Zones industrielles: ce que la Cour des comptes reproche à MHE | www.le360.ma

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Moulay Hafid Elalamy, ministre

Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie, de l'investissement, du commerce et de l'économie numérique. 

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Zones industrielles: ce que la Cour des comptes reproche à MHE

Par Ayoub Khattabi le 27/08/2018 à 14h53

Répartition géographique insuffisante, prédominance des terrains domaniaux, incitations faibles..., voici les principales critiques formulées par la Cour des comptes en passant en revue la gestion des Espaces d’accueil industriels (EAI).

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L’analyse faite par les experts de la Cour des comptes a permis de relever une insuffisance du nombre des EAI au Maroc (109 EAI d’une superficie globale de 8659 hectares), avec une forte concentration (38% des EAI) dans la région du nord-ouest, notamment aux alentours de l’axe Kénitra-Casablanca. Côté connectivité des Plateformes industrielles intégrées (P2I) et des Parcs industriels (PI) par rapport aux infrastructures de transport (autoroutes, aéroports, ports et gares), ledit rapport montre que les P2I sont éloignées des ports d’environ 11 à 300 km, tandis que les PI se situent entre 1 et 82 km (PI Selouane) des autoroutes, et entre 0 et 127 km (PI Jorf Lasfar) des aéroports.

 

La majorité des terrains ayant accueilli les EAI sont des terrains domaniaux, ce qui a eu des répercussions négatives sur la performance de certains EAI, vu leur localisation inadaptée aux besoins des investisseurs industriels. De même, 92% des EAI ont été aménagés par des organismes publics avec une prépondérance de financements publics.

 

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D’un point de vue environnemental, relève la Cour, le Maroc ne dispose pas, jusqu’à maintenant, d’un EAI écologique. Le premier du genre, en effet, sera l’Ecoparc de Berrechid en cours d’aménagement par la Chambre française du commerce et d’industrie au Maroc (Cfcim). De plus, plusieurs EAI fonctionnent sans stations d’épuration des eaux usées (Step) ou avec une Step provisoire.


La compétitivité demeure insuffisante en matière d’incitations à l’investissement et d’offres de services. Côté fiscalité, la comparaison de l’offre du Maroc par rapport à celles de la Tunisie et la Turquie révèle que les incitations fiscales de ces deux pays sont plus agressives sur divers plans, que ce soit au niveau territorial ou temporel ou bien en termes de taux de réduction. De même, par rapport à l’offre de services des P2I, plusieurs services prévus par les cahiers des charges ne sont pas assurés, tels l’offre de services business (business center et outsourcing des fonctions administratives) et celle liée à l’industrie (laboratoire, entretien et réparation).


Les EAI restent peu performants, constate la Cour. En effet, pour les P2I Offshoring, le taux d’occupation est autour de 43% pour les P2I de Fès et Tétouan, alors que pour Oujda shore, le taux d’occupation est nul. De même pour les P2I (hors Offshoring), le taux de valorisation est de l’ordre de 20%, sauf pour Tanger free zone (TFZ) où le taux atteint 82%. Le taux de commercialisation varie quant à lui entre 30 et 67%, à l’exception de TFZ où ce taux frôle les 98%.


Le rapport de la Cour des comptes révèle un faible taux de réalisation des actions planifiées dans le cadre du Pacte national pour l’émergence industrielle (PNEI): seules 9 P2I ont été réalisées sur 16 prévues. Quant au pourcentage global aménagé jusqu’à 2017 en P2I (hors agropoles), il ne dépasse guère 22%. S’agissant du Plan d’accélération industrielle (PAI), aucun parc industriel locatif (PIL) n’est encore prêt.


La planification des EAI s’est faite sans évaluation des plans précédents. Aussi, elle s’est caractérisée par un nombre très limité des études préalables à la mise en place d’EAI et une implication limitée du secteur privé, ainsi qu’un manque d’intégration et de coordination entre les plans des diverses parties prenantes. C’est le cas, notamment, en ce qui concerne la coordination avec les organismes chargés de l’aménagement du territoire et du respect des documents de planification urbaine.

 

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Pour l’aménagement et le développement des EAI, il a été remarqué que le ministère chargé de l’Industrie, chapeauté par Moulay Hafid Elalamy (MHE) procède au lancement simultané de plusieurs EAI, ce qui se répercute négativement sur l’efficacité des actions, à savoir: la mobilisation du foncier et des financements, l’établissement des cahiers de charges, etc. De plus, le placement des EAI auprès des aménageurs se fait sans respect de la concurrence. Ainsi, la majorité des placements a été effectuée auprès du même opérateur avec tout ce qui en découle en inconvénients comme la répétition des mêmes problèmes au niveau des EAI et absence de compétition entre les EAI pour attirer les investisseurs. Par ailleurs, le mode de gouvernance des EAI souffre notamment de l’absence d’un cadre juridique et l’insuffisance du processus de suivi.


La valorisation des EAI reste faible avec une moyenne des taux de valorisation de 20% pour les P2I et de 30% pour les PI (hors PI de la CFCIM), alors que les données sur les taux de valorisation des Zones industrielles (ZI) sont rarement disponibles au niveau du ministère chargé de l’Industrie. Toutefois, la procédure de récupération des lots non valorisés n’a concerné qu’un nombre réduit de ZI, à savoir la ZI de Mohammadia et la ZI Gueznaya à Tanger.