Vidéo. "La civilisation, ma mère" fait tourner Amal Ayouch

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Le roman de Driss Chraïbi ressuscite à travers le théâtre. Le texte porté à la scène est repris en France et au Maroc.

Le 17/09/2015 à 16h14

Il y a des textes qui ne vieillissent pas et qui ne connaissent pas de frontières non plus. Le roman, "La civilisation, ma mère" de Driss Chraïbi est de ceux-là. Ce texte a inspiré une pièce de théâtre qui se joue depuis deux ans. Amal Ayouch y campe le rôle principal ou plutôt tous les rôles car elle est seule sur scène. La mise en scène très épurée et puissante est signée Karim Troussi dans une adaptation intelligente d’Emilie Malosse. Voilà pour les présentations.

Côté théâtre il y a le jeu tout en nuance de la comédienne Amal Ayouch. Pendant cinquante minutes, l’actrice interprète plusieurs personnages, la petite fille, la grand-mère, le fils, l’oncle, entre autres, avec une énergie et une justesse remarquables. «Ce texte m’a émue par son approche humaine et humaniste d’un chemin de vie auquel on a envie de se rallier par temps maussade et, notamment, à l’heure actuelle où on ne sait plus à quel saint se vouer tant l’ambiance est au ballottement ; entre un vent de liberté dont on arrive tout juste à saisir les effluves et des bourrasques rétrogrades qui font froid dans le dos », explique-t-elle.

La pièce a été jouée plus d’une soixantaine de fois au Maroc, en France (notamment à l’Institut du monde Arabe), et en Guyane. Ce qui confirme la dimension humaine du texte tout en étant bien ancré dans la réalité marocaine des années trente. Pour ceux qui n’ont pas eu le plaisir de lire le magnifique roman de Chraïbi l’histoire est celle d’une femme enfermée dans une maison et qui voit arriver chez elle la civilisation incarnée par un poste de radio. Un objet qui va transformer sa vie entière. Un nouveau monde s’ouvre à cette mère de foyer analphabète et une véritable révolution envahira son esprit.

« Le roman de Chraïbi raconte avec tendresse et humour le décalage entre cette femme du passé et le monde qui se découvre peu à peu à elle, comme une enfant qui s’éveille au monde... », explique "La compagnie du jour" qui a monté le texte. La troupe reprend le chemin des tournées et la pièce est à nouveau programmée en France et plus précisément à Brest.

D’autres dates sont prévues au Maroc et en Tunisie. Comme à son accoutumée, la compagnie du jour organise débats et rencontres autour de la pièce. Pour le metteur en scène Karim Troussi, cela est essentiel. « Comme souvent, pour cette création, mon objectif était d’amener le théâtre là où il ne va habituellement pas (et plus particulièrement ici dans les écoles) pour parler et interagir directement avec un public qui ne va pas nécessairement au théâtre. Une manière simple et directe d’aller au-devant du public. C’est pourquoi nous avons décidé, Amal Ayouch et moi, de nous livrer à cet exercice qui consiste à monter un monologue sans décor et sans fioritures dans un endroit plus familier au public qu’à nous-mêmes... Pour le temps d’une représentation, les rôles sont ainsi inversés et le public, habituellement usager des lieux, s’y voit accueilli par la comédienne dans un spectacle intime, à portée de souffle », conclut-il.

Par Amira Gehanne Khalfallah
Le 17/09/2015 à 16h14