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Fondation Nationale des musées

Sa Majesté le roi Mohammed VI.

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Coronavirus: la Fondation nationale des musées débloque 6 millions de dirhams en faveur des artistes plasticiens

Par Zineb Ibnouzahir (@ZinebIbnouzahir) le 12/05/2020 à 11h45 (mise à jour le 12/05/2020 à 12h44)

La FNM débloque 6 millions de dirhams pour venir en aide aux artistes plasticiens qui souffrent de la crise due au Covid-19. Cette aide coïncide avec une lettre adressée par Jack Lang à Mehdi Qotbi sur le rôle de l’art et de la culture dans la relance de l’économie en période de crise. Explications.

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La Fondation nationale des musées du Maroc (FNM), présidée par Mehdi Qotbi, a débloqué 6 millions de dirhams pour venir en aide aux artistes plasticiens qui souffrent des effets induits de la crise de la pandémie du Covid-19.

 

Cette aide «participe parfaitement des missions de la FNM concernera essentiellement les artistes en difficulté», confie Mehdi Qotbi, contacté par Le360, et se déclinera sous forme d’acquisitions d’œuvres d’art par la FNM. Une commission indépendante aura la charge de sélectionner les artistes et les œuvres.

 

Le360 a par ailleurs appris que la FNM fera de l’art et du patrimoine marocains sa priorité dans la programmation à venir.

 

Les musées placés sous l’égide de la FNM programmeront prioritairement des manifestations dédiées au patrimoine et aux artistes marocains. Ce coup d’accélérateur voulu par la FNM en faveur des artistes marocaines coïncide d'ailleurs avec une lettre adressée par le président de l’Institut du monde arabe, Jack Lang, à Mehdi Qotbi.

 

Dans cette lettre, Jack Lang suggère une réflexion franco-marocaine autour d’une nouvelle politique des arts, qui pourrait servir de levier en période de crise économique.

 

«La crise s’abat avec brutalité sur la vie artistique de nos pays», déplore Jack Lang.

 

«Là encore nous ne devons pas nous résigner, mais au contraire nous battre pour préparer un sursaut. Mieux encore, ce drame peut être l’occasion de réinventer la politique de l’art», suggère encore le président de l’IMA. En cela, Jack Lang voit grand, dans une vision commune qui ambitionne d'être «une occasion historique à saisir pour accomplir un véritable new deal culturel».

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Un précédent américain

Pour illustrer sa pensée et poser les bases de cette stratégie, Jack Lang prend pour exemple la révolution rooseveltienne de 1929.

 

En pleine crise économique, le président américain avait, contre toute attente, misé sur l’art en lui accordant une place de choix dans la relance de l’économie. Une première dans l’histoire du pays.

 

«Dans ce but, il avait créé le Works Progress Administration le confiant à un homme de culture d’envergure, Harry Hopkins, l’entourant d’une équipe brillante», explique Jack Lang.

 

«Le programme imaginé était fondé sur la certitude que les arts pouvaient avoir un effet de levier en période de crise non seulement sur la création d’emplois en masse, mais aussi en encourageant un vaste mouvement d’éducation populaire pour redonner de l’espoir aux Américains», poursuit Jack Lang dans son explication.

 

De manière plus concrète, ce nouveau programme a permis ainsi en quelques mois l’embauche de dizaines de milliers d’artistes.

 

«Sept mille écrivains, des milliers de peintres et sculpteurs, seize mille musiciens» énumère Jack Lang, en précisant aussi que s’y ajoutaient la création de plusieurs institutions, à savoir «le Federal dance project» et le «Federal theater projetc», lesquels se déployaient sur l’ensemble du territoire, sans compter «cinq grands théâtres régionaux créés de toutes pièces», lesquels avaient permis à cette époque de recruter près de 13.000 comédiens.

 

Mais ce n’est pas tout. Outre le recrutement en masse qui accompagna cette nouvelle politique de l’art aux Etats-Unis, Jack Lang rappelle également dans son courrier que «de ces actions financées par Roosevelt naîtront les plus grands artistes de l’histoire moderne des Etats-Unis».

 

Un phénomène «réjouissant», selon le président de l’IMA, qui cite ainsi les écrivains Saul Bellow, Nelson Algren ou Robert Frost révélés au cours de cette période, mais aussi les peintres Mark Rothko et Jackson Pollock, ou encore la photographe Berenice Abbot.

 

Côté musique, cette période d’effervescence artistique verra la consécration d’Aaron Copland mais aussi la création de l’orchestre philharmonique de Pittsburgh.

 

Le 7e art profitera également de ce nouveau souffle avec des nouveaux venus tels que John Huston, Nicholas Ray, Joseph Losey, Arthur Miller, «sans oublier Orson Welles qui deviendra l’un des symboles du Federal Theatre Project», rappelle Jack Lang, qui poursuit dans sa lettre sa longue liste d’exemples.

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De 1929 à 2020, même crise, même combat ?

Depuis la révolution rooseveltienne, 91 années se sont écoulées. Pourtant, l’histoire ayant une fâcheuse tendance à se répéter, «le moment n’est-il pas venu d’inventer un nouveau modèle culturel?», s’interroge Jack Lang à la lumière de ce précédent historique, qui mérite selon lui d’être médité.

 

Dans sa lettre, celui-ci révèle ainsi s’être entretenu de ce sujet avec le président de la République française, Emmanuel Macron, lequel aurait «annoncé quelques mesures importantes en faveur des créateurs».

 

Fort bien, mais quel serait le rôle à jouer du Maroc dans cette nouvelle stratégie culturelle? Et enfin, la question se pose aussi, pourquoi le Maroc?

 

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Le Maroc, architecte d’une vision nouvelle

Le Maroc de Mohammed VI a de grandes ambitions, notamment en matière de promotion des arts et de la culture, c’est là un fait, que Jack Lang n'a pas manqué de rappeler.

 

«Sa Majesté le Roi Mohammed VI a depuis son accession au trône montré son attachement à l’art et à la culture. Le Maroc a pris une place immense dans la vie culturelle et artistique internationale», écrit l’ancien ministre français de la Culture, dès le premier mandat de feu François Mitterrand, en 1981, avant d’en venir à une proposition de réflexion commune entre le Maroc et la France après avoir vanté la qualité des expositions proposées par le Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain de Rabat.

 

«Là encore, le Maroc pourrait ouvrir la voie à une vision nouvelle», entrevoit-il, avant d’exprimer un souhait…

 

«J’aimerais beaucoup que sur ce beau projet, la France et le Maroc puissent travailler étroitement, la main dans la main.»

 

Mais outre la politique culturelle du Maroc, qui force l’admiration en France et ailleurs, il convient de voir dans cette invitation à mener un projet commun aux deux pays une autre raison, qui, pour la peine ne relève pas du tout de l’art et de la culture, mais bien de la gestion exceptionnelle de la crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 dont a su faire preuve le Royaume.

 

En effet, Jack Lang, en préambule de sa lettre adressée à Mehdi Qotbi, le fait savoir en une courte phrase qui donne le ton à l’ensemble de sa lettre: «un mot d’abord pour vous dire: Bravo le Maroc».

 

«Nous admirons en France l’action remarquable conduite sous l’autorité et l’impulsion de Sa Majesté le roi Mohammed VI pour vaincre l’épidémie», confie-t-il, en prenant pour exemple le problème des masques sanitaires, qui a «très longtemps empoisonné en France la vie politique française».

 

«On est impressionné par la détermination du Maroc à assurer leur fabrication massive», poursuit-il.

 

«Quand un pouvoir politique veut, il peut», résume enfin le Président de l’Institut du monde arabe à Paris qui, à travers cette phrase, laisse entendre que le Maroc, en tant que pays souverain, visionnaire et précurseur de bien des manières, a un rôle crucial à jouer dans la réflexion qui accompagne la construction de nouveaux modèles, lesquels serviront de bases à un nouvel édifice.

 

Ce budget débloqué de six millions de dirhams ira d’abord aux artistes actuellement en difficultés, afin de leur permettre de continuer de créer et d’avoir une petite bouée de secours en cette période terrible. Mais la réflexion devrait porter sur une dimension plus importante comme le suggère la lettre de Jack Lang.

 

L’art et la culture sont absents des discours du gouvernement. Il ne faut d'ailleurs pas compter sur le PJD, qui considère l’art et la culture comme des activités oiseuses, inutiles et accessoires, voire qui plaide pour un «art propre», sans définir son propos, mais coupant, de fait, toute velléité d'une création par essence libre. C’est à d’autres ministres, issus d’autres formations, et ayant une conviction sur l’importance de l’art et de la culture dans une société, d’impliquer les créateurs dans la crise du Covid-19. Dans cette période anxiogène, les artistes ont besoin d’être soutenus, tout comme la société marocaine, qui ne peut se passer des artistes et des créateurs.