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Zineb Ibnouzahir

Zineb Ibnouzahir

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Petits viols entre époux

Par Zineb Ibnouzahir (@ZinebIbnouzahir) le 17/11/2019 à 11h57

Dire non à un mari qui pense que le corps de sa femme est disponible en mode «self-service, 7j sur 7 et 24h/24» devrait être un droit reconnu par la loi.

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Il y a quelques jours, sur la chaîne française LCI, le philosophe controversé Alain Finkielkraut s’écriait, exaspéré: «violez, violez, violez! Je dis aux hommes: violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs, mais tous les soirs. Elle en a marre, hein, elle en a marre!» 

 

Des propos polémiques, justifiés, après coup, par du second degré qui n’aurait pas été perçu, et prononcés suite aux nouvelles accusations de viol qui pèsent sur le tristement célèbre réalisateur Roman Polanski.

 

Cette prise de position grotesque, qui vise vraisemblablement à faire valoir une certaine idée de la virilité, de la suprématie de l’homme sur la femme, et en particulier quand c’est la sienne, bon nombre d’hommes la partagent quand il s’agit de parler de sexe, envoyant valser l’adage qui veut que l’homme propose, et que la femme dispose.

 

Une fois mariés, la chose ne s’arrange pas tant il est convenu, d’un commun accord tacite, que les conjoints s’appartiennent, que l’on ne fait qu’un et que l’on est en droit de disposer du corps de l’autre.

 

En matière de sexe, on commence alors à faire la distinction entre le plaisir et le devoir conjugal, celui qu’il faut accomplir coûte que coûte, (même quand on a vraiment la migraine), pour ne pas risquer que l’homme, qu’on nous vend comme un être de passions et d’instincts primaires incapable de réfréner ses pulsions, n’aille voir ailleurs.

 

Cette façon de penser, qui veut que de nombreux hommes ne comprennent pas le concept de viol conjugal, n’envisageant pas que leur femme puisse dire et penser «non», et qui s’énervent en déclarant «mais enfin c’est ma femme, je fais ce que je veux!», occasionne pourtant de nombreux drames.

 

Ce fut le cas à Larache, il y a quelques mois à peine, lorsqu’un homme a forcé sa femme à une relation sexuelle non consentie et donc brutale, après un an d’un mariage non consommé, qui battait de l’aile.  Poursuivi pour viol avec défloration, l’homme a écopé de deux ans de prison ferme, mais n’a pas été condamné pour le viol proprement dit. Uniquement pour coups et blessures à l’encontre de sa femme.

 

«Quand l’accusé a eu une relation sexuelle avec la plaignante à la date du 29 juin 2018, cette dernière était son épouse. Ils étaient liés par un lien conjugal et partant, il n’y a pas lieu de parler de viol, les dispositions des articles 486 et 488 ne s’appliquant pas au cas d’espèce», a conclu la Chambre criminelle de Tanger pour ce cas.

 

La petite éclaircie pour nous au Maroc, on la trouve dans les recommandations du CNDH pour un changement du Code Pénal. Le CNDH recommande en effet la criminalisation du viol conjugal expliquant par la même occasion que le viol englobe toute atteinte sexuelle au corps d’autrui, même quand il s’agit d’une épouse et en la présence d’un acte de mariage. 

 

En l’occurrence, dire non à un mari qui pense que le corps de sa femme est disponible en mode «self-service, 7j sur 7 et 24h/24» devrait être un droit reconnu par la loi.

 

Car, oui, une femme mariée reste un individu à part entière, qui dispose de son corps comme bon lui semble,  et qui est en droit de refuser certaines choses.