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Abdelhamid Addou (PDG de RAM), Nadia Fettah (ministre du Tourisme et du transport aérien) et Adel El Fakir, (DG de l'ONMT).

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RAM et l’ONMT en désaccord sur la reprise des vols: sérieuses inquiétudes pour la relance du tourisme en hiver

Par Wadie El Mouden le 21/09/2020 à 18h17

Faute de visibilité sur la réouverture des frontières d’ici début novembre, la saison d’hiver sera sans doute perdue. Pour l'heure, la ministre du Tourisme et du transport aérien, Nadia Fettah Alaoui, peine à aligner le DG de l’ONMT et le PDG de RAM autour d’une même vision. Indiscrétions.

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Comme indiqué dans un précédent article, le siège de Royal Air Maroc (RAM) à Casablanca a abrité, jeudi 10 septembre dernier, une réunion consacrée à l'identification des besoins en matière de programmation aérienne à court et à moyen terme et à l'exploration des pistes à même d’atténuer l'impact de la crise de Covid 19 sur les secteurs du tourisme et du transport aérien.

 

Ont pris part à cette réunion, présidée par la ministre du Tourisme et du transport aérien, Nadia Fettah Alaoui, le PDG de RAM, Abdelhamid Addou, le directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), Adel El Fakir, le président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), Abdellatif Kabbaj, le président du Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech-Safi, Hamid Bentahar, ainsi que le président du Fonds d’investissement touristique H Partners, et vice-président de la CNT, Abbas Azzouzi.

 

Il faut dire que les professionnels du tourisme fondaient de grands espoirs sur cette rencontre qui, en principe, devait déboucher sur des mesures concrètes, compte tenu de la situation alarmante que traverse le secteur. La saison estivale a été complètement perdue, l’enjeu est de sauver celle de l’hiver qui démarre à partir du 1er novembre. «Le gouvernement doit se prononcer dès maintenant sur l’ouverture des frontières avant début novembre. Sinon, l’hiver sera synonyme du gel de toute activité touristique», insiste ce professionnel, présent lors du rendez-vous du 10 septembre.


Cette réunion intervient quelques jours après l’annonce de l’assouplissement des conditions d’accès au Maroc des ressortissants étrangers. Ces derniers peuvent désormais se rendre au Maroc sur la simple présentation d’une réservation d’hôtel et d’un test PCR négatif (réalisé 48 heures avant le départ), ainsi qu’un test sérologique.

 

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Pour René-Marc Chikli, président du Syndicat des entreprises de tour-operating (SETO), cet assouplissement ne suffit pas pour faire revenir les voyageurs au Maroc. «La République dominicaine effectue des tests à l'arrivée. Nous allons mettre en place un travail de lobbying avec les Entreprises du voyage (EDV) pour obtenir des tests à l'aéroport, sinon nous n'aurons pas le Maroc pour la Toussaint [vacances qui commencent en France à la mi-octobre et s'achèvent, selon le calendrier scolaire, début novembre, Ndlr]. Et si nous n'avons pas le Maroc à la Toussaint, nous pourrons difficilement l'avoir pour l'hiver», a-t-il ajouté en s’adressant à Adel El Fakir, directeur général de l'Office national marocain du tourisme (ONMT), présent à l'assemblée générale des Entreprises du voyage (EDV), mardi 15 septembre 2020 à Paris.

 

Sur cette question précisément, les professionnels estiment que le test PCR serait largement suffisant (le test sérologique n’apporte pas de réponse sur l’immédiateté de la présence du virus) et qu’il serait plus judicieux d’alléger la durée exigée du test PCR (72 heures au lieu de 48 heures).  Une fois ces mesures sanitaires préventives allégées, se pose ensuite la question de l’aérien. Car pour faire venir les touristes, il faut mettre suffisamment d’avions à leur disposition.

 

Revenons à cette réunion du 10 septembre. En effet, si rien n’a filtré des échanges, il convient de noter que cette rencontre n’a pas été sanctionnée par un communiqué comme le veut la tradition. La raison est simple. «La discussion s’est révélée infructueuse. Il n'y a rien de concret, rien à annoncer», confie l’un des participants qui dénonce le manque de préparation en amont de cette rencontre. Les professionnels estiment que la présidente de la séance, Nadia Fettah Alaoui, assume une grande responsabilité dans cet échec, car elle n’aurait même pas cherché à aligner l’ONMT et RAM, deux organismes placés sous sa tutelle, autour d’une même vision tournée vers une relance rapide de l’activité touristique. Au lieu de rapprocher les points de vue des uns et des autres, elle a laissé la réunion s’enliser dans un débat qui ne mène nulle part.

 

Que demande-t-on à RAM au juste? Les opérateurs touristiques veulent davantage d’avions à Marrakech et à Agadir, les deux destinations phares de la saison d’hiver. Ils trouvent anormal le fait que Marrakech soit reliée à la France (voire à toute l’Europe) à raison d’un seul vol RAM par semaine, contre 5 vols par jour auparavant.

 

Avant la pandémie, l’aéroport de Marrakech comptait 477 vols par semaine, toutes destinations confondues, dont seulement 19 (soit à peine 4%) étaient assurés par RAM (4%) contre 77 vols pour Easyjet, 100 chez Ryanair et 50 pour Transavia.

 

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Pour atténuer l’impact de la crise qui frappe le secteur depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, l’accompagnement de la compagnie nationale est vivement sollicité. Les hôteliers de Marrakech et d’Agadir demandent à RAM de renforcer ses vols à destination de la France, de l’Angleterre, de l’Espagne et de la Belgique, et ce à compter du 1er novembre. Ces quatre pays drainent environ 80% des arrivées touristiques.

 

Visiblement déstabilisé par les récents développements de la crise sociale au sein de la compagnie, suite au licenciement économique de 140 salariés, le premier du genre depuis la promulgation du nouveau Code du travail en 2004, Abdelhamid Addou s'accroche à une position purement conservatrice. Pour lui, en dehors des vols spéciaux déjà programmés, il n’est pas question de faire voler d’autres avions de RAM si la compagnie ne reçoit pas une contrepartie sous forme de garanties financières. Autrement dit, Addou veut sécuriser un certain taux de remplissage en dessous duquel l'État (à travers l’ONMT notamment) serait appelé à subventionner les sièges vides dans les avions.

 

De son côté, le DG de l’ONMT se serait opposé à cette démarche à laquelle il préfère l’idée de remplir d’abord les vols existants (vols spéciaux) avant d’ouvrir de nouvelles lignes point à point, en allant réactiver les marchés pour ramener un maximum de touristes. On comprend aisément que l’ONMT évite de tomber dans le piège coûteux des subventions qui risquent d’épuiser ses ressources financières au détriment de la promotion. Pour Adel El Fakir, ce débat qui était justifié il y a quelques années, en raison d’une pénurie d’avions, n’a pas lieu d’être soulevé dans le contexte actuel.

 

Pour les hôteliers présents autour de la table, la position du PDG de RAM a été pour le moins surprenante, surtout venant du numéro un d’une compagnie nationale qui a longtemps fait de l’accompagnement du tourisme sa raison d’être. Les professionnels y ont vu le reflet d’une vision court-termiste, motivée par un besoin de rentabilité immédiate, et qui ne se soucie guère de l’avenir d’une industrie dont dépendent plus de 500 mille emplois directs au Maroc.

 

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«Au même titre que les hôteliers qui ont ouvert ou ceux qui vont ouvrir, RAM doit admettre que 2021 sera une année déficitaire et, par conséquent, raisonner à moyen terme. La priorité est au maintien du positionnement stratégique de la destination Maroc», renchérit ce professionnel. 

 

La réunion du 10 septembre s’est ainsi soldée par un échec inattendu. Preuve en est la décision de poursuivre les discussions dans le cadre de commissions «techniques et opérationnelles». Une manière d’éterniser le débat et de camoufler l’échec du ministère qui hésite à trancher dans un dossier décisif pour des centaines de milliers d’emplois.