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Filière céréalière: les détails sur le prêt de plus de 2 milliards de dirhams de la BAD au Maroc

Par Younes Saoury le 01/10/2022 à 14h46

Le Conseil d'administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé, mercredi 28 septembre 2022 à Abidjan, un prêt de 199 millions d’euros au Maroc, pour financer le Programme d’appui au développement compétitif et résilient de la céréaliculture (PADCRC). Les détails.

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Une bonne nouvelle pour les acteurs de la filière céréalière au Maroc. Le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé, mercredi 28 septembre 2022 à Abidjan, un prêt de 199 millions d’euros au Maroc pour financer le Programme d’appui au développement compétitif et résilient de la céréaliculture (PADCRC).

 

Il s’agit d’un programme d’appui budgétaire sectoriel préparé dans le cadre de la Facilité africaine de production alimentaire d’urgence (AEFPF) qui sera mis en œuvre sur la période 2022-2024.

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Dans son rapport d’évaluation portant sur les critères d’éligibilité du Maroc pour l’utilisation de l’instrument d'appui budgétaire, consulté par Le360, la BAD a pris en considération l’effet combiné de la sécheresse exceptionnelle qu’a connue la compagne 2021-2022, l’augmentation des cours internationaux des produits alimentaires et les conséquences du conflit entre l’Ukraine et la Russie qui ont impacté négativement les chaînes d’approvisionnement à l’international.

 

Selon le même document, le ministère de l’Agriculture a indiqué que la chute de la production céréalière nationale due à la sécheresse sera de 67% (à 34 millions de quintaux) en comparaison avec l’année dernière. Ceci correspond à une perte de 1,6 million d’hectares sur 3,5 millions d’hectares semés en céréales.

 

Les importations de blé se sont élevées à 25,2 milliards DH (2,47 milliards d’euros) à fin juillet 2022, contre seulement 13,4 milliards DH (1,3 milliard d’euros) à fin juillet 2021. Cette évolution est due à l’augmentation simultanée des prix du blé sur les marchés mondiaux (4.320 DH, soit 411 euros/tonne à fin juillet 2022 contre 2.781 DH, soit 259 euros/tonne à fin juillet 2021) et des quantités importées de 33% (41,2 millions de quintaux à fin juillet 2022 contre 31 millions de quintaux une année auparavant), note le rapport d’évaluation.

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Garantir la sécurité alimentaire

L’objectif assigné à ce programme est d’accroître la sécurité alimentaire et nutritionnelle par l’amélioration de la productivité et de la résilience de la céréaliculture nationale, afin de garantir la sécurité alimentaire sur le court terme et réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations de céréales, lit-on dans le rapport.

 

À travers ce programme, les experts de la BAD et le ministère de l’Agriculture s’attendent au renforcement de la performance technico-économique de la filière céréalière, ainsi que le renforcement de la résilience par l’amélioration de la gouvernance du secteur, l’accompagnement des acteurs de la filière et l’adaptation au changement climatique.

 

Développer la production locale et réduire les importations

Les deux parties s’attendent aussi à la réalisation des objectifs fixés dans le contrat-programme, en cours de finalisation, entre le gouvernement marocain et la Fédération interprofessionnelle des activités céréalières (FIAC). Il s’agit, entre autres, d’aboutir à un socle de production céréalière de l’ordre de 70 millions de quintaux en année moyenne, réduire la superficie céréalière de 5,3 à 4,2 millions d’hectares et de la superficie du blé à 3,2 millions d'hectares tout en améliorant la productivité d’environ 50%, précise le rapport. Le contrat-programme fixe aussi d’autres objectifs, notamment une amélioration du chiffre d’affaires pour atteindre près de 20 milliards de dirhams à l’horizon 2030 et une réduction des importations de l’ordre de 15% à 20%.

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Cet appui budgétaire au niveau de la filière devrait aboutir, selon les précisions des auteurs du rapport, à un surcroît de production locale de près de 3,2 millions de quintaux de céréales pour la campagne 2023-2024. Il devrait aussi permettre de réduire les importations d’environ 2 millions de quintaux, soit 960 millions DH sur les deux années de l’appui. Des revenus supplémentaires de 182 millions d’euros devront ainsi être générés avec la mise en œuvre des mesures préconisées par le programme. 

 

Près d’un million de céréaliculteurs concernés

Ce programme bénéficiera directement à l’État marocain à travers le ministère de l’Économie et des finances, «dans la mesure où les ressources du prêt seront inscrites au Budget de l’État et viendront renforcer les moyens mobilisés par les pouvoirs publics pour contenir la facture des importations des céréales et l’impact de la hausse des cours internationaux des matières premières», lit-on dans le rapport.

 

Il bénéficiera aussi à environ 980.000 céréaliculteurs qui sont majoritairement petits (exploitations de moins de 5 ha), dont 70.000 femmes. Ces derniers verront «leurs revenu, sécurité alimentaire et bien-être améliorés ainsi que ceux de leurs dépendants estimés à 12,6 millions», notent les experts de la BAD.

 

Les populations marocaines, spécialement celles à revenu limité, sont également les bénéficiaires directes de l’appui, car celui-ci contribuera à la préservation du pouvoir d’achat (abattement ou suspension des droits de douane sur les importations de céréales, etc.) et à renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ajoutent-ils.

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Les opérateurs privés actifs dans la filière céréalière (organismes stockeurs, minotiers, importateurs, transporteurs, etc.) figurent aussi parmi les bénéficiaires de cet appui. «Les mesures soutenues interviennent aux différents stades de la chaîne de valeur (production, stockage, distribution, etc.), renforçant ainsi sa viabilité et son attractivité pour les investisseurs privés», expliquent les auteurs du rapport.

 

Il convient de rappeler que depuis plus d’un demi-siècle, l’engagement de la BAD au Maroc s’élève à plus de 12 milliards d’euros. Les financements couvrent plusieurs secteurs: santé, énergie, eau, transports, développement humain, agriculture et secteur financier.