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Le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

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Entre le Polisario et la Mauritanie, la rupture totale est quasiment consommée

Par Mohammed Ould Boah le 30/03/2021 à 16h08

Le séparatiste Mustapha Sayed, qui vient de passer quelque deux semaines en Mauritanie, rentre déçu à Rabouni. Reçu brièvement et à contrecœur par le président mauritanien, fustigé par les médias locaux, ce tortionnaire notoire a également été boudé par les principaux partis du pays.

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Dans une dépêche datée du lundi 29 mars 2021 et intitulée «La partie sahraouie "satisfaite" du rôle de la Mauritanie», l’agence de presse officielle algérienne, APS, s’est évertuée, dans un compte-rendu sur la virée que le dirigeant séparatiste, Mustapha Sayed, vient d’effectuer en Mauritanie, à tenter d’amortir l’échec cinglant de cette visite. A commencer par l’audience de quelques petites minutes que lui a accordée le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani sur insistance des autorités algériennes, après que Mustapha Sayed a passé plus de cinq jours à Nouakchott sans que la moindre autorité du pays ne lui accorde la plus petite attention.

 

Cette audience, concédée à contrecœur par Ghazouani, a été qualifiée par l’APS d’«entretien rassurant». Une expression qui laisse clairement entendre que le duo Algérie-Polisario a de fortes craintes de voir la Mauritanie reconnaître ouvertement la marocanité du Sahara, après avoir pratiquement adopté cette option sur le terrain, à travers l’établissement et la sécurisation commune des frontières terrestres, particulièrement au niveau du Sahara Atlantique. Des craintes que les tribulations de Mustapha Sayed à Nouakchott n’ont fait que confirmer.

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Le soi-disant ministre-conseiller de Brahim Ghali, chef du Polisario, a en effet tapé aux portes des médias et des partis politiques mauritaniens dans l’espoir de trouver un soutien. Le fait que l’APS soit restée sur sa faim en la matière prouve le fiasco total de cette visite.

Seul le site Alakhbar.info, très proche de l’Algérie, a couvert la visite de Mustapha Sayed en Mauritanie. Avant de se retourner contre lui. Dans une interview sans concession, ce média l’a invité à donner des preuves aux Mauritaniens, très dubitatifs, voire très sarcastiques, sur la réalité de la guerre que le Polisario prétend mener contre le Maroc. Mustapha Sayed a répondu que les dégâts engendrés par les «trois à cinq attaques quotidiennes du Polisario existent. Il y a de la fumée qu’on voit au lointain, des gyrophares d’ambulances perceptibles la nuit… Quant à certains autres dégâts, c’est pour des raisons de secret militaire que nous ne les divulguons pas». Avant d’ajouter, selon des propos repris par l’APS, que «les morsures de serpent du désert et le Corona» sont utilisés par le Maroc pour cacher «ses morts et ses blessés».

 

Peu convaincu par ses réponses, le journaliste mauritanien lui a répliqué qu’il y a une chose qu’il ne peut en aucun cas nier, à savoir qu’après le revers cinglant des séparatistes à El Guerguerate, la messe semble définitivement dite pour le Polisario qui, soit dit en passant, a gravement porté atteinte aux intérêts de la Mauritanie.

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Un constat également rappelé à Mustapha Sayed par certains partis politiques qu’il a sollicités. Ainsi, si le parti au pouvoir, l’Union pour la république (UPR) du président Ghazouani, n’a tout simplement pas daigné recevoir le dirigeant du Polisario, l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), dont le président est arrivé second lors de la dernière présidentielle mauritanienne (19% des voix), a également refusé de le recevoir, accusant le Polisario d'esclavagisme.

 

De même, le parti islamiste de Tewassoul, acronyme en arabe du Rassemblement national pour la réforme et le développement, premier parti d’opposition en Mauritanie avec 14 députés, et dont on se rappelle qu’il a assisté avec une forte délégation au dernier congrès du Polisario à Tifariti, a radicalement changé de position sur le dossier du Sahara.

 

En effet, lors de la réception de Mustapha Sayed, à «la demande» de ce dernier selon lui, le président du parti islamiste mauritanien a clairement signifié aux séparatistes que Tewassoul a désormais décidé de «faire sienne la position du gouvernement et du peuple mauritaniens, qui est celle de la neutralité positive, et son soutien à une solution politique et pacifique, acceptée par toutes les parties».

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Mais le plus gros revers du Polisario est venu de la société civile, et particulièrement des anciens prisonniers mauritaniens dans les camps de Lahmada. Dans une lettre ouverte, adressée par voie de presse au président mauritanien, une ancienne victime des crimes du Polisario à Rabouni, a rappelé à Ould El Ghazouani que l’émissaire du Polisario à Nouakchott, Mustapha Sayed, n’est autre qu’un tortionnaire et un assassin, qui a du sang mauritanien sur les mains.

 

Selon l’auteur de cette lettre, lui-même rescapé des bagnes du Polisario, Mustapha Sayed et plusieurs autres dirigeants du Polisario ont supervisé les tortures et l’assassinat de nombreux Mauritaniens au début des années 80 à la prison Rachid de triste mémoire, sise dans le Sud-Est algérien. Une liste non exhaustive des victimes mauritaniennes du Polisario a été nommément dressée, pour mettre à nu ainsi la face hideuse du Polisario.

 

Il n’est pas étonnant dans ces circonstances que certains médias du Polisario s’en prennent ce 29 mars à la Mauritanie, accusée de se cacher derrière une neutralité positive, qui n’est rien d’autres, selon eux, qu’un soutien au Maroc. Pour preuve, ces médias citent le bouclage militaire total du nord de la Mauritanie, qu’ils considèrent comme un coup fatal porté au Polisario.