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vente pyramidale

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Ventes pyramidales: les cinq choses à retenir

Par Younès Tantaoui le 20/08/2016 à 15h35

Avec la prolifération d'entreprises qui font de la vente pyramidale, la Banque centrale décide de saisir le taureau par les cornes et appelle les banques à la vigilance. Ces dernières devront désormais suivre de près les comptes de ces sociétés et tenir Bank Al-Maghirb informée de leurs opérations.

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C’est une lettre datant du 29 juillet dernier, mais dont l’existence vient à peine d’être révélée cette semaine par plusieurs de nos confrères. Bank Al-Maghrib a émis de nouvelles directives aux banques de la place pour qu’elles soient plus vigilantes face aux entreprises qui pourraient être impliquées dans des ventes pyramidales.

 

La Banque centrale les invite à l’informer de toute entreprise suspecte de cette pratique.

 

En fait, cette réaction de Bank Al-Maghrib intervient dans un contexte où les offres d’entreprises proposant des placements exagérément lucratifs au grand public prolifèrent.

 

Non seulement ces entreprises enfreignent la loi en opérant une collecte de l’épargne sans avoir les autorisations nécessaires, mais elles escroquent également une grande partie des épargnants qui leur font confiance.

 

Comment y arrivent-elles ? Comment parviennent-elles à convaincre des personnes de placer leur épargne chez eux ?

 

De nouvelles recrues rémunèrent les anciennes

En fait, le principe des ventes pyramidales est assez simple, mais sa mise en œuvre est complexe. Une société recrute des épargnants qui, en contre-partie d’un droit d’entrée, feront partie d’un réseau d’affaires commercialisant un produit donné. Ils seront appelés à recruter à leur tour d’autres épargnants pour faire partie du réseau.

 

A la différence du marketing direct, ils ne seront pas rémunérés que grâce aux bénéfices réalisés sur la vente du produit (qui généralement n’est pas ou pas assez rentable), mais plutôt sur le nombre de personnes recrutées pour intégrer le réseau. Parfois le schéma est beaucoup plus complexe puisqu’un affilié à ce système peut être rémunéré sur les recrutements qu’effectuent ses propres recrues.

 

Vu qu’à chaque fois qu’une personne souhaite intégrer le réseau, elle paiera un droit d’entrée, celui-ci permettra à l’initiateur de la vente pyramidale de rémunérer les premières recrues, et ainsi de suite. L’initiateur du système, lui, récupère des «commissions» tout le long du processus.

 

Les premiers épargnants, les vrais ambassadeurs du système

Les premiers clients ont une importance capitale dans la réussite d’un système pareil. Ils deviennent en effet des ambassadeurs de l’opération. Et plutôt trois fois qu’une. D’abord, parce qu’ils réinvestissent généralement leur épargne et les plus-values qu’ils ont réalisées en espérant augmenter davantage leurs gains. Ensuite, ils recrutent eux-mêmes directement de nouveaux épargnants.

 

Enfin, dans une société où le bouche à oreille s’avère être un excellent moyen de communication, les premiers épargnants feront indirectement la publicité du système en parlant à leurs entourages.

 

Le système s’écroule quand le réseau devient trop grand

Ce n’est qu’une fois le système bien rodé et que le nombre d’épargnants devient important que les choses se compliquent. Plus il y a de monde ayant investi, plus il faut davantage de nouvelles recrues. Une fois il n’y en a plus assez pour «faire gagner» les autres, le système s’écroule et ceux qui n’arrivent pas à récupérer leur épargne deviennent nombreux. Entre-temps, l’initiateur de l’opération aura déjà récolté d’importantes sommes d’argent et pourrait même s’être fait la malle laissant derrière lui des dizaines de milliers d’épargnants plumés.


Une déclinaison du système de Ponzi

La vente pyramidale est une sorte de déclinaison du système de Ponzi, créé dans les années 1920 par Charles Ponzi (devenu millionnaire en six mois grâce à cela !). La différence entre les deux se situe dans le fait que le principe de la vente pyramidale intègre généralement la commercialisation d’un produit, même si cela a surtout pour objectif de convaincre plus de monde qu’il s’agit bien d’une affaire commerciale. Le système Ponzi lui, ne se base que sur des placements financiers.

 

L’affaire la plus connue ces dernières années dans ce cadre est celle de Bernard Madoff. Ce dernier avait convaincu, pendant plus de 48 ans, de riches personnalités de placer leur argent dans un fonds de placement qu’il a monté, en leur promettant un rendement annuel compris entre 8% et 12%. En fait, il n’y avait pas de placement aussi rentable mais plutôt un système où l’argent des nouveaux investisseurs permettait de payer les anciens. C’est le système de Ponzi.

 

Comment les ventes pyramidales pourront être décelées

Les établissements bancaires sont désormais avertis par la banque centrale. Elles sont en première ligne et ont la capacité de déceler les entreprises suspectes d’adopter ce genre de pratique. Les banques doivent en informer Bank Al-Maghrib qui prendra les mesures nécessaires comme ce fut le cas il y a quelques mois avec une entreprise suspectée de pratiquer la vente pyramidale. La Banque centrale a en effet bloqué les comptes de cette entreprise et a déposé une plainte auprès du procureur.

 

Concrètement, les banques peuvent déceler une entreprise suspecte grâce aux dépôts qui sont faits sur son compte. Pour faire croire à la légalité des opérations, les entreprises opérant une vente pyramidale reçoivent une grande partie du droit d’entrée des épargnants par dépôt bancaire, virement ou chèque et non en espèce. Or, selon la législation en vigueur, tout dépôt ou virement fait sur un compte tiers doit porter un justificatif.