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La folle interview de Tebboune - Télévision algérienne

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, en interview télévisée le 10 octobre 2021. 

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Vidéo. Algérie: les faux «terroristes du MAK» sont en réalité des agents à la solde du régime algérien

Par Mohammed Ould Boah le 20/10/2021 à 18h39 (mise à jour le 20/10/2021 à 20h40)

Dans la soirée du 13 octobre 2021, la télévision publique algérienne a diffusé un documentaire sur les aveux de présumés terroristes armés du MAK, prétendument liés au Maroc et à Israël. Mais le pot aux roses a vite été découvert et le régime algérien a encore été pris en flagrant délit de micmac.

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C’est à travers un communiqué publié le 13 octobre, que la police algérienne a annoncé l’arrestation de 17 présumés «terroristes», censés appartenir à un «commando» armé relevant du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et qui serait soutenu par le Maroc et Israël.

 

Il s’agissait pour les services algériens de «confirmer» ainsi certaines accusations proférées par le président Abdelmadjid Tebboune lors d’une interview diffusée trois jours plus tôt, soit le dimanche 10 octobre. Le président algérien avait en effet affirmé, au cours de cet entretien, que son pays disposait de preuves «irréfutables, par l’image et le son», qui montreraient que «le Maroc est partie prenante» dans les supposées actions subversives du MAK en Kabylie (feux de forêts, meurtre de Djamel Bensmail, projets d’attentats…).

Algérie: parmi les assassins de Djamel Bensmaïl, un agent du général Toufik a été démasqué

 

Sauf que les renseignements algériens, faute de preuves concrètes pour étayer ces élucubrations, ont une nouvelle fois étalé leur amateurisme et leur manque de crédibilité en montrant au grand jour leur maladresse en matière de manipulation, érigée en sport favori par l’appareil militaro-politique qui dirige le pays.

 

Les trois «terroristes du MAK», étant «passés aux aveux» à la télévision d’Etat algérienne ce 13 octobre, ne sont finalement ni des inconnus, ni des terroristes, ni des comédiens, mais des agents émargés sur les services secrets algériens.

 

C’est ainsi que Elmam Makhlouf, présenté comme le membre le plus dangereux des «terroristes du MAK» et sur le dos duquel a été mis tout un arsenal de guerre soit-disant retrouvé et largement exhibé, est un militant connu au sein du Rassemblement national pour la démocratie (RND), parti de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahya, actuellement en prison. Or Makhlouf, qui s’est présenté aux élections locales en Kabylie en 2012 sous la bannière du RND, a menti en prétendant être militant du Rassemblement de la culture et de la démocratie (RCD), parti amazigh d’opposition où il aurait, autre mensonge, côtoyé le chef du MAK, Ferhat Mehenni. Mais l’appartenance de Makhlouf au RND, un parti qui faisait office de FLN-bis et de parti-Etat, a vite été prouvée. Que cache cette confusion délibérée entre un parti du système (RND) et le RCD?

 

L’autre témoin de la piètre mise en scène de la télévision publique algérienne porte le nom de Cheref Tahar Boukhlifa. Le journaliste algérien, exilé en France, Hichem Aboud, a montré que ce prétendu terroriste est en fait un agent de sécurité d'un consulat algérien en Allemagne. Photo de l’intéressé à l’appui, Hichem Aboud montre que Cheref Tahar Boukhlifa est un faux militant du MAK et un vrai agent des services secrets algériens en Allemagne.

 

 

 

Enfin, Chetti Kemal, actif dans le petit commerce selon les réseaux sociaux, est tout simplement l’aîné d’une fratrie au sein de laquelle on recense deux policiers, dont l’un travaille pour les renseignements. Pour ce qui est des 14 autres membres de ce «groupe terroriste», ils n’ont jamais été montrés.

 

Il faut dire que c’est la quatrième fois depuis le début de cette année que ce genre de scandaleux «scénarios» est monté par le régime, prêt à tout pour faire peur aux Algériens et les dissuader de ressusciter le Hirak, ce mouvement populaire qui exige la fin du pouvoir militaire aux commandes du pays depuis son indépendance.

 

En effet, c’est pris de panique suite à la reprise massive du Hirak en février dernier, que le système politico-militaire a commencé, en plus de la répression policière, puis de l’interdiction pure et simple de manifester, à manigancer de fausses menaces d’actions armées que feraient peser des militants du Hirak, puis du MAK, sur le pays. Le «dahdouhisme», comme l’appellent les Algériens, est né le mercredi 17 février 2021, quand la TV d’Etat algérienne a diffusé ce jour-là les faux aveux d’un ancien terroriste, du nom de Abou Dahdah. Ce dernier prétendait avoir été «infiltré» par des activistes du Hirak en vue de s’inspirer de son expérience d’ancien activiste de l’islam politique, et de s’entraîner au maniement des armes en vue de mener des opérations armées contre le pouvoir à Alger.

Vidéo. Le régime algérien dit avoir démantelé une «bande terroriste du MAK», liée au Maroc et à Israël

 

Le 25 avril suivant, au plus fort des manifestations hebdomadaires du Hirak, le ministère de la Défense avait sorti un communiqué évoquant vaguement «une dangereuse conspiration ciblant l’Algérie, fomentée par le MAK». Le lendemain, de nouveaux «aveux» sont diffusés à la TV algérienne. Un certain Nourredine Heddar, tout juste sorti de prison, où il a séjourné pour trafic de drogue et autres actes de délinquance, affirme avoir vendu des armes au MAK, qui «planifiait des attentats».

 

Le 17 août dernier, c’est au tour d’un groupe de personnes arrêtées dans le cadre de l’assassinat de Djamel Bensmail, lors des incendies de forêts en Kabylie, de faire d’autres aveux en vue de «reconnaître» qu’ils ont agi sur ordre du MAK, mouvement que le régime algérien venait de classer comme «groupe terroriste». Il avait même lancé un mandat d’arrêt international contre son président, Ferhat Mehenni. L’on se rappelle que parmi les assassins de Djamel Bensmail, les internautes algériens ont réussi à démasquer, preuves à l’appui, un ex-agent des renseignements, proche du général Mohamed Mediène dit Toufik.

 

Une nouvelle fois, il vient d’être clairement prouvé que le complot dont l’Algérie prétend avoir été la cible de la part de ceux qu’elle appelle des «terroristes du MAK», soutenus par le Maroc et Israël, n’était en fait qu’un mauvais scénario monté de toutes pièces. Cette scandaleuse mise en scène qui vise à détourner la population algérienne d’un quotidien pénible s’est finalement retournée contre le régime qui n’a même pas le talent d’inventer des histoires vraisemblables.