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Chakib Alj et Mehdi Tazi, respectivement président et vice-président de la CGEM. 

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Report de la hausse du SMIG: c’est au gouvernement de trancher, et vite!

Par Amine Kadiri le 14/09/2020 à 17h38

Un troisième round de négociations tripartites est prévu dans les prochains jours pour déterminer les secteurs d'activité qui bénéficieront d’un report de la hausse du SMIG. Le gouvernement est appelé à sortir de son mutisme et à trancher.

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Le flou règne toujours concernant l’application de la deuxième tranche de l’augmentation du SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti), conformément à l’accord tripartite conclu le 25 avril 2019 dans le cadre du dialogue social, entre le patronat, les syndicats et le gouvernement.

 

Alors que la hausse de 5% du salaire minimal devait être appliquée à partir de la paie du mois de juillet 2020, le patronat milite plus que jamais pour un report de 6 mois, voire d’un an, de cette augmentation, évoquant la situation exceptionnellement difficile que traversent les entreprises à cause des effets de la crise sanitaire. Les principales centrales syndicales, quant à elles, campent sur leur position et s’opposent fermement à tout report.

 

En attendant de trouver un terrain d’entente avec les partenaires sociaux, Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) avait encouragé, fin juillet, les entreprises évoluant dans les secteurs en difficulté, à ne pas appliquer la hausse, et de privilégier le maintien des emplois.

 

Combien sont-elles à avoir suivi cette recommandation? A la CGEM, on assure ne pas disposer, pour le moment, des reportings des entreprises membres pour répondre précisément à cette question.

 

«Nous sommes en train de lancer la troisième édition de l’enquête du Baromètre des impacts du Covid-19 sur les entreprises, pour avoir une idée précise sur l’application, ou non, de la hausse du SMIG», affirme à ce sujet Hicham Zouanat, président de la Commission sociale de la CGEM.

 

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Toujours est-il que plusieurs entreprises ont renoncé à appliquer la hausse du SMIG, quitte à se mettre en porte à faux vis-à-vis de la loi. Les organisations syndicales ne manquent pas de rappeler d’ailleurs qu'un engagement est un engagement, et ne pas le respecter constitue une violation de la loi qui expose à des sanctions.

 

«Nous ne renonçons pas à notre engagement d’augmenter le SMIG, mais nous demandons un report, au vu du contexte exceptionnel dans lequel nous évoluons, et au moment où les entreprises se battent pour maintenir les emplois», rétorque le président de la CGEM.

 

«La CGEM a déjà montré sa bonne foi, en respectant la plus grande partie de ses engagements pris lors de l’accord social signé en avril 2019, ce qui n’a pas été le cas pour les autres parties prenantes», argumente Hicham Zouanat. «La réalité», poursuit-il, «c’est que nous avons été rattrapés par une crise sans précédent, et par conséquent, nous avons engagé un dialogue avec le gouvernement pour voir comment il est possible d’appliquer la hausse du SMIG tout en la rendant plus facile à digérer pour les entreprises, en la reportant de 6 mois ou 1 an».

 

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Deux rounds de négociations ont déjà eu lieu durant le mois de juillet, sans qu’ils aient débouché sur un accord global. Tout au plus, indique la CGEM, il y aurait un accord de principe pour le report de la hausse du SMIG pour deux secteurs, à savoir le tourisme et le textile, qui sont parmi les plus durement touchés par la crise. «Nous souhaitons que le report bénéficie à une dizaine de secteurs parmi les plus fragilisés», indique-t-on du côté de la Confédération patronale.

 

Dans cette affaire, l’attitude du gouvernement laisse perplexe. Tout en se disant ouvert au dialogue, il ne semble pas être enclin à arbitrer. «Le gouvernement nous demande de mener les négociations en bilatérales, au niveau de chaque région, avec les syndicats. Mais une telle démarche prendra plusieurs mois. Or, il y a urgence», déplore un membre de la CGEM, sous couvert d’anonymat.

 

Le gouvernement se défausse-t-il? C’est en tout cas ce que laisse entendre notre interlocuteur. «L’Exécutif doit prendre ses responsabilités et trancher sur le nombre de secteurs qui bénéficieront du report de l’augmentation du SMIG».  Et le plus vite sera le mieux.

 

Un troisième round de négociations est d’ailleurs prévu dans les prochains jours. Dans un contexte autant porteur d’incertitudes et d’angoisses, les opérateurs économiques ont plus que jamais besoin de visibilité. Le gouvernement serait donc bien inspiré de régler définitivement cette question.