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Lahcen Zinoun, chorégraphe et cinéaste, vient de publier Le Rêve interdit, aux éditions Maya. 

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Vidéo. Parution: quand Lahcen Zinoun fait danser les phrases, décrit ses frustrations, écrit son "rêve interdit"

Par Qods Chabâa et Khadija Sabbar le 02/05/2021 à 14h43

"Le rêve interdit", autobiographie librement romancée de Lahcen Zinoun, vient de paraître aux Editions Maya. Dans cet ouvrage né d'une frustration, le chorégraphe et cinéaste prend une revanche, en attendant de déposer au CCM, une deuxième fois, le scénario de son film "Vie de danseur", un biopic sur sa carrière. Lahcen Zinoun en parle avec Le360.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire votre autobiographie?

Il y a cinq ans et demi à peu près, j’avais déposé un scénario pour faire un film sur ma vie de danseur. C’est prétentieux, mais je n’ai pas d’autre exemple. En plus c’est un sujet très interessant depuis Hay Mohammadi où j'ai grandi, et où il n’y a ni conservatoire ni quoi que ce soit, d'arriver au titre de soliste de caractère principal, l’équivalent de danseur étoile, dans une compagnie aussi honorable que le ballet royal de Wallonie.

 

J’avais déposé donc ce scénario [au Centre cinématographique marocain -CCM, Ndlr] et il a été rejeté. Je me suis sentie humilié et ça m’a rappelé tous les rejets que j’ai eus auparavant. Et pour ne pas laisser cette frustration m’habiter, je me suis dit: il faut que je réagisse. Entre autres, l’écriture de mon livre, puis monter un spectacle au théâtre de Shakespeare, c’est du cinéma et du théâtre en même temps. Les gens entrent et sortent de trois énormes écrans. Cette douleur m’a poussé à écrire ce livre. Pour que les gens sachent le chemin de croix que j’ai parcouru.

 

Devant la commission [du CCM, Ndlr], lorsque j’ai voulu défendre mon scénario, une personne m’a dit mais pourquoi la danse. Je me suis dis mais ce n’est pas possible on est encore dans la même situation. Toujours le rejet du corps. Le corps pose problème. Depuis que l’anathème a été jeté sur notre corps, on souffre de ce tabou.


 

Vous avez déjà vécu de nombreux rejets de nos projets au cours de votre carrière. L’art a-t-il joué un rôle dans cette résilience qui est aujourd'hui la vôtre?

Tout dépend de quel art on parle. La première des choses, c’est une croyance en cet art. Le choix. Ce choix, c'est soit on opte pour cet art, soit on le néglige complètement et on s’adonne à quelque chose d'autre en parallèle, soit on s’y donne corps et âme. Lorsque l’on voit le conservatoire national, il est parascolaire, en ce XXIe siècle. L’ironie du sort, c'est [qu'au Maroc] nous avons deux grandes entités, l’Orchestre philarmonique et l’Orchestre symphonique royal de Rabat, mais, en face, il n’y a pas de répondant. 

Le chorégraphe Lahcen Zinoun est révolté: voici pourquoi

 

C’est-à-dire qu’il n’y a pas de conservatoire qui peut offrir des éléments, des techniciens dans les instruments de musique, des virtuoses. Il n’y en a pas. Que ce soit dans le chant lyrique ou dans la danse... Le théâtre commence à peine, depuis la création de l'Isadac, de former des techniciens, dans l’animation, dans la scénographie ou dans l’interprétation ou la mise en scène. Mais ce n’est pas suffisant. Il y a très peu de candidats à cette école.


Dans votre revendication de reconnaissance avez-vous senti que votre droit est remis en question?

L’art est un droit. Tout enfant a le droit, dès le plus jeune âge, d’apprendre à jouer de n’importe quel instrument, d’avoir un conservatoire à sa portée, pour qu’il puisse étudier l’art en général. Nous manquons d’éducation artistique.

 

Si nous avions cette éducation artistique, le Maroc aurait été différent. Maintenant, les gens sont en train de se droguer et de dormir dans la rue. L’art est très bénéfique pour un pays. Sans art, un pays est mort. Et si on n'exauce pas le rêve des enfants dans le domaine culturel, nous sommes voués à l’échec.

 

Quand pensez-vous que votre «rêve interdit» sera enfin autorisé?

Je le souhaite. Notre Roi est très ouvert d’esprit. Je l’ai vu à l’œuvre, j'ai vu la manière dont il encourage l’art, comme pour le cinéma. Je suis cinéaste et j’ai vu comment le Roi a vraiment soutenu le cinéma. Le meilleur des exemples, c’est le Festival international du film de Marrakech. 

 

C’est merveilleux qu’un pays comme le Maroc puisse avoir un festival comme celui-là. Et à côté de cela, il y a du cinéma. A l’époque de feu Nour Eddine Sail [grand cinéphile, qui a notamment dirigé le CCM, Ndlr], nous sommes arrivés à 25 longs-métrages par an et à presque une centaine de courts-métrages, avec peu de moyens: 60 milllions de dirhams. Il y a un encouragement pour le cinéma et je souhaite que cela continue.

 

Mais, à mon avis, il faut des structures dans chaque quartier populaire. Dans une grande ville comme Casablanca, il devrait y avoir plusieurs conservatoires. Ainsi qu'un conservatoire central qui sélectionne les plus doués et leur donne un cursus, pour qu’on puisse avoir plusieurs artistes dans tous les domaines.

 

Contrairement à la danse contemporaine, la danse classique n’a pas bénéficié de la même visibilité…

C'est la France, qui a été à l'origine de la danse contemporaine. Ce n’est pas le Maroc. La France encourage la danse contemporaine. Mais celle-ci est orpheline; elle rejette la danse académique pour travailler le corps. Elle s’adonne à d’autres techniques comme les arts martiaux. Mais j’ai vu la vraie danse contemporaine, dansée par de vrais danseurs classiques à l’Opéra de Paris.

 

Mon premier choc en tant que danseur classique, à mon arrivée au Maroc en 1973, lorsque j’ai dansé, c'est que j’ai été hué et éjecté de la scène. J’ai alors compris qu’il y avait un fossé entre le public et moi, et que la danse classique ne faisait pas partie de notre environnement. Même chose pour la danse du patrimoine. 


 

En plus d’être chorégraphe, vous êtes également cinéaste et maintenant écrivain. Vos déceptions sont-elles à l'origine de ces différentes explorations?

Je me suis heurté à un énorme obstacle et je suis tombé dans une dépression nerveuse très importante. Je me suis donc intéressé à la peinture, puis je suis passé à la sculpture.

 

Dès le départ, j’ai compris que je ne devais pas insister en tant que danseur classique. Je suis passé à des rythmes marocains. J’ai dansé, avec Houcine Toulali, du Melhoun. J’ai travaillé avec des comédiens comme Naima Lemcherqui, Rachid Fekkak. J’ai exploité la musicalité du verbe, j’ai changé de tenue... Je ne mettais plus le collant académique, plus de musique occidentale...

 

Malheureusement, il n’y a pas d’écoute. Ça aussi, c’est une sorte d’interdit. Nous n’avons aucune chaîne qui diffuse de la musique classique ou de la musique contemporaine ou baroque. Allez donc en Asie, ce n’est pas leur culture, la musique académique, mais il faut voir où ils en sont maintenant. En Chine, il y a 50 millions de pianistes virtuoses. Ils envahissent le monde avec la musique classique, la danse classique, et j’en passe...