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Le racisme anti-kabyle: une pratique généralisée au sein de l'armée algérienne.

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Le racisme à l’encontre des Kabyles ouvertement assumé dans l’armée algérienne

Par Mohammed Ould Boah le 19/04/2020 à 11h18

La grande purge initiée ces derniers jours au sein de l’armée algérienne, à nouveau écimée par l’emprisonnement de plusieurs généraux, n’a pas encore révélé tous ses secrets qu’une grave accusation fuse déjà: ces hauts gradés auraient haussé le racisme anti-Kabyle au rang d’une vertu cardinale.

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Les langues vont-elles commencer à se délier au sein de la grande muette algérienne? En tout cas, une purge, actuellement en cours au sein de l’armée algérienne, risque d’ouvrir une autre "boîte de Pandore", et jeter en pâture, sur la place publique, des faits, des "explications", voire de lancer des noms que personne (ne) soupçonnait jusqu’ici.

 

Ce charivari, inédit dans les annales de l'Armée nationale populaire, vient de prendre une résonance ouvertement raciste. Les médias algériens révèlent que les généraux Wassini Bouazza, Abdelkader Lachkhem et Othmane Belmiloud, arrêtés et emprisonnés en début de semaine par le nouveau pouvoir algérien, auront à répondre, entres autres crimes, d’une accusation très grave.

 

Il s’agirait d'une  «tentative de créer des affrontements interethniques en faisant se soulever une partie de l’Algérie contre une autre. Les trois hauts gradés ont, en effet, tenté de semer une haine raciste entre Algériens, encouragée par l’ancien chef d’état-major, le général Gaïd Salah, qui jurait ses grands dieux qu’"aucun Kabyle ne serait président de l’Algérie tant qu’il serait vivant"».

 

Ainsi, le général Othmane Belmiloud, ancien patron de services secrets militaires, serait accusé d’avoir été le fondateur du concept «zéro Kabyle», qui renvoie non seulement à l’exclusion raciale, mais peut constituer une base à la stigmatisation, voire l’extermination ethnique.

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Pire encore, le général Abdelkader Lachkhem, l’ex-premier responsable des transmissions à l’état-major algérien, aurait lui aussi créé une armée d’internautes aux ordres, dont le seul objectif et de noyer les réseaux sociaux de messages humiliants à l’égard de la communauté kabyle, traitée de «zouaves» (les tirailleurs algériens), brandissant une «fourchette» (le drapeau amazigh). D’ailleurs, le chef de file de ces généraux, Wassini Bouazza, ex-puissant chef du renseignement intérieur algérien, avait ordonné d’arrêter tout Algérien qui brandirait un drapeau amazigh, tout en lançant une cabale contre des personnalités kabyles, qu’elles appartiennent au milieu politique, des affaires ou même à l’armée.

 

Ce racisme anticonstitutionnel, assumé comme mode opératoire par l’armée algérienne, ne date pas d’aujourd’hui. Depuis le premier mouvement de contestation, identitaire, parti de la Kabylie (en mars-juin 1980), et qui a sérieusement ébranlé le régime militaire, celui-ci n’a eu de cesse, depuis, que de jouer sur cette "fibre" ethniciste pour tenter de diviser les Algériens entre Kabyles et Arabes, et les dresser les uns contre les autres, afin de mieux asseoir son pouvoir.

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Ainsi le "Printemps kabyle" de 1980, qui n’était rien d’autre qu’une revendication de la reconnaissance officielle de la culture berbère, puis de la démocratie en Algérie, a été immédiatement discrédité par l’armée à travers les médias officiels. Traités de "séparatistes", les militants kabyles sont accusés d’"hérésies" pour avoir prétendument brûlé le drapeau algérien, craché sur le Coran et fait allégeance à la France. Rien que ça !

 

Pourtant, depuis cette date, les mouvements contestataires kabyles, d’obédience politico-identitaire, n’ont cessé de foisonner. Ils vont des plus radicaux, comme le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie de Ferhat Mehenni, qui revendique l’indépendance totale de la Kabylie, aux plus modérés qui exigent la constitutionnalisation de l’identité et de la culture amazighes, en passant par ceux qui prônent l’autonomie de la région kabyle au sein d’une "seule nation".

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Après cette première décennie de l’effervescence kabyle, émaillée par la révolte de la jeunesse algérienne en 1988 (mâtée dans le sang avec quelques 500 morts), l’armée va connaître un "répit" sur ce front socio-identitaire, pour se consacrer à ce qui sera la très meurtrière guerre civile algérienne contre les islamistes (de 1992 à 2001).

 

Aujourd’hui encore, avec le puissant mouvement contestataire du Hirak, initié depuis le 22 février 2019 à travers des manifestations régulières dans toutes les villes du pays, l’armée algérienne semble être revenue à son "délit de faciès" contre les militants kabyles, qui participent en grand nombre à ce mouvement national. Il est très peu probable que les nouveaux généraux, qui ont pris les postes de ceux entre-temps limogés, puissent reconsidérer le racisme anti-kabyle, qui reste l’un des piliers fondateurs de l’armée algérienne.