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Système d'irrigation.

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Agriculture: des périmètres de sauvegarde pour mettre fin à la surexploitation des nappes phréatiques

Par Ayoub Ibnoulfassih le 25/11/2021 à 09h00

En marge de la Conférence régionale africaine de la Commission internationale de l'irrigation et du drainage qui se tient à Marrakech du 23 au 30 novembre 2021, le ministre de l’Agriculture a annoncé une mesure de tailel: l’instauration de contrats de nappes et de périmètres de sauvegarde pour lutter contre la surexploitation des eaux souterraines.

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Produire plus avec moins d’eau. Telle est, à présent, l’ambition assumée par l’Etat, en ligne avec les orientations stratégiques du secteur agricole. «L’agriculture irriguée représente aujourd’hui 18% de la superficie agricole utile et contribue à pas moins de la moitié de la valeur ajoutée dans une année normale, et participe à hauteur de 75% du volume d’exportation», met en avant Mohamed Sadiki, le ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, lors de la Conférence régionale africaine de la CIID (Commission internationale de l’irrigation et du drainage).

 

Cette 5e conférence, qui a lieu à Marrakech du 23 au 30 novembre 2021, a pour thème: «Gestion durable de l'irrigation pour une meilleure résilience de l'agriculture en Afrique». L’évènement, qui s’étend sur une semaine à Marrakech, est co-organisé par l’Association nationale des améliorations foncières, de l’Irrigation, du drainage et de l’environnement (ANAFIDE), en partenariat avec la CIID. 

 

La maîtrise de l’irrigation est l’un des facteurs clés pour asseoir une base de résilience au secteur agricole. Autant dire que les performances de l’agriculture sont, désormais, jugées à l’aune de cet objectif. Car, derrière l’intensification des techniques agricoles se cache une quête permanente d’économies d’eau. Aujourd’hui, les superficies équipées en goutte-à-goutte s’élèvent à «700.000 hectares, soit 43%, contre 9% lors du lancement du PMV», sur un objectif global d’un million d’hectares d’ici 2030. Ces chiffres dévoilés par le ministre de l’Agriculture témoignent des avancées réalisées par le Royaume en matière de maîtrise de l’irrigation. Mais beaucoup reste à faire tant les défis sont monstres. 

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Les objectifs définis par la tutelle visent à enrayer la surexploitation des nappes phréatiques et à limiter les risques dûs à l'envasement des barrages et les pertes que cela induit sur la production agricole. «Nous allons poursuivre nos efforts pour économiser, in fine, 2 milliards de mètres cubes», a précisé Mohamed Sadiki lors d’un point de presse. Il en va de même pour la gestion des stocks d’eau. «La mauvaise gestion des puits est un volet sous-estimé au Maroc… De la mauvaise gestion des pluies à la surexploitation de la nappe phréatique, en passant par l’envasement en amont des barrages, les défis restent entiers», nous confie Aziz Fertahi, président de l’ANAFIDE. 

 

Si aucune partie prenante n’est tentée d’assumer le poids de la responsabilité, l’Etat semble prendre les devants pour répondre aux défis, en mettant, par exemple, en œuvre des mécanismes consensuels pour préserver les niveaux des nappes. «Pour assurer une gestion durable des nappes, nous œuvrons pour la responsabilisation des parties prenantes, notamment dans le cadre des contrats de nappes, mais aussi l’instauration de périmètres de sauvegarde des nappes menacées par la surexploitation», promet le ministre de l’Agriculture, en rupture totale avec les pratiques courantes en matière de gestion durable de l’eau.

 

Impératif de survie pour l’Afrique

La gestion durable de l’eau est avant tout une problématique mondiale. L’eau douce représente seulement 2,5% de l’eau disponible sur le globe terrestre, dont 0,5% seulement est accessible à l’homme. «Plus de deux milliards de personnes vivent dans un stress hydrique», rappelle Ragab Ragab, président du CIID.

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Dans cette quête de d’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques, plusieurs Etats africains se mobilisent pour apporter une issue aux problématiques du réchauffement climatique et de pénurie croissante en eau. Pour le continent africain, la gestion de cette ressource s’impose comme un impératif de survie en raison de l’augmentation de la population africaine. «En 2050, nous doublerons la production agricole avec les mêmes ressources d’où la nécessité de se préparer», souligne le président du CIID. 

 

Les  experts et consultants dans le domaine de l’irrigation issus de près de 50 nations, dont la plupart sont issues d’Afrique, sont réunis pour consolider leurs acquis en matière de gestion de l’eau. Ils s’accordent sur le diagnostic et l’urgence d’agir pour faire face aux périodes de sécheresses qui deviennent structurelles. 

 

Cette Conférence se veut aussi l’occasion pour promouvoir l’expertise marocaine à travers le monde. L'évènement qui se tient sur une semaine a pour finalité de valoriser l’expérience marocaine en agriculture irriguée avec le réseau scientifique et technique national et international de la CIID et à développer les échanges de coopération Sud-Sud pour un développement durable en Afrique.