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Tebboune et Chengriha

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le général Saïd Chengriha.

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Algérie: Saïd Chengriha a finalement éliminé son plus farouche adversaire, le général Ouassini Bouazza

Par Mohammed Ould Boah le 24/06/2020 à 11h27 (mise à jour le 24/06/2020 à 13h19)

Démis de ses fonctions de façon rocambolesque début avril dernier, arrêté violemment puis emprisonné dans la foulée, le général Ouassini Bouazza a fait l’objet d’un procès expéditif. 70 jours seulement après sa chute, il a été condamné hier, mardi 23 juin, à huit ans de prison ferme.

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Selon un communiqué de la Cour d'appel militaire de Blida publié, mardi 23 juin dans la soirée, et repris par l’agence de presse officielle algérienne (APS), «le tribunal militaire a condamné contradictoirement le général Ouassini Bouazza pour les crimes d'outrage à corps constitué, humiliation d'un subordonné, usage de faux, détention d'arme à feu et de munition de guerre catégorie  IV, à huit (08) ans de prison ferme assortis d'une amende de 500.000 Da et confiscation des objets saisis».



Cette condamnation donne désormais les coudées franches au général Saïd Chengriha, chef d’état-major par intérim, dont seul Ouassini Bouazza, fils putatif du défunt Ahmed Gaïd Salah, pouvait contrarier les ambitions de devenir le nouvel homme fort du régime. Cela est désormais clair au vu du prononcé du jugement, qui manque de précision juridique (outrage à corps institué, humiliation d’un subordonné), voire verse dans l’aberration quand il affirme qu’il a été également condamné pour détention d’une arme et de munitions, mais suffisant pour mettre un terme à la carrière de l’encombrant Ouassini Bouazza.



En fait, la dernière présidentielle algérienne de décembre 2019 ne se jouait pas entre Abdelmadjid Tebboune et Azzedine Mihoubi, deux pantins de l’armée comme leur prédécesseur, Abdelaziz Bouteflika, mais bel et bien entre les généraux qui cherchaient tous les faveurs d’Ahmed Gaïd Salah. Et dans cette course effrénée au pouvoir, Ouassini Bouazza avait déjà éliminé bon nombre de généraux en les faisant tomber en disgrâce aux yeux de Gaïd Salah. Mais ce dernier est parti plus tôt que prévu, contrariant ainsi l’ascension fulgurante de Ouassini, connu pour être à la fois le général le plus corrompu et le plus violent de l’armée algérienne.

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Corrompu, car en trois mois seulement passés à la tête de la direction des infrastructures militaires du ministère de Défense, début 2018, il a signé de nombreux appels d’offres au profit d'entreprises chinoises qui lui ont reversé dans ses comptes de juteuses commissions.

 

Violent, car c’est lui qui disait que l’armée algérienne est tellement inefficace qu’elle doit dorénavant faire des exercices militaires à munitions réelles, de telle sorte que les soldats les moins combatifs  soient physiquement liquidés.

 

C’est justement la crainte de cet homme violent et particulièrement arrogant qui avait poussé Saïd Chengriha, un rival de Bouazza Ouassini,  à finasser avec lui en vue de le neutraliser sans dégâts.

 

Une neutralisation devenue d’autant plus urgente que Bouazza, juste après la nomination de Saïd Chengriha à la tête de l’armée, s’est montré particulièrement  menaçant. En effet, Bouazza, se sentant isolé après la mort de son mentor, avait commencé à faire chanter certains généraux et hommes politiques, bien avant d’avoir organisé lui-même l’exfiltration de l’adjudant-chef Gharnit Benouira, l’ancien secrétaire particulier de Gaïd Salah. Il l’avait embarqué dans un avion à destination des Emirats, le 5 mars dernier, avec, dans ses valises, des documents très «sensibles» qui dormaient dans les tiroirs de l’ancien chef d’état-major de l’armée algérienne.

 

Or, plusieurs autres documents auraient été mis en sécurité à l’extérieur par l’ex-DGSI (la Direction générale de la Sécurité intérieure), dès janvier 2020. La visite de Saïd Chengriha aux Emirats arabes unis en février 2020 était d’ailleurs destinée à tenter de retrouver la piste de ces documents. 

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S’ensuivront la mise à l’écart en douceur, puis l’arrestation musclée de Bouazza, qui montrent clairement qu’il y avait un duel à mort entre lui et Chengriha. Ce dernier a mis en exergue son loyalisme envers Abdelmadjid Tebboune, alors que c’est le contraire qui est vrai, en accusant Bouazza d’avoir soutenu la candidature de Mihoubi à la présidentielle déjà promise puis octroyée par l’armée à Tebboune.



Pour rappel, depuis la mort de Gaïd Salah, le 23 décembre 2019, les rumeurs sur le limogeage imminent de Ouassini Bouazza ont été savamment distillées par ses adversaires. Ce n’est finalement que le mardi 7 avril 2020 que le vice-ministre de la Défense, Saïd Chengriha, a installé le général Abdelghani Rachdi comme adjoint de Bouazza lors d’une cérémonie au ministère de la Défense, à laquelle le DGSI n’a pas été convié. Le lendemain, mercredi 8 avril, le président Abdelmadjid Tebboune a signé un décret de nomination de Rachdi, en tant qu’adjoint de Ouassini, mais doté de «larges prérogatives».

 

Lundi 13 avril, Chengriha a organisé une seconde cérémonie d’installation de Rachdi qui, en moins de 7 jours seulement, est passé d’adjoint à patron par intérim de la DGSI.

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Cette nomination intervient juste après la neutralisation de Bouazza, arrêté la même journée du 13 avril par des éléments de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), puis immédiatement emprisonné dans une caserne à Ben Aknoun. Certains témoignages avaient même fait état d’une fusillade lors de cette arrestation.

 

Parallèlement à la condamnation du général Bouazza à huit ans de prison ferme, le président algérien a procédé à un remaniement ministériel partiel, hier, mardi, sur fond de crise économique. Bien que plusieurs ministres parrainés par l’ex-DGSI, dont le ministre de l’Energie ou celui des Finances, ont été rétrogradés, Tebboune a aussi joué son rôle de fusible pour l’armée.

 

Il a ainsi tenté, à travers ce remaniement, de détourner les regards de l’opinion vers le gouvernement et faire ainsi écran sur l’interminable guerre que se livrent les hauts gradés de l’armée algérienne. Le hirak appréciera.