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Sabine Weiss - Photographe - portrait

Sabine Weiss pose lors d'une séance photo chez elle à Paris le 15 décembre 2020.

© Copyright : JOEL SAGET / AFP

Carnet noir: Sabine Weiss, la dernière photographe «humaniste», n’est plus

Par Le360 (AFP) le 30/12/2021 à 09h43

Sabine Weiss aimait capturer les «morveux», les «mendiants» et les «petits narquois», croisés dans la rue. Cette photographe, espiègle et rigoureuse, connue également pour ses photos de mode parues dans le magazine «Vogue» était la dernière disciple de l'école française humaniste.

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Comme Doisneau, Boubat, Willy Ronis ou encore Izis, Sabine Weiss, décédée mardi à 97 ans, a immortalisé la vie simple des gens, sans toutefois revendiquer une quelconque influence.

 

«Je n'ai jamais pensé faire de la photo humaniste. Une bonne photo doit toucher, être bien composée et dépouillée. La sensibilité des personnes doit sauter aux yeux», affirmait-elle dans le journal français La Croix.

 

Lauréate du prix Women in Motion in 2020 de la photographie, Sabine Weiss a fait l'objet de quelque 160 expositions à travers le monde.

 

Pionnière de la photo d'après-guerre, cette technicienne hors pair, au parcours éclectique, en couleur comme en noir et blanc, était née en Suisse avant d'être naturalisée française en 1995.

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Personnalité discrète et moins connue du grand public que d'autres photographes de son époque, cette femme pétillante d'1m 55, qui niait avoir souffert d'une quelconque «ségrégation» comme femme, voulait établir «un dialogue constant» avec son sujet, considérant la photographie comme «une amitié».

 

«Les gens qui me connaissent sont ceux qui aiment mon regard», disait-elle sur la radio France Inter. «Je suis compatissante».

 

Le Paris de l'après-guerre a lancé sa carrière. Là, autour des années 1950, elle arpentait, souvent de nuit, la capitale avec son mari, le peintre américain Hugh Weiss (le couple adoptera une fille) pour figer des instants fugaces: ouvriers en action, baisers furtifs, allées et venues dans les bouches de métro. «La capitale, à l'époque, baignait la nuit, dans de beaux brouillards».

 

Sur ces clichés, les enfants sont très présents, comme cette rayonnante petite Egyptienne immortalisée au débotté. «C'est un défi, il faut aller vite et moi j'attends jamais!».

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Dans ce qu'elle nommait «mes images de morveux», elle accroche les sourires, les jeux ou les singeries de bouilles crasseuses aux vêtements déchirés. «C'est amusant de jouer avec les enfants de la rue», disait-elle, avec le désir d'avoir été le témoin de son époque et de dénoncer les injustices.

 

Née Weber le 23 juillet 1924 à Saint-Gingolph au bord du lac Léman, Sabine Weiss acquiert à 12 ans son premier appareil photo avec son argent de poche. Pas scolaire, elle apprend à 16 ans le métier dans un célèbre studio genevois.

 

Arrivée à Paris en 1946, elle travaillait pour le photographe de mode Willy Maywald. L'année de son mariage, en 1950, elle a ouvert son studio dans le 16e arrondissement tandis que Doisneau l'introduisait chez Vogue et au sein de l'agence Rapho (devenue Gamma-Rapho).

 

Elle fréquentait les milieux artistiques, faisait des portraits de Stravinski, Britten, Dubuffet, Léger ou Giacometti. Elle a travaillé et réussi dans plusieurs registres: reportage (elle voyageait beaucoup), publicité, mode, spectacle, architecture.

 

«J'ai fait de tout dans la photo», confiait-elle à l'AFP en 2020. «Je suis allée dans des morgues, dans des usines, j'ai photographié des gens riches, j'ai fait des photos de mode... Mais ce qui reste, ce sont uniquement des photos que j'ai prises pour moi, à la sauvette».

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Préférant en toutes choses la sobriété aux «choses très éclatantes», elle répond aux commandes des grands magazines (Newsweek, Time, Life, Esquire, Paris-Match etc).

 

Prolifique et généreuse, Sabine Weiss a légué, en 2017, 200.000 négatifs et 7.000 planches-contacts au musée Photo l'Elysée à Lausanne. «Je ne sais pas combien j'ai fait de photos, disait-elle à l'AFP en 2014, de toute façon, ça ne veut pas dire grand-chose».

 

Au cours de cette même interview, elle s'émerveillait - sans nostalgie - de la révolution numérique: «c'est formidable, ça fait de la netteté, le temps de pose, les objectifs sont merveilleux».

 

Actuellement, «les gens ne photographient pas tellement autour d'eux, mais plutôt eux-mêmes», constatait-elle auprès de l'AFP en 2020, en allusion aux selfies.

 

Pour elle, ce sont toutes les traces de vie qu'il faudrait conserver au fil du temps. «Il faut dire aux gens: photographiez, photographiez les gens, les choses autour de vous. Dites-le !»