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Zineb Ibnouzahir

Zineb Ibnouzahir

© Copyright : Achraf Akkar

Liberté, j’écris ton nom

Par Zineb Ibnouzahir (@ZinebIbnouzahir) le 06/10/2019 à 12h38

Nous voilà donc poilues et de ce fait féministes, vergeturées mais tellement belles, grosses et «fashionable» et enfin aussi sanguinolentes que Dexter, en essayant de retirer cette fichue coupe menstruelle qui déborde, mais écolo et responsable.

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Il y a quelque chose d’assez gênant et d’hyper exaspérant aujourd’hui dans le fait d’être une femme.  Pas une heure qui passe sans qu’un article, une émission, une vidéo, un post ne fasse référence à nous, à notre intimité et à ce qu’on en fait.

 

Après des années de corvées épilatoires, on apprend ainsi un beau jour que le fait de laisser pousser ses poils est une nouvelle résolution féministe et qu’a contrario, le fait de les raser fait de nous les victimes d’un système machiste. Et parce qu’on a quand même du mal à y croire et à sauter le pas, après des décennies de dictature du poil, les stars et les influenceuses nous montrent le chemin en posant les bras relevés au dessus de la tête, l’air nonchalant, les aisselles touffues. Une sorte de poing levé contre l’oppression…

 

On tente aussi de nous réconcilier avec nos vergetures devenues tout d’un coup des «marques du bonheur» laissées sur notre corps. Ces mêmes magazines féminins qui nous bassinaient à coup d’astuces bidons, de remèdes de grand-mères (lesquelles se fichaient bien d’en avoir), de crèmes miracles qui coûtent la peau des fesses et de massages douloureux, nous pondent aujourd’hui des articles qui osent affirmer que «les vergetures rendent les femmes belles». Et la peau d’orange? Non, ça, on n’y est pas encore.

 

Notre graisse intéresse aussi tout le monde. Fini le temps où il fallait afficher une silhouette filiforme, désormais la tendance nous dicte qu’il faut assumer ses rondeurs pour être une femme accomplie. Et pour mieux nous faire entrer ça dans le crâne, on organise des défilés de lingerie avec des femmes «normales» et des shootings de mode avec des filles «généreuses» en maillot de bain, deux-pièces, parce que désormais, «fat is the new normal».

 

Nos ragnagnas ne sont pas non plus épargnées. Le tampax, naguère notre meilleur ami, est devenu notre hantise depuis qu’on a découvert avec horreur qu’il était infesté de pesticides. La serviette hygiénique a fait du chemin en s’adaptant à nos strings et enfin nous voici maintenant à l’ère des coupes menstruelles, le nouvel allié de celles qui veulent préserver leur culotte et leur corps tout en sauvant la planète.

 

Nous voilà donc poilues et de ce fait féministes, vergeturées mais tellement belles, grosses et fashionable et enfin aussi sanguinolentes que Dexter, en essayant de retirer cette fichue coupe qui déborde, mais écolo et responsable.

 

Cette attention constante portée à notre apparence, cette glorification du naturel, du non retouché, non photoshoppé et certifié sur instagram #nofilterneeded, nous est vendues comme une promesse de liberté. S’affranchir des codes imposés de la beauté pour mieux s’accomplir en tant que femmes libres… Un nouveau concept est né, la liberté des femmes.

 

Pourtant, dans le même temps et de par le monde, c’est une véritable bataille qui se livre au grand jour pour pouvoir disposer de ce corps soi-disant libre et affranchi.

 

Car si la tendance nous dicte jusqu’à la façon de tailler notre toison pubienne, le débat s’invite au-delà, dans nos profondeurs les plus intimes, pour nous dire quoi faire de ce corps, comment ne pas en jouir et lui poser des entraves.

 

Libres en apparence, enfermées à l’intérieur. Quelle horrible torture mentale…