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JY Le Drian et Bourita

Les ministres des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian et marocain Nasser Bourita.

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Pegasus, visas, Sahara... Les ressentiments s’accumulent entre Rabat et Paris, Madrid et Bruxelles, selon Le Point

Par Ayoub Khattabi le 04/10/2021 à 10h59

Dans sa "Lettre du Maghreb" sous le titre "Les colères sourdes du Maroc", l’hebdomadaire français Le Point a écrit hier, dimanche 3 octobre 2021, que les "ressentiments" s’accumulaient entre Rabat et Paris, Madrid et Bruxelles, dans le sillage de l'affaire Pegasus, de celle des visas ou encore de la question du Sahara.

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"Quand l’Algérie bougonne, accuse, argue de «complots» nécessairement ourdis par des officines étrangères, rappelle son ambassadeur à Paris, bref ne prend aucun gant pour paraître aimable, le Maroc préfère le pourpre et le pampre, évite les communiqués tapageurs, valdingue des pigeons voyageurs au lieu d’une canonnade sans semonce, fait jouer l’orchestre de son soft power", écrit Benoît Delmas, auteur de cette analyse de l'actualité au Maghreb, publiée sur le site internet du Point.

 

Mardi dernier, indique l’auteur, ce sont certains médias qui ont répondu en premier à la décision française de réduire de moitié le nombre de visas accordés à trois pays composant le Maghreb, ajoutant que ces médias ont mis en musique la "mauvaise humeur royale".

 

Sous la houlette déterminée de Nasser Bourita, son ministre des Affaires étrangères, le Royaume chérifien assume une trajectoire rectiligne, indique le média, notant qu’obtenir coûte que coûte la marocanité du Sahara (accordée par l’administration Trump en 2020), ne pas accepter la moindre remise en question sur ce sujet, poursuivre l’édification du hub entre l’Europe et l’Afrique, être le garde-côte des Etats membres de l’Union européenne… En cas de contrariétés sur ces sujets, les colères du Maroc peuvent avoir des conséquences immédiates".

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Si le garde-côte décide de ne plus l’être, ne serait-ce que 24 heures, c’est "l’Europe qui tremble", explique l’auteur de cette chronique, pour lequel "une journée d’yeux fermés et des dizaines de milliers de migrants franchiront le rubicon".

 

Et de poursuivre que si la qualité des échanges de renseignements sur le sujet de l’antiterrorisme venait à s’amoindrir, les risques d’attentats augmenteraient sensiblement, faisant observer que "pour preuve, Paris n’a pas réagi lorsque l’enquête consacrée au logiciel Pegasus sous-entendait que le Royaume chérifien écoutait son allié au plus haut niveau".

 

"Une explication Le Drian-Bourita a eu lieu à huis clos, mais sans éclats de voix. Les lambris les auront sans doute étouffés", écrit Benoît Delmas.

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Dans le contexte d’un Maghreb éparpillé façon puzzle (une Tunisie menacée par un retour à l’autoritarisme, une Libye divisée), les "colères réelles ou feintes du Maroc méritent d’être prises en compte", d’autant que l’Algérie "monte en acrimonie avec son voisin", souligne Le Point.

 

"Si les frontières sont fermées depuis plus de vingt ans, Alger vient de fermer son espace aérien aux avions marocains, qu’ils soient civils ou militaires. Si le Maroc a accru ses capacités militaires ces dernières années, l’Algérie demeure la puissance régionale incontestée sur ce sujet. Et son agressivité croissante inquiète", observe l'auteur de ce texte. 

 

"Dans un paysage chaotique où chaque pays d’Afrique du Nord se cherche des alliés (Chine et Russie pour l’Algérie, Etats-Unis pour le Maroc), l’Europe doit établir un sismographe des humeurs du Palais. Quand Alger rappelle son ambassadeur, Rabat prépare d’autres rétorsions, plus sioux", conclut Benoît Delmas.