Éditorial. Comment le Maroc peut rattraper son retard dans les télécoms

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Pour permettre à notre pays de rentrer de plain-pied dans l'ère du digital, il est primordial d’accélérer le développement du secteur des télécoms. Plusieurs pistes peuvent être retenues en vue d’atteindre cet objectif.

Le 01/08/2022 à 11h45

Sur instructions des plus hautes autorités du pays, le Maroc met en œuvre un nouveau modèle de développement. La démarche est novatrice et les objectifs déterminants. Conçu par une équipe d’experts dont tout le monde loue la compétence, l’objectivité et l’éloignement de tout calcul politicien, le nouveau modèle de développement s’assigne à la fois comme mission la consolidation des acquis et la correction des trajectoires. Le travail réalisé a permis au Maroc de détenir une véritable feuille de route et un nouveau pacte social, faisant consensus entre toutes les forces vives d'une nation dont l'histoire est millénaire. Des priorités ont été fixées, allant de la généralisation de la couverture sociale à la réussite du défi de l'éducation pour tous.

Dans cette perspective, le numérique a été identifié comme un levier majeur à même de permettre de relever les défis futurs dans des délais courts, eu égard aux enjeux sociétaux ciblés.

Or, faire bénéficier les différents chantiers ouverts de l’apport du digital suppose la mise en œuvre d'une véritable stratégie pour consolider un secteur qui en constitue le soubassement: les télécoms. Pour ce faire, il est important d'identifier les pistes à même de faire de ce secteur un outil accessible à tous en ville comme dans les campagnes, dans des conditions qui répondent aux standards en vigueur dans les pays développés (Amérique du Nord, pays de l'Europe et Asie). Cette ambition est largement à la portée du Maroc, du moment que le gouvernement prend conscience du fait que la réussite de ce secteur est en mesure de créer un cercle vertueux, comme ce que le Royaume a réussi à accomplir dans tant de secteurs.

L’intensification de l'usage du digital présente une vertu double: la première en ferait un domaine où la satisfaction des besoins des administrations, des entreprises et des usagers permettrait d'inépuisables opportunités d'emplois pour des jeunes formés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. La deuxième se traduirait par un accès simplifié aux services publics, un accès à l’école numérique plus efficace, optimisant la diffusion du savoir pour les élèves, qu'ils résident en ville ou dans les villages. Les secteurs privés évolueraient dans un environnement avec des procédures simplifiées accroissant leur productivité et leur transparence dans les affaires, augmentant du même coup les recettes fiscales pour permettre au système de redistribuer des moyens financiers à la hauteur des ambitions du Maroc.

Or, pour réussir tous ces paris, le autorités publiques, gouvernement et régulateur du secteur des télécoms, doivent absolument sortir rapidement le secteur de la situation où il se trouve actuellement. En effet, la dernière sanction infligée par le régulateur à Maroc Télécom vient rappeler une situation qui ne peut durer encore sans faire rater au pays le nécessaire virage du digital. Or, le pays ne peut absolument pas se permettre davantage de retards dans un domaine comme le digital, intimement lié au développement et au progrès. La percée réalisée par des pays comme la Chine, grâce notamment au digital, en est la meilleure preuve.

Afin de permettre à notre pays de rentrer de plain-pied dans l'ère du digital, il est primordial d’accélérer le développement du secteur des télécoms. Plusieurs pistes peuvent être retenues en vue d’atteindre cet objectif.

Le développement de l’internet fixe en fibre optiqueLe régulateur s'est fixé dans sa dernière note d’orientations générales des objectifs ambitieux pour permettre l’accès à la fibre optique à 5 millions de foyers. Cet objectif est à la portée du Royaume, pourvu que Maroc Télécom ouvre ses infrastructures aux concurrents, leur permettant le développement d’offres FTTH dans les zones urbaines, qui comptent près de 5 millions de ménages.

Cette ouverture qui concerne des infrastructures héritées du monopole, permettra le développement d’offres à moindre coût optimisant les investissements et permettant de facto l’accélération du rythme de déploiement de la fibre optique au Maroc. D’ailleurs, le Maroc pourrait s'inspirer des expériences des pays européens, qui ont organisé sous la supervision des régulateurs des procédures de partage de la couverture entre plusieurs acteurs, évitant ainsi qu'un logement ne soit équipé de trois prises dont seule une est utilisée.

Ouvrir à la concurrence le marché de l’internet fixe filaire (ADSL)Le Maroc compte à peine 1,6 million d’abonnés à l'Internet fixe filaire pour un nombre de logements équipés en infrastructures cuivre de l'ordre de 5 millions d’unités. Cette situation est la conséquence directe du monopole de Maroc Télécom sur ce segment de marché. Vingt ans après la libération du secteur, Maroc Télécom affiche toujours une part de marché de 97%. Or, c'est justement ce comportement qui a amené le régulateur à lui infliger en 2020 un amende record de 3,3 milliards de dirhams. Et pourtant, deux années après, Maroc Télécom se voit infliger des astreintes pour son non-respect de la décision de 2020, pour un nouveau montant de 2,45 milliards de dirhams.

Cette succession de sanctions laisse penser que le management de Maroc Télécom est sourd et peu disposé à lâcher prise. Cela peut s’expliquer par le fait que le management de Maroc Télécom s’est habitué à la situation de monopole qui lui a permis de servir pendant vingt ans un montant astronomique de dividendes à ses actionnaires, dépassant les 120 milliards de dirhams et en recevant, au passage, des bonus tout aussi mirobolants. De ce fait, le régulateur est dans son bon droit de continuer à accentuer la pression sur Maroc Télécom pour faire comprendre à son management que l’intérêt général passe avant les intérêts particuliers. Ce n'est qu'en faisant respecter la loi à Maroc Télécom que le pays peut avancer dans les chantiers structurants énumérés plus haut.

Couvrir les zones rurales par des services internet haut débitL’Etat a déjà fait des efforts louables dans ce sens en couvrant les zones rurales par l’internet mobile 4G et en faisant appel au fonds du services universel des télécommunications. Cette effort doit été accéléré pour généraliser l’accès à internet dans toutes les zones rurales. En effet, la faible densité de l'habitat rural (près de 40.000 douars) rend extrêmement coûteuse l'idée de vouloir couvrir ses zones par de l’internet fixe. Par ailleurs, les technologies mobiles (la 4G voire demain la 5G) et celles par satellite offrent des performances permettant de couvrir les besoins de ces zones dans des conditions qui correspondent aux standards internationaux et à des niveaux de coût très abordables. Des cas d'usages existent déjà au Maroc et ont montré un niveau de qualité amplement suffisant.

La mise en œuvre des pistes citées ci-dessus permettrait au Maroc non seulement de rattraper son retard mais également d’accélérer sa capacité pour relever les défis en tant qu'acteur majeur sur le continent africain.

Par Wadie El Mouden
Le 01/08/2022 à 11h45