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Institut Mohammed VI de formation des imams

L'Institut Mohammed VI de formation des imams, à Rabat. 

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Un reportage du Figaro: former les imams, contrôler les mosquées... Voici comment le Maroc lutte contre le djihadisme

Par Leïla Driss le 08/01/2021 à 19h39 (mise à jour le 09/01/2021 à 09h28)

Le Figaro consacre, ce vendredi 8 janvier 2021, un long reportage aux efforts du Maroc en matière de lutte contre le djihadisme, via la formation des imams et le “contrôle” des mosquées.

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Le reportage, réalisé par un envoyé spécial, Jean-Marc Gonin, a été publié aussi bien sur le site internet du quotidien que sur les pages du Figaro Magazine.

 

L'envoyé spécial du Figaro revient sur le rôle de l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams et des mourchidates, en ce qui concerne la lutte contre le djhadisme, et donne la parole au ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufik, ainsi qu'anonymement, à des responsables sécuritaires marocains, de même qu’à un imam français de Strasbourg, qui a pu être formé dans cet institut.

 

Des islamistes “repentis” condamnés pour terrorisme, ont également la parole dans ce reportage signé de Jean-Marc Gonin et illustré de photographies de Pascal Maitre, de l'agence Myop. 

 

Le Figaro rappelle dans cet article que depuis cinq ans, de jeunes Français ont eu accès à l’institut, grâce à une convention signée entre le Rabat et Paris, sous le mandat de François Hollande, indiquant que les attentats de 2015 en France “prétendument commis au nom d’Allah avaient incité les autorités françaises à trouver des moyens de contrecarrer les discours de haine et de violence qui avaient animé leurs auteurs”.

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L’ouverture de l’institut Mohammed VI “tombait à point nommé” à cette époque, explique Le Figaro, pour lequel “l’islam «du juste milieu» prôné et prêché dans le royaume contribuerait à éclairer et éduquer de jeunes Français selon un culte de paix ouvert aux autres croyances”.

 

L’établissement, qui accueille non seulement des Marocains et des Français, mais aussi de nombreux étudiants venus d’Afrique subsaharienne, abrite une “vaste” bibliothèque qui “porte témoignage de la diversité et de la qualité des enseignements dispensés”, souligne le quotidien, fondé au début du XIXsiècle, sous le court règne de Charles X, lors de la période de la Restauration. 

 

“On est loin du simple apprentissage par cœur des versets du Coran que pratiquent tant d’écoles coraniques dans le monde musulman. Des ouvrages de philosophie, de sociologie, d’histoire, de sciences humaines en général côtoient des séries de monographies produites à l’institut - écrites en arabe, en français ou en anglais - qui abordent les thèmes les plus variés: le christianisme, le judaïsme, la santé mentale, le droit de la famille, pour ne citer que quelques exemples. Sans oublier des fascicules issus de colloques destinés à décortiquer et réfuter en détail les «thèses et allégations terroristes»”, explique l'envoyé spécial du Figaro.

 

Rappelant que le Maroc a été exposé à “des doctrines radicales venues d’Arabie saoudite et du golfe Persique” et au financement de mosquées par des “pétrodollars”, “où l’on prêchait sur un ton violent” qui ont permis la formation “d’imams radicaux”, Le Figaro souligne que les attentats de Casablanca en 2003, et de Marrakech en 2011, ont “donné un coup d’arrêt à ces écoles religieuses venues d’ailleurs”.

 

Selon Le Figaro, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, a été un “acteur central de [cette] reprise en main”, l'envoyé spécial du quotidien orienté à droite, soulignant que depuis son ministère, “il a mené à bien, sous la direction de Mohammed VI, ce qu’il appelle le «retour à la tradition»”.

 

“Notre forme d’islam avait été perturbée par la modernité, les idéologies, les influences étrangères, des déviances de toutes sortes”, a expliqué le ministre au Figaro. “Nous devions renouer avec notre histoire et protéger notre religion des influences extérieures”, a, de plus, détaillé Ahmed Toufiq.

 

Cela est passé à la fois par une “mainmise” sur les mosquées et une formation bien encadrée des imams, explique alors l'envoyé spécial du Fig'.

 

“Aujourd’hui, nous gardons le contrôle pour éviter le désordre”, a confié Ahmed Toufiq.

 

Qualifiant l’Institut Mohammed VI de “pièce essentielle du dispositif”, Le Figaro affirme que “grâce aux enseignements dispensés, le royaume s’assure que la formation des imams sera conforme aux préceptes de l’islam marocain”. Mais la surveillance ne s’arrête pas là, ajoute l'auteur de cet article. 

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“Une tutelle de facto est imposée aux 52.000 mosquées du pays. Et chaque nouveau projet d’édifice religieux est radiographié par les services du ministère des Affaires islamiques”, explique-t-il.

 

Le Figaro cite aussi un responsable de la sécurité marocaine, ayant requis l'anonymat, pour lequel “il n’existe pas de formule miracle pour éradiquer l’islamisme radical”, et qui explique aussi que “la réponse ne pouvait être exclusivement policière et judiciaire”.

 

“Outre la reprise en main des mosquées et de la formation des imams, le responsable sécuritaire marocain met en exergue d’autres points de la stratégie marocaine”, dit l'auteur de cet article, qui écrit que ce responsable sécuritaire affirme que les autorités marocaines ont “ revu de fond en comble les programmes et les manuels scolaires”. 

 

Par ailleurs, souligne Le Figaro, une chaîne de radio -la Radio Mohammed VI du Saint Coran- a été lancée en 2004 “pour contrer l’offensive salafiste diffusée par des chaînes de télévision par satellite”, faisant observer que cette station qui émet en continu connaît des “taux d’écoute importants”.

 

“Les émissions prônent les spécificités de l’islam marocain”, explique Jean-Marc Gonin, et “créent un substitut aux idéologies radicales et les font reculer”, qui écrit que “le travail de longue haleine que ses services ont entrepris vise à contrebattre l’influence salafiste qui s’était discrètement répandue”.

 

Le Figaro revient également sur les efforts fournis par les autorités marocaines sur “le point épineux de la fameuse «déradicalisation»”, à travers des visites de oulémas qui “viennent parler aux terroristes emprisonnés et déconstruisent le discours radical en soulignant ses contradictions”.

 

“Nous subissons beaucoup d’échecs chargé de la lutte antiterroriste au Maroc, mais nous avons aussi enregistré quelques succès”, constate dans cet article, pour sa part, un dirigeant du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), à propos de la question de la déradicalisation.

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Le Figaro est allé à la rencontre de deux “repentis” à Rabat. Le premier, Mohammed Tamir (48 ans), condamné en 2003 en tant que membre d’une cellule terroriste, et qui avait commis plusieurs assassinats avant d’être gracié par le Roi, après 15 ans en cellule durant lesquels il a étudié et obtenu une kyrielle de diplômes, “participe aujourd’hui à la déradicalisation des détenus en leur parlant régulièrement”.

 

Le second, Abdallah Jusufi (21 ans), a été arrêté en Tunisie en 2014 pour son appartenance à un mouvement affilié à Al-Qaïda, et expulsé vers le Maroc, avant d’être condamné par une cour spéciale à trois ans de détention, explique Le Figaro. 

 

En prison, il a adhéré au “programme de réconciliation” qui fonctionne selon trois axes: se réconcilier avec soi-même, avec le texte religieux et avec la société.

 

Confronté à des oulémas, des juges et des psychothérapeutes, Abdallah Jusufi a déclaré à l'envoyé spécial du Figaro que le programme “Mosalaha”, (“la réconciliation”, en arabe), a “changé [sa] vie”.