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Les banques au Maroc ont sensiblement augmenté leurs provisions pour faire face aux défauts de paiement. 

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Face à la montée des périls, les banques marocaines jouent la prudence

Par Amine Kadiri le 20/11/2020 à 10h52

«Prudence est mère de sûreté»: les établissements bancaires ont fait sien ce vieil adage et mènent une politique d’anticipation des risques d’impayés. Cela se traduit par une hausse significative de leurs provisions, quitte à détériorer leur rentabilité.

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Depuis le début de la crise sanitaire, et ses effets négatifs sur la solvabilité des ménages et des entreprises, les banques marocaines sont confrontées à un affaiblissement de la qualité et de la rentabilité des prêts et à une hausse des créances en souffrance.

 

Selon l’agence de notation Fitch Ratings, qui publie ce jeudi 19 novembre un rapport sur le secteur bancaire marocain, l’évolution de la pandémie de coronavirus, et les nouvelles mesures restrictives prises au niveau national et dans la zone Euro (principal partenaire commercial du Royaume), font peser des risques sur la reprise économique et sur la qualité des actifs détenus par les banques.

 

Dans un contexte aussi imprévisible, les établissements bancaires jouent la prudence, et mènent une politique d’anticipation des risques d’impayés, qui se traduit par une hausse significative des provisions constituées, quitte à détériorer leur rentabilité.

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Selon Fitch Ratings, les provisions pour dépréciation des prêts constituées par les établissements bancaire ont, durant le premier semestre 2020, consommé plus de 63% de leur résultat opérationnel. Un niveau bien supérieur à la moyenne de ces dernières années (25% en 2019). La rentabilité des banques a par ailleurs été altérée par les dons réalisés au profit du Fonds spécial Covid-19, rappelle l’agence.

 

Côté perspectives, Fitch ratings s’attend à des provisions pour dépréciation des prêts de moindre ampleur au deuxième semestre de 2020 et en 2021, ce qui devrait atténuer la pression sur la rentabilité.

 

Toutefois, la qualité des actifs pourrait se dégrader considérablement. L’agence rappelle en effet que la conjoncture actuelle porte peu à l’optimisme: le taux de chômage est passé à 12,7% à la fin du troisième trimestre de 2020, contre 9,4% à la même période de l’année dernière, et plusieurs secteurs, dont le tourisme, la construction, l'industrie et le commerce, sont confrontés à des difficultés de trésorerie.

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Les premiers résultats du troisième trimestre des groupes bancaires, publiés ces derniers jours, montrent que les provisions atteignent des sommets. Ainsi, à fin septembre, le coût du risque, c’est-à-dire les provisions passées pour compenser d’éventuels accidents de remboursement des prêts, du Crédit du Maroc a été multiplié par 2,7 pour s’établir à 567 millions de dirhams, tandis que celui de la Banque centrale populaire a augmenté de 73% à 4,1 milliards de DH, en anticipation de la dégradation des conditions économiques.

 

Attijariwafa bank n’est pas en reste. Les résultats trimestriels rendus publics ce matin par le leader du secteur bancaire dans le Royaume font état d’une hausse du coût du risque de 239%, pour s’établir à 4,6 milliards de dirhams. Dans son communiqué financier, la banque évoque un «provisionnement anticipatif et prudent liés à la crise sanitaire et ses effets sur l’environnement économique».

 

Ces milliards mis de côté par les banques sont le signe clair qu’elles s’attendent à des lendemains difficiles.