Plus de 80.000 visiteurs en 45 jours! Les dessous de l’audience record de la 1ère Biennale d’art contemporain de Rabat

Le360

Qui a dit que les Marocains ne s’intéressaient pas à l’art? Cette affirmation que certains brandissent, pour justifier le peu d’infrastructures culturelles que compte le royaume, est aujourd’hui magistralement balayée d’un revers de la main par la Biennale d’art contemporain de Rabat.

Le 03/11/2019 à 14h33

De l’art pour tous et partout. Tel pourrait être le credo de cette 1ère édition de la Biennale d’art contemporain qui se déploie dans la ville de Rabat depuis le 24 septembre et se poursuit jusqu’au 18 décembre.

Organisée par la Fondation nationale des musées du Maroc, présidée par l’infatigable Mehdi Qotbi qui a confié le commissariat général à Abdelkader Damani, la Biennale a investi plusieurs endroits, parfois méconnus, de la capitale, offrant la possibilité à ses visiteurs d’entreprendre une belle promenade artistique à travers la ville.

Beau, qualitatif, gratuit et accessible à tous: la clé du succèsLe Musée Mohammed VI, Le Musée des Oudayas, le fort Rottembourg, l’espace Expression CDG, la Villa des arts, la Galerie banque populaire, le Théâtre national Mohammed V, la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc, l’Espace d’art et de culture du GCAM (groupe Crédit agricole du Maroc), le Musée de l’Histoire et des civilisations et enfin le Parc Hassan II… Au cœur de cet archipel artistique, 64 artistes venues de 30 pays. Sans compter les trois cartes blanches confiées à l’artiste Mohamed El Baz, la réalisatrice Narjiss Nejjar et enfin à Sanae Ghouati et Faouzia Zouari pour le volet littérature et poésie.

Autant d’espaces qui ont vu défiler en leur enceinte un nombre impressionnant de visiteurs: plus de 80.000 en l’espace de 45 jours. C’est un record jamais enregistré auparavant pour une manifestation d’arts plastiques organisée par une structure marocaine. Et ce chiffre est appelé à s’accroître encore et encore jusqu’au 18 décembre, date de clôture de la Biennale de Rabat.

«Ca prouve une chose, l’intérêt des Marocains pour l’art», s’enthousiasme Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées.

Mehdi Qotbi explique ce succès par «des expositions d’une très grande qualité», au point que les gens se pressaient, «jusqu’à s’asseoir par terre» lors de la projection du film algérien Papicha, diffusé dans le cadre de la carte blanche de Narjiss Nejjar pour la Biennale, «alors même qu’il est interdit en Algérie et qu’il représentera pourtant ce pays aux oscars», s’émeut Mehdi Qotbi.

Et dans cette foule de visiteurs, venue des quatre coins du Maroc, et pas seulement de Rabat, selon le président de la FNM, «il y a beaucoup, beaucoup de jeunes.»

La jeune garde marocaine existe bel et bienVenus en famille, dans le cadre de sorties scolaires, ils viennent aussi «de quartiers défavorisés de la ville de Rabat chaque mercredi, grâce à des bus mis à leur disposition par l’Académie du Royaume, en accord avec le ministère de l’Education nationale».

Tout ce beau monde prend le temps de flâner de place en place, parfois sur plusieurs jours, descendant à pied du Musée Mohammed VI où se tient l’exposition «Les trésors de l’islam en Afrique» avant de se rendre au Musée des Oudayas et au naguère méconnu Fort Rottembourg où carte blanche a été donnée au jeune artiste Yoriyas dans cet espace qui sera baptisé musée de la photographie.

Outre les visiteurs marocains, les touristes ont aussi répondu présent en inscrivant la Biennale dans leur visite de la ville, grâce notamment au beau travail de communication entrepris par le Comité de tourisme régional de Rabat.

Sans compter l’incroyable traitement médiatique dont la Biennale a fait l’objet dans la presse internationale, de la France à l’Allemagne en passant par l’Espagne ou encore les pays d’Amérique latine. Partout, on salue cette biennale qui «selon l’un des organisateurs de la Biennale de Venise, qui en a pourtant visité 20 autres dernièrement, est l’une des meilleures», confie Mehdi Qotbi. Une reconnaissance qui vaut son pesant d’or pour une première édition.

Rabat, capitale culturelle du Maroc?Assurément pour le président de la FNM qui la qualifie d’ores et déjà de «ville lumière et capitale de la culture du royaume.»

Les raisons de ce succès? «Quand vous donnez de la qualité aux gens, vous leur montrez que vous les respectez», conclut Mehdi Qotbi qui tient au passage à souligner l’importance du travail d’équipe qui a été effectué en amont et in situ, notamment par Abdlekader Damani, commissaire de la Biennale, et Abdelaziz El Idrissi, directeur du Musée Mohammed VI.

Mais par-dessus tout, et quel plus beau signe d’espoir pour l’avenir: «beaucoup de jeunes âgés d’à peine 22 ans, diplômés d’écoles d’art, collaborent en tant que stagiaires et seront par la suite embauchés par la FNM avant d’être affectés dans différents musées», explique Mehdi Qotbi.

Autre belle perspective qui s’annonce, «le nombre grandissant des mécènes qui souhaitent aider, des privés qui sont prêts à donner. A l’instar de Anas Sefrioui, qui s’est proposé généreusement pour refaire le jardin de Dar El Bacha, ainsi que la scénographie du musée» conclut-il, confiant que l’avenir de la culture au Maroc est indissociable de l’implication de mécènes.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 03/11/2019 à 14h33