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Sabri Boukadoum

Sabri Boukadoum, ministre algérien des Affaires étrangères. 

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Vidéo. De graves dysfonctionnements mettent à nu la déconfiture de la diplomatie algérienne

Par Mohammed Ould Boah le 15/09/2020 à 13h58 (mise à jour le 15/09/2020 à 14h09)

De nombreux diplomates algériens, dont la mission au sein des chancelleries algériennes à l’étranger s’est terminée, ont été abandonnés à leur sort par leur pays. Ni rapatriés, ni reconduits dans leurs fonctions, ni payés, ces diplomates algériens crient aujourd’hui leur colère.

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Plusieurs diplomates algériens en fin de mission ont été abandonnés par leur pays à l’étranger, et vivent, avec leurs familles, dont des enfants, dans des conditions très difficiles. C’est en tout cas ce que vient révéler une lettre que certains d’entre eux ont fait fuiter sur les réseaux sociaux.

 

Selon cette missive, tous les diplomates algériens qui ont accompli leurs quatre années réglementaires de travail au sein d’ambassades et de consulats de leur pays à travers le monde sont aujourd’hui abandonnés à leur sort par leur ministère de tutelle. Ce dernier avance comme prétexte, à leur abandon, la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes algériennes avec le reste du monde.

 

Depuis début juillet dernier, date à laquelle ils devaient être rapatriés et remplacés par de nouveaux fonctionnaires, ces diplomates sont ainsi laissés-pour-compte, après s'être vu interdit de revenir à leurs bureaux, mais aussi avoir été priés de quitter les domiciles de fonction loués aux frais de l’Etat algérien.

 

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Dans cette lettre, ils écrivent textuellement: «Nous sommes des diplomates algériens, ayant passé les quatre années réglementaires dans les ambassades et consulats algériens à l’étranger. Normalement, nous devions être rapatriés en Algérie depuis juillet dernier, en attendant de nouvelles affectations. Mais malgré les conditions imposées par la pandémie mondiale de coronavirus et la fermeture des frontières aériennes et terrestres, nous avons été obligés de quitter nos logements pour nous retrouver avec nos familles dans des hôtels à bas prix, où nous vivotons comme des cafards et des rats depuis plus de deux mois. Exposés aux contaminations de coronavirus, nos enfants ont été également privés de réinscription dans les écoles sous prétexte que nous sommes en instance de retour en Algérie.»

 

La presse algérienne proche du pouvoir a rapidement réagi à cette lettre, qui met à nu la grave crise que traverse actuellement la diplomatie algérienne. Cette réaction s’explique non pas parce qu’une copie de cette lettre a été divulguée par l’opposant Larbi Zitout depuis son exil londonien, mais parce que les diplomates algériens ont loué la réaction «visionnaire» de la diplomatie marocaine qui a prolongé d’une année supplémentaire tous ses diplomates en fin de mission.

 

Ainsi, écrivent encore les diplomates algériens en colère, «alors qu’il était logique, vu les conditions de force majeure imposées par la pandémie, de reporter le mouvement annuel des diplomates algériens, les autorités algériennes auraient dû s’inspirer de l’exemple  visionnaire de la diplomatie marocaine qui a reporté d’une année le mouvement de tous ses diplomates à l’étranger.»

 

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Taclé par ses propres fonctionnaires exerçant à l’étranger, le ministère algérien des Affaires étrangères s’est caché sous le manteau de «sources» anonymes pour réagir médiatiquement à la divulgation par Larbi Zitout de ladite lettre. «La réalité des choses est que le mécontent londonien (Larbi Zitout, Ndlr) ne comprend pas, ou feint de ne pas comprendre, que les décisions des autorités algériennes en matière de diplomatie ne convergent pas avec celles des autorités marocaines, qui semblent grandement problématiques pour ces dernières», répond maladroitement le département de Sabri Boukadoum, dans les colonnes d’un journal local.

 

Une réponse qui ne résout en rien le calvaire des diplomates algériens à l’étranger. D’ailleurs, ces derniers craignent que leur situation empire, puisqu’ils auraient appris, de sources concordantes et bien informées, que l’Algérie n’ouvrira ses frontières que plusieurs jours ou semaines après l’organisation du référendum constitutionnel, prévu en novembre prochain.

 

Les diplomates algériens ont également saisi l’occasion de leur lettre de protestation pour informer leur opinion publique qu’ils ne sont pas les «fonctionnaires privilégiés» qu’elle imagine, mais qu’à l’instar de l’écrasante majorité des Algériens, ils sont eux aussi traités par le pouvoir militaro-affairiste «comme des animaux, des moutons…».