Tunisie: la course contre la montre pour l’organisation du scrutin présidentiel

Affiches de la campagne présidentielle, à Tunis. Le scrutin est prévu pour le 15 septembre 2019. 

Affiches de la campagne présidentielle, à Tunis. Le scrutin est prévu pour le 15 septembre 2019.  . DR

Validation à marche forcée des candidatures et formation accélérée de 55.000 agents: pour l'Isie, l'instance chargée des élections en Tunisie, l'organisation en moins de trois mois de la présidentielle anticipée, après le décès de Béji Caïd Essebsi, s'apparente à un "sprint".

Le 04/09/2019 à 12h52

Aussitôt après la mort de Béji Caïd Essebsi le 25 juillet, l'Isie a dû trancher sur l'organisation d'une présidentielle anticipée, sous la pression de partis cherchant chacun à obtenir un calendrier favorable.

Finalement, l'Instance indépendante, dont les neuf membres sont élus par le Parlement, a fixé le premier tour, initialement prévu le 17 novembre, au 15 septembre, bouleversant le calendrier électoral: les législatives du 6 octobre se retrouvent reléguées au second plan.

La Constitution prévoit que le processus électoral soit achevé 90 jours après le décès du chef de l'Etat, un défi: le premier tour aura lieu sept semaines après les funérailles du premier président élu démocratiquement au suffrage universel.

Au cœur de l'été, il a fallu s'organiser, s'approvisionner en encre indélébile, faire le tri dans la centaine de candidatures reçues --seules 26 ont finalement été retenues, mais des recours sont toujours en cours, après des contestations sur les parrainages.

"Nous sommes dans un sprint pour respecter les règles," dit à l'AFP Hasna Ben Slimane, porte-parole de l'Isie.

"Nous devons former 55.000 personnes, contrôleurs et agents des bureaux de vote", explique-t-elle.

"L'Isie a de l'expérience, elle a déjà organisé des élections six fois, mais cela reste compliqué", ajoute la magistrate.

En dépit de problèmes d'organisation interne, l'instance a déjà mené à bien plusieurs scrutins historiques -l'élection de l'Assemblée constituante en 2011, au lendemain de la révolution, la première présidentielle au suffrage universel de 2014, puis les premières municipales démocratiques en 2018.

Pour Abdellatif Hannachi, professeur d'histoire contemporaine, "la réaction de l'Isie après le décès de (Béji) Caïd Essebsi est un indice important de sa maturité".

Pour s'assurer du respect des délais constitutionnels, l'Isie a recouru au Parlement, qui a voté un amendement raccourcissant la période de recours des candidats.

Le deuxième tour doit, lui, avoir lieu au plus tard le 13 octobre, selon l'instance.

L'Isie a inscrit 1,5 million de nouveaux électeurs cette année, en majorité des jeunes, une réussite vu le désenchantement exprimé par une abstention de quasi 65% lors des municipales en 2018.

Elle s'efforce d'améliorer son contrôle "sur les réseaux sociaux, et sur les financements de campagne pour que ses décisions soient prises en se basant sur des dossiers solides", avance Hasna Ben Slimane.

Il s'agit là de deux points noirs relevés en 2014.

Ainsi, face à la multiplication de pages Facebook sponsorisées avant l'ouverture de la campagne officielle le 2 septembre, "nous avons envoyé des mises en garde pour demander aux partis de (les) supprimer immédiatement" a indiqué à la presse Nabil Baffoun, président de l'Isie.

Quant à la question du financement de la campagne, l'instance doit s'adresser notamment à la Banque centrale et au ministère des Finances pour effectuer ses contrôles.

Pour Mourakiboun, une ONG locale de contrôle des élections, l'Isie a fait preuve "d'indépendance", un constat majeur dans un pays qui cherche à consolider son modèle démocratique.

Mais Mohamed Marzouk, président de l'ONG, regrette qu'elle n'ait "pas détaillé les méthodes de contrôle des dépenses et de financements des campagnes".

Les accusations de corruption ont fusé dans un climat délétère depuis de longs mois, qui a culminé par l'arrestation d'un des principaux candidats, Nabil Karoui, sous le coup d'une enquête depuis trois ans pour blanchiment d'argent.

Après cette arrestation, qui a nourri des soupçons d'instrumentalisation de la justice, l'Isie a immédiatement assuré que rien n'empêchait Nabil Karoui, même emprisonné, d'être candidat.

Pour Abdellatif Hannachi, cette décision "prouve l'indépendance de l'Isie, qui n'a pas cédé aux pressions de ceux qui lui demandaient d'écarter Nabil Karoui de la course".

Après les élections de 2011 et 2014, les observateurs avaient estimé que; malgré des failles, les scrutins avaient été organisés de manière transparente et indépendante.

Pour Abdellatif Hannachi, qui salue la transparence de l'Isie, son expérience pourrait désormais être "exportée vers d'autres pays en transition, comme le Soudan et l'Algérie".

Le 04/09/2019 à 12h52