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Mohamed Bouzit

Le général-major Mohamed Bouzit, ancien chef des renseignements extérieurs algériens.

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Armée algérienne: avec l’arrestation de l’ancien patron des renseignements extérieurs, la guerre des clans s’accentue

Par Mohammed Ould Boah le 13/09/2021 à 12h43

Le général-major Mohamed Bouzit, ancien patron de la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure, a été arrêté mercredi dernier. Une arrestation qui met à nu les interminables purges dans l’armée algérienne, dont plusieurs hauts officiers sont tétanisés par des décisions arbitraires.

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L'information de l'arrestation du général-major Mohamed Bouzit, ancien patron de la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE) a d’abord été relayée par le site d'informations en ligne Algeriepart, avant de l'être par d’autres médias du pays. Le360 a pu confirmer l’arrestation de l’ex-homme fort des renseignements algériens par ses propres sources.

 

Mohamed Bouzit, alias Youcef, est entendu depuis vendredi dernier par les enquêteurs de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA) pour répondre de présumés crimes de corruption, enrichissement illicite, trafic d’influence, diffusion de fausses informations pouvant porter atteinte à la sécurité nationale.

 

Le général-major Mohamed Bouzit a pu passer entre les mailles du filet, au plus fort de la guerre des clans. Nommé patron du renseignement extérieur en 2013 par Abdelaziz Bouteflika, il est resté à ce poste jusqu’au mois de mars 2019.

 

Renvoyé en mars 2019 par Saïd Bouteflika à la veille du «putsch anti-cinquième mandat» contre Abdelaziz Bouteflika, il a été à nouveau rappelé à la DDSE en avril 2020 avant d’en être écarté, en janvier 2021, par le chef d’état-major de l’armée algérienne, Saïd Chengriha, qui l’a relevé de ses fonctions, au moment même où le président algérien était hospitalisé pour la deuxième fois en Allemagne.

 

Il s’agissait alors de réduire davantage les pouvoirs de Tebboune, dont Bouzit était les yeux et les oreilles, et d’empêcher, aussi, que le chef suprême des forces armées et ministre de la Défense n’arrive à mettre la main sur les «services» algériens, ou créer son propre clan au détriment de celui de Saïd Chengriha, autoproclamé homme fort de l’Algérie.

 

Cependant, il peut paraître surprenant qu’il ait fallu attendre neuf mois après son éviction et son remplacement par le très effacé général-major à la retraite Noureddine Makri, dit Mahfoud, pour commencer à chercher des poux sur le crâne totalement dégarni du général Bouzit.

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Pris à son tour dans le tourbillon des purges interminables au sein du haut commandement de l'armée algérienne, Bouzit est en réalité victime de la vengeance de la galaxie du général Mohamed Médiène, dit Toufik, du général Khaled Nezzar et du général Mhenna Djebbar. Ces trois généraux, condamnés à de lourdes peines de prison par feu Ahmed Gaïd Salah, veulent expurger l’armée algérienne de tous les hauts officiers qui ont été épargnés par le chef d’état-major défunt.

 

En effet, l’arrivée de Bouzit à la tête des renseignements extérieurs algériens est intervenue en 2013, année où a commencé le démantèlement du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), coupable d’avoir attaqué, par voie de presse, le président Abdelaziz Bouteflika, surtout après son premier accident vasculaire cérébral du 27 avril 2013, et la demande de mise en branle de l’article 88 de la constitution sur la vacance du pouvoir.

 

L’homme-orchestre, qui a mené cette campagne, sur ordre du général Toufik contre le clan présidentiel de l’époque, n’est autre que le colonel «Fawzi» (mort le 18 août dernier), qui avait été écarté en juillet 2013 de la direction du Centre de la communication et de la diffusion (CCD), relevant du DRS. Ce CCD, à titre de rappel, très actif durant les années 90 dits de la décennie noire, servait à mettre au pas (ou à tuer) des journalistes, car il gérait directement le budget de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP). C’est au cours de ce remue-ménage contre le DRS que Mohamed Bouzit prend les rênes des renseignements extérieurs en septembre 2013.

 

Or, pour Toufik, tous les généraux algériens qui ont servi sous Gaïd Salah, qui l’a emprisonné en mai 2019, sont considérés comme des traîtres. D’ailleurs le général Mohamed Bouzit a été évincé de la DDSE quelques jours seulement après le retour d’exil du général Khaled Nezzar, lui aussi condamné à 20 ans de prison sous Gaïd Salah.

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Mohamed Bouzit (69 ans) subit aujourd’hui le même sort que d’autres anciens puissants généraux comme Wassini Bouazza, ancien patron des renseignements intérieurs, DGSI, Abdelhamid Ghriss, ancien secrétaire général du ministère de la Défense et autres Abdelkader Lechkham, Ali Akroum… En attendant les deux derniers généraux limogés la semaine dernière, à savoir Boualem Maddi, l'ex-Monsieur propagande de l’armée, et Abdelkader Bendjelloul, l'ex-directeur central des services de santé de l’armée, tous deux ayant servi sous Gaïd Salah.

 

A part l’algérienne, quelle autre armée au monde subit de telles purges, qui font que tout le monde met tout le monde en prison? Qu’en est-il du moral des officiers au sein d’une telle armée minée par la corruption, l’arbitraire et les règlements de compte?

 

Ces interminables règlements de compte au sein de l’armée algérienne sèment la terreur parmi les hauts officiers qui savent qu’ils peuvent être arrêtés du jour au lendemain, et humiliés comme des moins que rien. Conscient de l’état d’esprit délétère qui domine dans l’armée algérienne, Saïd Chengriha pense avoir trouvé la parade pour redorer le blason de l’ANP. Il veut organiser un grand défilé militaire, à Alger, le 1er novembre pour célébrer le 67e anniversaire du déclenchement de la lutte armée algérienne contre la présence française. Il est très peu probable que cette parade puisse éradiquer la terreur qui ronge de l’intérieur l’armée algérienne.