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Zineb Ibnouzahir

Zineb Ibnouzahir

© Copyright : Achraf Akkar

«Tu sais ce qu’il te dit, son short?»

Par Zineb Ibnouzahir (@ZinebIbnouzahir) le 06/08/2019 à 20h15 (mise à jour le 06/08/2019 à 20h40)

Quitte à vous insurger cher parlementaire, dénoncez pour nous autres, que vous êtes censé représenter et qui payons votre salaire, le nivellement par le bas de l’éducation publique au Maroc. Un secteur, parmi d’autres, qui s’étiole et dénote du je-m'en-foutisme total d’une certaine classe politique.

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Cette réplique dont la réponse n’est pas difficile à imaginer, on la doit à la chanteuse française Jenifer, lorsqu’en plein concert, il y a quelques jours, un homme dans le public lui a demandé de le retirer. «Tu sais ce qu’il te dit, mon short?», lui a-t-elle répliqué, interrompant son concert, pour recadrer (et humilier au passage) le fauteur de trouble.

 

La réponse de Jenifer, on la reprend volontiers aujourd’hui, pour la balancer à la figure d’un parlementaire pjdiste, un représentant du peuple marocain, à savoir nous, qui a cru bon justifier son salaire en critiquant la tenue un peu trop légère à son goût de jeunes bénévoles belges venues faire gratuitement le travail de nos élus.

 

Plutôt que de saluer l’abnégation, l’amour de l’autre, le courage, la détermination de ces jeunes femmes venues d’ailleurs qui n’avaient absolument rien à gagner à venir construire une route pour désenclaver un village du sud marocain, Ali El Asri, élu PJD au sein de la Chambre des Conseillers, a préféré s’arrêter sur leur tenue, allant même jusqu’à tenter de jouer la carte de l’ironie. Malheureusement pour celui-ci, le second degré n'a pas plu à tout le monde, tant cela a manqué de finesse d’esprit.

 

«Depuis quand les Européens réalisent des travaux en tenues de baignade?», s’est-il insurgé, rappelant qu’en Occident, on ne badine pas, normalement, avec les tenues de sécurité sur les chantiers de construction.

 

Alors pourquoi viennent-elles s’exhiber chez nous, ces donzelles, qui auraient mieux fait de prendre exemple sur le chef de chantier des Village People (vous savez, celui avec son petit casque et son petit marteau), sachant qu’ici, comme l’omet si bien ce représentant du peuple, on ne s’offusque pas, en temps normal, de l’absence totale de tenues réglementaires sur les chantiers et des échafaudages casse-gueule qui ornent les parois des immeubles en construction…Mais passons.

 

Confiant dans sa position, ledit conseiller répond lui-même à sa question en pointant du doigt l’objectif inavoué de cette mission: «serait-elle humanitaire ou aurait-elle d’autres buts, sachant que la région est encore connue pour son conservatisme et son intolérance face aux vagues d’occidentalisation et de nudité?»

 

Les mots manquent face à l’énormité de tels propos. On réagira donc par un émoji, bien plus parlant pour la peine: émoji en forme de glace au chocolat.

 

Cette tenue non réglementaire sur un chantier, que le conseiller pjdiste nomme tenue de bain, c’est un tee shirt et un short.

 

En même temps et pour mieux comprendre cette vision étrange de la mode, il convient de se rappeler que des personnes de la même idéologie que ce monsieur pensent aussi qu’un burkini peut faire office de maillot de bain…Donc chez ces gens-là, monsieur, un short peut aussi bien faire office de string ficelle. CQFD.

 

Mais comme les goûts et les couleurs ne se discutent pas, laissons ces histoires de chiffons de côté, car le problème est ailleurs, tellement loin d’ailleurs que ça nous fait penser à ce proverbe chinois qui pour la peine est de circonstance: «le sage montre la lune, l’imbécile regarde son doigt.»

 

En l’occurrence, l’imbécile, c’est nous autres, les contribuables.

 

Plutôt que de s’offusquer de la médiocrité du travail des élus et surtout de la médiocrité tout aussi criante du ministère de la Solidarité, de la femme, de la famille et de développement social par exemple, ce cher et sage personnage détourne notre attention vers… un short, activant de la sorte de bons vieux mécanismes qui tentent encore de jouer la carte de la religion, des bonnes mœurs et de la bien-pensance.

 

Fort heureusement, le peuple marocain n’est pas (plus) dupe de ce type de stratagèmes. Il faudra trouver autre chose qu’une pseudo-colère mal placée pour parvenir aujourd’hui à nous détourner des vrais problèmes de ce pays dont, notamment, l’incitation à la haine et au terrorisme dont s’est rendu coupable un enseignant qui dénonçait lui aussi la tenue de ces jeunes femmes.

 

Alors quitte à vous insurger cher parlementaire, dénoncez donc pour nous autres, que vous êtes censé représenter et qui payons votre salaire, le nivellement par le bas de l’éducation publique au Maroc. Un secteur, parmi d’autres, qui s’étiole et dénote du je-m'en-foutisme total d’une certaine classe politique.

 

En attendant, grâce à vous et à votre sortie, le Maroc fait déjà la Une de la presse internationale. On vous laisse deviner en quels termes. Shouha!