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Les économistes de l’Istiqlal jugent incohérent le projet de loi de finances rectificative

Par Khalil Ibrahimi le 14/07/2020 à 08h20

Dans un communiqué diffusé ce lundi 13 juillet, l’Alliance des économistes Istiqlaliens pointe les insuffisances et le manque de cohérence du projet de loi de finances rectificative. Pour eux, le projet n’a pas de positionnement clair et ne répond pas aux attentes socio-économiques des citoyens.

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C’est un exercice devenu régulier et classique chez l’Istiqlal (Parti de l’opposition) depuis 2011, celui de tirer à boulets rouges sur les lois de finances. Son Alliance des économistes (AEI) se dit encore une fois «surprise par le contenu du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2020». Elle exhorte de ce fait «le gouvernement à en rattraper les insuffisances, conformément aux attentes des opérateurs économiques et aux aspirations des citoyennes et citoyens».

 

Dans son communiqué, l’AEI précise «qu’elle a procédé à l’examen des hypothèses, des priorités et des données chiffrées présentées par le gouvernement dans son projet de loi de finances rectificative au titre de l’année 2020». Le jugement émis s’appuie donc sur une revue analytique, mais pas chiffrée, dans la mesure où l'AEI ne s’appuie pas sur ses propres modèles statistiques.

 

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L’AEI constate que «ce PLFR est caractérisé par un manque de clarté et de cohérence dans sa vision. il ne constitue ni un outil d’austérité ni un instrument de stimulation de l’offre, ou de soutien à la demande; et il ne reflète pas, non plus, les nouvelles priorités sociales et économiques, imposées par cette crise et attendues de tous, pour soutenir la reprise des activités, après plus de 3 mois de confinement généralisé».

 

Globalement, l’AEI estime que «ce projet ne comporte pas de dispositions significatives pour préserver les emplois existants et en générer de nouveaux ni de moyens pour réaliser le taux de croissance (ou de récession) projeté par le gouvernement, en vue de limiter les dégâts socio-économiques de la crise sanitaire».

 

L’AEI souligne «l’absence de mesures claires et volontaristes pour contenir la récession attendue».  

 

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Pour l’AEI, le gouvernement n’apporte rien de nouveau pour «limiter le recul substantiel du pouvoir d’achat des citoyens, particulièrement des classes moyennes, ni pour sécuriser un revenu minimum des salariés, des indépendants et des autoentrepreneurs ayant perdu leur revenu suite à cette crise, ni pour sauver les entreprises notamment les TPME et préserver les emplois».

 

Si le gouvernement déclare maintenir les mêmes priorités que celles de la loi de finances initiale, l’AEI attire son attention sur le fait que le contexte actuel a profondément changé. Il est marqué par «l’arrêt des activités de près de 100 jours, coûtant un milliard de dirhams de PIB par jour, selon les estimations du gouvernement».

 

Le PLFR n’affiche donc pas «la volonté du gouvernement de veiller à une utilisation rationnelle des ressources publiques ni à un meilleur ciblage des dépenses, notamment à travers une réduction substantielle du train de vie de l’administration».

 

L’AEI s’étonne du fait que «le gouvernement se soit contenté de régulariser certaines décisions prises par le comité de veille économique, d’actualiser certaines hypothèses, et d’intégrer quelques modifications au niveau des budgets de certains départements ministériels. Les secteurs dits prioritaires n’ont pas vu leurs ressources augmenter comme on pouvait s’y attendre».

 

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En tenant compte du fait que le HCP souligne un recul de près 14% du PIB durant la période du confinement, par rapport à la même période de l’année 2019, l’AIE estime que le PLFR n’apporte pas de mesures significatives permettant de soutenir les secteurs économiques les plus touchés par la crise, que ça soit au niveau du budget général, des budgets des services gérés de manière autonome, ou des comptes spéciaux du trésor.

 

Les économistes de l’Istiqlal rappellent qu’ils ont fait des propositions concrètes tout au long de ces trois derniers mois, pour la sauvegarde des entreprises et des emplois en général et pour les secteurs du logement, du tourisme, de l’artisanat et du digital, en particulier.

 

Le communiqué souligne qu’il y a «absence de mesures concrètes incitant les entreprises et établissements publics à une participation volontariste aux efforts engagés pour dynamiser les activités économiques et appuyer les entreprises nationales, notamment à travers un meilleur ciblage de leurs dépenses et l’application effective de la préférence nationale».

 

En ce qui concerne les données chiffrées du projet de LFR 2020, l’alliance souligne que «certaines de ces données ne reflètent pas la réalité de l’impact de la crise sanitaire sur le cadre macroéconomique de notre pays». Elle relève ainsi que «l’évolution des activités économiques durant le premier et le deuxième trimestres 2020, indique clairement que le taux de récession de cette année dépasserait les 6% du PIB au lieu du 5% projeté par le gouvernement».

 

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Ce n’est pas tout. L’AEI note que «les données relatives à l’exécution de la loi des finances à fin mai 2020, notamment le recul manifeste des recettes fiscales, montrent que le déficit budgétaire de l’année 2020 atteindrait 8% du PIB, et qu’il dépasserait 9%, si on ne tient pas compte du solde du compte d’affectation spéciale Covid-19».

 

Côté endettement public, l’AEI souligne que «l’autorisation d’augmenter le seuil d’endettement à 76 milliards de dirhams, pour la dette intérieure et à 60 milliards pour la dette extérieure, se traduirait par l’aggravation du taux d’endettement public à plus de 90% du PIB».

 

Dans ce cadre, et afin de préserver la souveraineté économique du pays, l’alliance invite «le gouvernement à une utilisation plus rationnelle de ces dettes et à un meilleur ciblage de projets directement productifs pour un développement local inclusif, durable et créateur de richesses et d’emplois dans les différents territoires du Royaume».

 

Il s’agit particulièrement, selon l’AEI, de favoriser le lancement de projets de désenclavement de zones reculées en les équipant en routes, en eau, et en électricité et de généraliser l’équipement du pays en énergies renouvelables et sa connexion à Internet.

 

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Parallèlement, et compte tenu de la dégradation de la balance des paiements en raison des baisses continues de la demande extérieure adressée au Royaume, des IDE, du tourisme et des transferts des MRE, l’AEI «exhorte vivement le gouvernement à mettre en place des mécanismes intelligents, non tarifaires, visant à n’importer que les produits et services strictement nécessaires et à promouvoir la production locale.

 

Enfin, l’AEI invite «le gouvernement à être réceptif aux propositions d’amendements des représentants de la nation, en vue d’améliorer ce projet de LFR 2020 et de sauvegarder notre tissu productif, préserver l’emploi et soutenir le pouvoir d’achat des ménages marocains».