A la Mostra, la priorité à l'authenticité et aux langues maternelles | www.le360.ma

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Natalie Portman illuminant le tapis rouge de la Mostra de Venise 2019.

Natalie Portman illuminant le tapis rouge de la Mostra de Venise 2019.

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A la Mostra, la priorité à l'authenticité et aux langues maternelles

Par Le360 (AFP) le 05/09/2019 à 11h11 (mise à jour le 05/09/2019 à 12h23)

L'époque où les films internationaux se déroulant au Moyen-Orient ou en Europe se tournaient de préférence en anglais est peut-être derrière nous: à la Mostra, plusieurs cinéastes ont choisi de tourner dans la langue de leur histoire, donnant la priorité à l'authenticité.

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Alors que le cinéma plébiscitait, il y a quelques années, la langue de Shakespeare pour la carrière des films, la "version originale" locale a le vent en poupe dans les films montrés à Venise, à l'image du "J'accuse" de Roman Polanski sur l'Affaire Dreyfus.

 

Imaginé au départ en anglais, annoncé depuis des années et repoussé plusieurs fois, ce thriller historique implacable sur une crise célèbre de l'histoire de France, co-écrit avec l'écrivain britannique Robert Harris, s'est finalement tourné en français, avec Jean Dujardin et Louis Garrel.

 

C'est même ce qui a débloqué le projet, a expliqué, lors de la conférence de presse le producteur français Alain Goldman. "Je pense que l'une des clés de la réussite de ce projet a été de passer de la langue anglaise à la langue française", a-t-il souligné.

 

"Car on a vu ces dernières années, dans le cinéma international et dans les séries, que la langue devenait un élément d'authenticité d'une oeuvre, alors qu'il y a quelques décennies, on pensait que seul l'anglais pouvait nous emmener vers l'international", a-t-il ajouté.

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Tourner en français "a permis au monde de comprendre qu'on allait faire quelque chose d'universel mais de très singulier".

 

Même réflexion pour le réalisateur franco-grec Costa-Gavras, qui a tourné "Adults in the room", adaptation du livre de l'ex-ministre grec des Finances Yanis Varoufakis sur la crise de la dette grecque, principalement avec des acteurs grecs et dans sa langue natale.

 

"Au début, j'ai pensé à des stars. J'en ai parlé à certains", a-t-il raconté à l'AFP.

 

"Mais ils ont dit que le problème, c'est que quand ils seraient en Grèce, ils ne pourraient pas parler grec", a-t-il ajouté.

 

"Cela aurait été très bizarre d'avoir une star américaine qui parle anglais avec des Grecs. Au bout d'un moment, on a dit +arrêtons tout ça, on va prendre des Grecs pour les Grecs, des Italiens pour les Italiens....+".

 

Le réalisateur américain Matthew Michael Carnahan a montré, de son côté, hors compétition "Mosul", sur une unité d'élite irakienne qui s'est battue en 2016-2017 contre le groupe jihadiste Etat islamique pour la reconquête de Mossoul, la deuxième ville d'Irak.

 

Une fiction produite par Anthony et Joe Russo - surtout connus pour avoir réalisés plusieurs volets de la saga "Avengers" - a été entièrement tournée en arabe, une première pour un film d'action hollywoodien.

 

"La première chose qui m'a semblé évidente, après avoir réalisé que je voulais diriger ce film, c'est qu'il n'y avait pas d'autre façon de le faire qu'en arabe, au plus près possible du dialecte" local, a souligné le réalisateur, devant la presse.

 

"Pour nous, le fait de tourner en arabe n'était même pas une question. Nous voulions rendre l'histoire la plus vraie possible", a renchéri Joe Russo.

 

Le réalisateur irakien, Mohamed Al-Daradji, producteur exécutif du film, a salué cette initiative, qu'il a voulu "soutenir".

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"Nous n'avons jamais eu la chance d'avoir une histoire arabe présentée de façon si positive", a-t-il ajouté, se disant "très optimiste sur le fait que ça puisse ouvrir la voie à d'autres films hollywoodiens".

 

Tourner dans une langue étrangère n'est cependant pas toujours des plus faciles.

 

Alors que le réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda ("Une affaire de famille"), a présenté en ouverture de la Mostra "La Vérité" avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche, tourné à Paris en français, l'actrice du "Dernier métro" a souligné la difficulté de travailler dans une langue que le cinéaste ne parlait pas, sans pouvoir échanger directement avec lui.

 

"C'était très étrange quand même, parce qu'il ne parle pas français ni anglais, tout passe par son interprète", a raconté Catherine Deneuve à l'AFP.

 

"On s'y fait au bout d'un moment", a-t-elle ajouté, expliquant que Kore-Eda suivait les scènes avec le texte traduit en japonais. Mais "ça devait être très compliqué pour lui".