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Coronavirus: fabriquer son propre gel hydro-alcoolique, une fausse bonne idée

Par Zineb Ibnouzahir (@ZinebIbnouzahir) le 10/03/2020 à 06h04 (mise à jour le 10/03/2020 à 06h04)

Depuis quelques jours, face à la pénurie en gels hydro-alcooliques dans les pharmacies et les grandes surfaces, de plus en plus de recettes de gels hydro-alcooliques à faire chez soi circulent sur le web. Voici les raisons pour lesquelles il est déconseillé d'essayer d'en produire soi-même.

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Face à un produit qui se fait rare ou qui se vend à un prix exorbitant, l’idée de s’improviser chimiste, et de concocter une recette home made est tentante.

 

C'est d'autant plus tentant que la presse digitale à travers le monde relaie depuis quelques jours une information selon laquelle l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, a mis en ligne un guide de production, afin de pouvoir réaliser soi-même un gel hydro-alcoolique.

 

Mais ce que la grande majorité des articles de presse ne précise pas, quitte à mettre en danger les internautes, c’est que ce document, effectivement consultable en ligne et intitulé «Guide de Production locale: Formulations des Produits hydro-alcooliques recommandés par l’OMS», est en réalité destiné au seul usage des pharmaciens.

 

Il y est effectivement fait mention d’une «recette» pour produire ce type de gels, décrits par de nombreux journaux comme «simple à faire», et composée de produits vendus en pharmacies ou dans certains commerces.

 

Dans la liste de ces produits, on retrouve ainsi de l’éthanol ou de l’isopropanol, mélangé avec du peroxyde d’hydrogène, du glycérol, et de l’eau distillée (ou bouillie puis refroidie).

 

Pourquoi est-il déconseillé d’essayer de reproduire cette recette chez soi?

Tout simplement parce que l’eau oxygénée, mélangée à de l’acétone ou de l’alcool peut provoquer des détonations ou des combustions spontanées.

 

En effet, comme le précise l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) en France, «le peroxyde d’hydrogène est un oxydant puissant. La réaction peut être violente (combustion spontanée, détonation) avec certains produits organiques (acétone, acétaldéhyde, acide formique, alcools).

 

Les solutions concentrées de peroxyde d’hydrogène constituent des mélanges explosifs avec des matières organiques (huiles, graisse, kérosène), et peuvent provoquer l’inflammation spontanée de matériaux tels que le bois, la paille ou encore le coton.

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Par ailleurs, dans les articles et les posts diffusés sur les réseaux sociaux, il n’est pas non plus fait mention des conditions de préparation, du type d’ustensiles à utiliser, de leur stérilisation, des conditions de stockage, de manipulation, de sécurité, des risques d’ingestion et d’incendie, ainsi que des risques liés au déversement accidentel des produits utilisés lors de la préparation…

 

Or, au vu de la quantité de recommandations émanant de l’OMS, et clairement inscrites dans ce document, la gravité des risques liée à la fabrication et au stockage de ce produit est à prendre en considération.

 

A ce sujet, il y est ainsi précisé que «la production des solutions recommandées par l’OMS pour l’antisepsie des mains peut être réalisée dans des pharmacies centrales ou des dispensaires. Si possible et conformément aux politiques locales, les gouvernements devraient promouvoir la production locale, encourager l’évaluation de la qualité des processus, et maintenir les coûts de production au plus bas niveau. Des exigences spécifiques s’appliquent à la production et au stockage des solutions ainsi qu’au stockage des matières premières.

 

Etant donné que l’éthanol pur est hautement inflammable à une température de 10°C, les unités de production doivent le diluer aux concentrations recommandées dans ce guide.»

 

Alors faute de gels hydro-alcooliques en vente libre, une seule alternative demeure: se laver les mains avec de l’eau et du savon.

 

Quant aux autres recettes de gels hydro-alcooliques qui circulent aussi sur le web, avec pour principales composants de l’aloe vera, de l’huile végétale de jojoba, de lin ou de cameline et des huiles essentielles (Ravintsara, lavande et arbre à thé), leur efficacité n’est absolument pas prouvée dans le cas présent.