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Cover-Vidéo: A Marrakech, les opérateurs s’interrogent sur la vocation touristique d’Agafay

Le très convoîté désert d'Agafay, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Marrakech.

© Copyright : Ayoub Ibnou Fasih / Le360

À Marrakech, les opérateurs s’interrogent sur la vocation touristique d’Agafay

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Par Ihssane le 09/07/2022 à 18h25 (mise à jour le 09/07/2022 à 22h20)

Très convoité depuis la réouverture des frontières, et même avant, le désert de Marrakech connaît une affluence record. Mais ce formidable attrait pour la destination s’accompagne d’une prolifération des campements et activités qui portent un sacré coup à la vocation de sérénité, par essence, d’Agafay.

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Marrakech a longtemps traîné une image cliché de nomadisme chic qui n’était pas vraiment en phase avec la réalité. Mais depuis une quinzaine d'années, cette offre se voit confortée par la découverte d’Agafay, un spot unique à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de la ville ocre, où collines arides et rocheuses s'étendent sur plusieurs centaines d'hectares. 

 

Surnommé «désert marrakchi», ce joyau naturel, situé sur la route de Aït Imour offre un cadre idyllique au pied de l’Atlas et une impression d’être seul au monde. Ici, comme en atteste la situation de Oued N'Fis situé à proximité, les cours d’eau sont secs et la population locale recourt, déjà, au stockage d’eau potable en citernes pour faire face au stress hydrique aigu que traverse actuellement la région. 

 

Et contrairement à l’image véhiculée par certaines plaquettes publicitaires, il n’y a pas de sable à Agafay. Il s’agit d’un désert de pierres. Un climat aride, un sol rocheux qui se prête aux balades en quad ou en dromadaires, et une vue à couper le souffle. Et comme les étiquettes ont la peau dure, Agafay finit par s’imposer comme l’une des expéditions vedettes sur les plateformes de voyages en ligne, mais aussi comme destination de choix pour les enseignes locales, bien qu’elle soit, aussi, bradée par des vendeurs d’excursion à la sauvette. 

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Très convoité depuis la reprise post-Covid, quand quelques opérateurs d’ailleurs, à l’arrêt forcé prolongé, ont vite remarqué qu’elle était la seule zone touristique à attirer les touristes tant locaux avant la reprise des vols, qu’internationaux dès que les avions ont pu reprendre leur ballet, le désert de Marrakech connaît une affluence record, à en croire les agences de voyage. 

 

Mais ce formidable attrait pour la destination s’accompagne d’une prolifération des campements et d’activités, parfois sauvages, qui nuisent aux opérateurs déjà bien établis depuis des années. ««La zone a eu l’assentiment de beaucoup de touristes. Mais depuis la reprise, plusieurs personnes s’y installent dans un mépris total des spécificités locales, et des opérateurs, ce faisant, qui ont investi depuis des années pour satisfaire une clientèle en recherche de calme», s’indigne Pierre Yves Marais, opérateur touristique basé à Agafay. 

 

En effet, sur place, deux types de tourisme s’entrechoquent: un nomadisme chic incarné tantôt par des campements nomades tantôt par le concept anglo-saxon très en vogue d’écolodge qui promeut la quiétude et l’expérience du désert à travers les balades pédestres, les randonnées, les escapades en VTT et la découverte de villages environnants. Et, une offre informelle qui propose certes, des promenades à dos de dromadaires, mais aussi des locations de quad et autres quatre roues, le long de la piste ou de la route goudronnée qui sillonnent les collines d’Agafay.  

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Difficile d’admirer le coucher du soleil sans entendre le ronronnement des quads avec des circuits qui passent à côté des bivouacs. Autre objet de controverse: la tenue de soirées musicales et festivals, sources de tapages nocturnes pour les clients des camps et autres écolodges. «La nuit du festival Lost Nomad, j’ai des clients qui ne se sont pas endormis jusqu’à 6h00 du matin. De quoi faire perdre au lieu toute son authenticité…», se désole Pierre-Yves Marais.  

 

Face aux nouveaux entrants, les opérateurs établis depuis des années s’interrogent sur la vocation réelle d’Agafay. Mais à en croire d’autres opérateurs, ces manifestations demeurent sporadiques et il n’y a pas de quoi s’alarmer. «Ces festivals font appel à de la main d'œuvre locale et donc ça ne peut qu’être bénéfique à Agafay», soutient pour sa part Noureddine Bounagui, opérateur touristique. 

 

Mais face à la multiplication récente des activités informelles, les autorités ne réagiraient pas avec suffisamment de diligence, selon certains. De quoi semer le doute sur la portée touristique de cette localité susceptible de consolider l'attractivité touristique de Marrakech.