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Philippe de Gaulle

L'amiral Philippe de Gaulle, fils centenaire du général de Gaulle.

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Philippe de Gaulle: «Nous, les Gaulois, n’étions rien avant d’être conquis par Rome. Les Algériens, c’est la même chose»

Par Zineb Ibnouzahir (@ZinebIbnouzahir) le 10/01/2022 à 17h12

A l’occasion de la sortie de ses mémoires le 12 janvier 2022, en librairie, Philippe de Gaulle, le fils centenaire du général de Gaulle, apporte son précieux éclairage sur l’histoire qui lie la France à l’Algérie et les tensions entre les deux pays.

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Dans un entretien exclusif accordé au journal français Le Figaro, l’amiral Philippe de Gaulle, centenaire depuis le 28 décembre 2021, s’est livré sans concessions. Revenant pour l’occasion sur la relation très proche qu’il entretenait avec son père, sur sa carrière épique dans la marine lors de la seconde guerre mondiale, mais aussi sur la politique française actuelle, l’amiral livre également son précieux point de vue sur la guerre d’Algérie, son indépendance et l’histoire controversée des harkis.

 

Pas de pardon qui vaille!

Pour l’amiral Philippe de Gaulle, pas question de saisir l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en juillet pour demander pardon, comme l’exige de la France le régime algérien. Car pour le fils du général, la colonisation française de l’Algérie a beaucoup apporté au pays.

 

«Nous, les Gaulois, n’étions rien avant d’être conquis par Rome. Ils nous ont tout appris. L’état civil, le statut de la femme, l’héritage, les aqueducs, les fortifications, l’art de la guerre. Les Algériens, c’est la même chose: nous leur avons beaucoup appris, plutôt que de parler de crime contre l’humanité», estime ainsi Philippe de Gaulle.

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Le nombre de morts avancé par les autorités algériennes et imputé à la France n’y change rien car, confronté à ces chiffres, l’amiral voit rouge et accuse le régime algérien de continuer à «répandre des mensonges sur la présence française».

 

Les données avancées par la junte algérienne sont d’ailleurs contredites par «les commissions d’experts, qui se sont penchées sur le sujet dans les années suivantes» et qui ont établi «à 188.000 le nombre d’Algériens morts pendant dix ans de combats», annonce l’amiral, en s’écriant, «et non pas 1 million, comme on a entendu!». Aussi agacé qu’indigné par cette version de l’histoire réécrite par l’Algérie, Philippe de Gaulle, rappelle qu’«en 14-18, guerre autrement meurtrière, il y a eu 1,3 million de militaires français tués»,  et invite ainsi l’Algérie à «garder le sens de la mesure».

 

L’Algérie française, «ça ne marchait pas»

S’agissant de l’indépendance de l’Algérie, Philippe de Gaulle explique ensuite le point de vue de son père qui, se souvient-il, «s’est efforcé dans un premier temps d’apporter loyalement le plus d’atouts possibles à une solution la plus française possible», se rendant compte par la suite que «ça ne marchait pas».

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Le général de Gaulle «n’avait pas décidé à l’avance que ça ne devait pas marcher. Mais il savait que les chances étaient faibles», poursuit l’auteur des Mémoires, en rappelant aux détracteurs de son père que «personne n’a le droit de prétendre avoir été trompé, même si certains peuvent déplorer que le président de la République n’ait pas pris leurs désirs pour des réalités».

 

«Après l’indépendance, mon père était soulagé pour la France. Il avait fini par conclure que “ce n’était pas la France qui profitait de l’Algérie, mais l’Algérie qui vivait de la France”», poursuit-il dans cet échange. 

 

La conversion des «harkis de fortune», de l’armée française aux troupes du FLN

Philippe de Gaulle, selon qui «la présence militaire française créait une immense soupe populaire», rappelle qu’en Algérie, à cette époque, «moyennant un fusil de chasse et une casquette, on leur disait: “Tu es harki”».

 

Si le général de Gaulle fut accusé de sa dureté face au drame des harkis, sa position est également reprochée à Philippe de Gaulle par des associations qui l’ont poursuivi en justice. Rétorquant à cette accusation que «la condamnation en appel a été cassée par le Cour de cassation », celui-ci enfonce le clou et déclare, «je maintiens ce que j’ai dit!».

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S’appuyant sur des chiffres, l’amiral rappelle ainsi que «le plus grand nombre de ces harkis de fortune ont rallié le FLN, dont l’armée est passée de 7.000 à 180.000 hommes en dix-huit mois», et que «sur les 240.000 harkis dénombrés et les 38.000 soldats musulmans de l’armée française, la différence entre les 138.000 qui sont venus en France et la centaine de milliers qui s’est intégrée à l’armée algérienne laisse apparaître quelque 40.000 disparus».

 

L’implication du FLN dans la mort de 40.000 harkis

Pour Philippe de Gaulle, le sort de ces disparus ne fait aucun doute, ils ont été «hélas victimes des convulsions révolutionnaires», entendez par là, «les règlements de comptes qui se sont multipliés pour prendre possession des terres cultivées».

 

Dans son livre, Philippe de Gaulle apporte encore davantage de détails quant au retrait des troupes françaises d’Algérie et l’évacuation des harkis qui a valu au général d’être taxé de cruauté envers ces derniers. «Le général de Gaulle avait dit au général Katz d’évacuer rapidement, car si notre retrait était trop lent, les Algériens feraient des escarmouches et prétendraient qu’ils nous ont mis dehors», explique-t-il ainsi.

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Or, poursuit-il, «cent vingt-huit mille harkis ont été évacués dans un premier voyage», tandis que lors du deuxième voyage d’évacuation organisé entre l’Algérie et la France, «il n’en a trouvé que 10.000». Accusant les Français d’Algérie d’avoir été de mèche avec le FLN pour écrire ensemble «la légende noire du Général», Philippe de Gaulle juge ainsi que «ça les arrangeait des deux côtés de lui mettre sur le dos la cruauté du sort réservé aux harkis».

 

En finir avec les accords de libre circulation

Questionné enfin sur les questions migratoires qui occupent le devant de la scène médiatique à la veille des élections présidentielles françaises, Philippe de Gaulle lie cette problématique à la question algérienne et estime ainsi qu’il «faut révoquer les accords de libre circulation qui ont été signés après l’indépendance algérienne, du temps de mon père, et dramatiquement aggravés par le regroupement familial».

 

Car si celui-ci réfute l’idée communément véhiculée que «c’est la fin de la France», la trouvant exagérée, il n’en demeure pas moins qu’il considère la société française «déstabilisée», car «composée de gens qui transportent leurs mœurs ici».

 

Mémoires, de Philippe de Gaulle, Bouquins, 928 pages, 30 €.