Tahar Ben Jelloun, ne se sont pas «compromis» au sens où tu l’entends, ils acceptent simplement, lucidement, un état de fait - et je crois que tu es à même de le comprendre, sinon ce serait grave. Il y aurait, autrement, de quoi se poser des questions sur tes réels desseins.

 

Entérine donc cette vérité, l’histoire elle-même te la confirmera: cette dynastie, vieille de quatre siècles de règnes, tient depuis tout ce temps les rênes de notre pays, et se bat aujourd’hui encore pour que nous avancions, bon an, mal an, de bonne ou de mauvaise grâce.

 

Contrer le roi, car c’est ce que tu fais, pour toutes les raisons que je viens de t’énoncer, c’est, dans notre contexte actuel, chercher le chaos. Ni plus ni moins. C’est ce que tu souhaites?

 

Les thuriféraires, je ne les aime pas des masses, je n’en suis pas une.

 

Comme tu peux le constater ici, je suis d’une totale impertinence, car les codes protocolaires empesés du palais royal, je ne les comprends pas.

 

Mais comme ceux que tu as adoré vilipender, Leïla Slimani, Rachid Benzine, Tahar Ben Jelloun, figure-toi que j’ai les yeux grands ouverts sur une dure réalité. La nôtre.

 

Dans notre société encore très fermée, aux tentations de repli identitaire avérées, nous avons dramatiquement besoin d’un guide. De notre roi.

 

Ravale donc ta lippe boudeuse, Omar Brouksy, décrispe tes sourcils froncés. Ton attitude est ridicule, le sais-tu? Tu te trompes de cible, tu es complètement à côté de la plaque, le sais-tu, ça aussi?

 

Couine donc, si tu as si envie de couiner, mais à bon escient, s’il te plaît.

 

Ou alors, ouvre les yeux, décide de lui faire confiance, à ce king. Ne vois-tu pas qu’il se démène, dans le contexte terrible que je viens de te décrire?

 

Admets-le. Sois intellectuellement honnête envers toi-même. Pour une fois dans ta vie.