Ukraine: bataille acharnée à Severodonetsk, explosions à Kiev

Un ingénieur français, Emmanuel Durand, utilise son laser-scanner le 26 mai 2022 pour cartographier l'architecture de la caserne de pompiers de Kharkiv, construite en 1887. Depuis le début de la guerre en Ukraine, obus et missiles ont endommagé les bâtiments historiques.

Un ingénieur français, Emmanuel Durand, utilise son laser-scanner le 26 mai 2022 pour cartographier l'architecture de la caserne de pompiers de Kharkiv, construite en 1887. Depuis le début de la guerre en Ukraine, obus et missiles ont endommagé les bâtiments historiques. . DIMITAR DILKOFF / AFP

Des «combats de rues» se déroulent à Severodonetsk, ville stratégique de l'est de l'Ukraine, où les forces de Moscou mettent tout leur poids pour contrôler l'ensemble du bassin minier du Donbass, alors que des explosions ont retenti à Kiev ce dimanche matin.

Le 05/06/2022 à 06h26

Le maire de la capitale Vitali Klitschko a fait état dans la matinée de plusieurs explosions, dans les quartiers de Darnytsky et Dnipropetrovsky. Des alertes aux raids aériens ont résonné dans de nombreuses autres villes du pays.

«La situation à Severodonetsk, où les combats de rue continuent, reste extrêmement difficile», a affirmé le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans sa vidéo diffusée dans la nuit de samedi à dimanche, déplorant des «raids aériens, tirs d'artilleries et de missiles constants».

La ville reste au coeur de l'offensive russe dans le bassin minier du Donbass, région orientale sous le contrôle partiel de séparatistes prorusses depuis 2014 et que Moscou espère conquérir en intégralité.

L'état des forces y reste flou.

Selon la Russie samedi, des soldats ukrainiens se retiraient de la ville. «Des unités de l'armée ukrainienne, ayant subi des pertes critiques au cours des combats pour Severodonetsk (jusqu'à 90% dans plusieurs unités), se replient vers Lyssytchansk», une localité voisine, a assuré le ministère russe de la Défense.

Mais Kiev assure combattre pour reconquérir la ville. Les troupes russes «ont réussi à entrer dans la ville et à s'emparer d'une bonne partie de celle-ci, en la divisant en deux. Mais nos militaires sont parvenus à se redéployer, à construire une ligne de défense. Actuellement, on fait tout le nécessaire pour rétablir le contrôle total» de Severodonetsk, a déclaré Olexandre Striouk, maire de la ville, évoquant des «combats de rue».

Un peu plus tôt, le gouverneur de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï assurait aussi que «de premières informations indiquent qu'ils (les Russes) ont réussi à prendre le contrôle de la majeure partie de la ville. Mais nos forces les repoussent maintenant».

«Contre-attaques locales»Les Russes «font sauter les ponts afin que nous ne puissions pas envoyer de renforts à nos gars, qui sont à Severodonetsk», a ajouté le gouverneur.

De son côté, Moscou assure avoir détruit deux centres de commandement ukrainiens et six dépôts de munitions dans les régions de Donetsk et de Lougansk.

Pour l'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW), la dynamique a changé et désormais les forces ukrainiennes «ralentissent avec succès (...) les assauts russes à Severodonetsk à travers des contre-attaques locales prudentes et efficaces».

Les combats se poursuivent aussi sur les autres fronts. Selon le ministre ukrainien de la Défense, «la Russie continue de faire des efforts pour occuper tout notre Etat». Le Kremlin rêve, a assuré Oleksiï Reznikov, de «rassembler les terres» qu'il considère comme «siennes», y compris «la Pologne, les pays baltes, la Slovaquie et d’autres».

Crimée, Donbass, sud de l'Ukraine: au total, la Russie a triplé, depuis le début de l'invasion, la superficie de territoire ukrainien sous son contrôle atteignant 125.000 km², soit 20% du pays, selon Volodymyr Zelensky.

Sur le front méridional, dans la région de Kherson, Moscou «continue de bombarder les territoires occupés et les positions de l'armée ukrainienne», a annoncé la présidence ukrainienne, qui craint une crise humanitaire dans les zones aux mains des Russes.

L'armée russe affirme avoir détruit «un point de déploiement de mercenaires étrangers» près de Datchnoe, dans la région d’Odessa et avoir touché avec des missiles un centre de formation d'artilleurs ukrainiens près de Stetskovka, dans la région de Soumy (nord), où des «instructeurs étrangers ont formé des militaires ukrainiens à l’utilisation d’obusier M777».

Le port de Mykolaïv a aussi été touché par un missile, ainsi qu'une entreprise agricole dans le grand port d'Odessa, où «des entrepôts ont été endommagés» et deux personnes sont mortes, selon Kiev.

«Question de survie»La guerre continue de peser sur les exportations de céréales, dont dépendent, notamment, les pays africains. Après sa rencontre vendredi avec le président russe Vladimir Poutine, le chef de l'Etat sénégalais et président en exercice de l'Union africaine, Macky Sall, a annoncé hier, samedi, son intention de se rendre en Ukraine et de «contribuer au retour de la paix».

De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangère a répondu samedi au président français Emmanuel Macron qui, la veille, répétait qu'il ne fallait «pas humilier la Russie» pour préserver des portes de sortie diplomatiques.

«Nous ferions tous mieux de nous concentrer sur la façon de remettre la Russie à sa place. Cela apportera la paix et sauvera des vies», a rétorqué Dmytro Kouleba, estimant que la position d’Emmanuel Macron ne peut qu’«humilier la France».

Dans le même temps, l'USS Kearsarge prenait ses quartiers à Stockholm. Il s'agit du plus gros navire de guerre américain s'étant jamais ancré dans le port de la capitale suédoise.

«Il est important pour nous, les Etats-Unis, ainsi que pour les autres pays de l'Otan, de montrer notre solidarité avec la Finlande et la Suède», a déclaré le général Mark Milley, le chef d'état-major américain, avant des manoeuvres navales annuelles de l'Otan en mer Baltique.

Dimanche soir, sur la pelouse de Cardiff, les Ukrainiens vont tenter de remporter une autre victoire, celle qui qualifierait la sélection nationale au Mondial de football.

«Nous avons tous compris que le match contre le pays de Galles ne sera pas une question de condition physique ou de tactique, mais bien de survie. Tout le monde va se battre pour cela et tout donner», a expliqué le défenseur Oleksandre Zinchenko, comme pour mieux faire corps avec les soldats ukrainiens, à défaut de pouvoir combattre à leur côté.

Le 05/06/2022 à 06h26