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Julie Verhaar - Amnesty International

Julie Verhaar, secrétaire générale par intérim d'Amnesty International. 

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Espionnage téléphonique: les preuves de l’amateurisme d’Amnesty International

Par Aziz Bada le 12/07/2020 à 17h36

Amnesty International n’a jamais contacté le gouvernement marocain avant la publication du “rapport“ où elle accuse le Maroc d’espionnage téléphonique. Une soi-disant preuve de sa correspondance avec Saad-Eddine El Othmani l’enfonce davantage dans un bourbier sans issue.

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Amnesty International (AI) tergiverse à apporter les preuves de son accusation contre le Maroc. D’un côté, les autorités marocaines formulent une seule et unique requête à l’adresse d’AI : fournissez les preuves de votre accusation. De l’autre, AI se noie dans des considérations sémantiques et des rappels tendancieux du «bilan» du Royaume en matière des droits de l’homme, au lieu de fournir la tant attendue preuve matérielle.

 

D’un côté, le Maroc persiste dans une seule et unique demande, à la fois rationnelle et logique. Mais de l’autre, AI montre au fil des jours qu’elle ne dispose visiblement pas des preuves de l’accusation qu’elle a pourtant formulée, sur laquelle ont reposé les sujets traités par les journalistes de pas moins de 17 médias internationaux.

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Cette demande insistante des autorités marocaines s’est exacerbée, vendredi 10 juillet, quand la secrétaire générale par intérim d’AI, Julie Verhaar, a botté en touche dans sa réponse à une lettre du chef du gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani. En réaction, celui-ci a déclaré à la MAP: «dans le gouvernement marocain, nous insistons toujours à nous faire parvenir une copie du rapport d’expertise scientifique adoptée pour adresser ces accusations infondées ou de le rendre public». De fait, la situation commence à ressembler à un dialogue de sourds. Et la partie qui fait semblant de ne pas entendre, c’est bien Amnesty International.

 

Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de cet imbroglio, il faut remontrer au 22 juin 2020, date de la publication du fameux «rapport» dans lequel Amnesty International accuse le Maroc d’espionnage sur le téléphone portable d’un journaliste.

 

Un exposé laborieux

AI affirme, le 22 juin, sur son site web qu’elle a soumis le téléphone portable du journaliste Omar Radi à une expertise et découvert qu’il a été infecté par Pegasus, un puissant système d’espionnage conçu par la société israélienne NSO Group. AI précise aussi que le nom de ce logiciel espion permet d’avoir accès à toutes les données enregistrées dans le téléphone et même d’en activer la caméra et le microphone. Le texte d’AI est long, très long, mais il ne fournit pas l’essentiel: une preuve convaincante. Les auteurs de ce texte lui ont donné la dénomination de rapport, qui introduit un coefficient d’expertise scientifique, alors qu’il s’agit, dans les faits, d’un simple laïus.

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Au cours de son exposé, AI tente d’établir deux faits, mais sans y parvenir. Le premier fait, qui ne nous concerne pas, est que le téléphone portable du journaliste Omar Radi a été infecté par le logiciel espion Pegasus de la société israélienne NSO. Le deuxième fait est que l’Etat marocain serait à l’origine de cette opération d’espionnage. A aucun moment AI, ni son laboratoire (Security lab) auquel l’ONG a confié l’analyse du téléphone portable, n’a su fournir la preuve de cette accusation. Dans son exposé, AI s’embrouille dans une suite d’hypothèses, tente de tisser des liens, mais ne peut fournir aucune preuve évidente. Pour porter une accusation aussi grave contre un Etat, il faut pourtant donner une preuve matérielle irréfutable. Sur ce point précis, le “rapport“ d’Amnesty a lamentablement échoué dans la transformation d’un préjugé en preuve évidente.

 

Pourtant, ce “rapport“, doté d’un titre racoleur, «Un journaliste marocain victime d’attaques par injection réseau au moyen d’outils conçus par NSO Group», a servi à une campagne médiatique ciblant le Maroc. Pour donner un retentissement international à son accusation, AI a confié le “rapport“, avant sa publication, au collectif de médias, partenaires de Forbidden Stories. Alors que pour d’autres affaires, comme «Green Blood», ce sont toujours les journalistes des médias partenaires de Forbidden Stories qui mènent les investigations, dans le dossier qui nous concerne, c’est AI qui a fourni toute la matière, de A à Z, aux médias, dont le rôle n’a pas dépassé celui d’une simple caisse de résonance.

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Alors que jusqu’ici, Forbidden Stories s’est intéressé aux histoires inachevées de journalistes, souvent assassinés en vue de les empêcher de poursuivre leurs investigations, le journaliste Omar Radi est, lui, bien vivant. Mieux encore: on ne lui connaît aucun fait d’armes dans le journalisme d’investigation.

 

Des journaux aussi prestigieux que le britannique The Guardian, l’américain The Washington Post, l’espagnol El Pais ou encore, en France, Le Monde, ont donc pris pour argent comptant l’accusation sans preuves formulée par AI sans même prendre la peine de contacter la partie accusée. En effet, aucun de ses journaux n’a contacté les autorités marocaines pour recueillir leur position, a appris Le360. Quant à AI, qui affirme avoir contacté les autorités marocaines pour avoir un commentaire sur la teneur de son “rapport“, sa soi-disant correspondance en dit long sur le peu de sérieux et la désinvolture avec lesquels ce dossier a été concocté.

 

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Les autorités marocaines affirment n’avoir jamais été contactées par AI pour livrer leur commentaire sur l’accusation dont elles font l’objet. AI prétend avoir contacté le gouvernement marocain qui n’a pas donné suite. Pour fournir une preuve de sa bonne foi, AI a même fait fuiter la correspondance qu’elle a adressée au chef du gouvernement dans Al-Araby Al-Jadeed, un média panarabe dont la rédaction se trouve à Londres.

Courriel Al Araby Al-Jadeed

Courriel envoyé par AI au chef du gouvernement, dont le média Al Araby Al-Jadeed a obtenu copie. 

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La lecture de cette correspondance laisse sans voix. Il s’agit d’un e-mail, daté du 6 juin 2020, et adressé par Claudio Guarnieri à un certain M. Hachi en vue de remettre ce courrier à Saâd-Eddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain. Dans ce courriel, Claudio Guarnieri affirme avoir eu des difficultés à adresser un fax directement au chef du gouvernement et prie gentiment M. Hachi de remettre le contenu de sa correspondance à Saâd-Eddine El Othmani.

 

Il faut garder à l’esprit qu’Amnesty International possède un bureau à Rabat et un représentant, en la personne de Mohamed Sektaoui, qui aurait pu résoudre facilement les problèmes d’une liaison par fax en portant lui-même cette fameuse correspondance au secrétariat du chef du gouvernement. Pourquoi AI n’a pas chargé sa section au Maroc de remettre cette correspondance au chef du gouvernement? Il est permis de penser que des problèmes de fax ont empêché AI de joindre sa section au Maroc.

 

Qui est Claudio Guarnieri, qui a désespérément cherché à joindre Saâd-Eddine El Othmani ?

Selon AI, c’est le responsable du Security lab d’Amnesty, le laboratoire qui a analysé le téléphone portable de Omar Radi. Donc, il s’agit d’un simple technicien d’Amnesty International, qui n’est même pas membre du secrétariat de cette organisation, et qui, cependant, s’adresse au chef du gouvernement marocain. Du point de vue du respect des formes et usages, est-il normal qu’une correspondance adressée au chef du gouvernement soit signée par un salarié qui n’a aucune qualité dans la hiérarchie d’AI? Dans ce genre de correspondance, c’est la secrétaire générale par intérim d’AI qui aurait dû s’adresser au chef du gouvernement et non pas un garde-chiourme cybernétique.

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De plus, Claudio Guarnieri se présente lui-même comme un hacker italien et un activiste des droits de l’Homme. Les boîtes e-mail des responsables et salariés du gouvernement marocain (portant l’extension gov.ma) sont conçues et protégées par la Défense nationale. Il est donc permis de penser qu’un e-mail adressé par un hacker soit bloqué ou directement redirigé vers les spams.

 

Comment se fait-il que pour un sujet aussi grave, portant une accusation contre un Etat, AI se soit contentée de cette bouteille jetée à la mer en espérant (peut-être en toute naïveté ?) qu’elle arriverait à son destinataire? C’est très léger et irresponsable. Dans la gestion de ce dossier, soit AI a fait preuve d’un amateurisme stupéfiant, soit elle donne la preuve de sa mauvaise foi.

 

Impuissante à apporter des preuves, AI se lance dans une diatribe politique

Après la publication du rapport d’AI et le tapage médiatique du collectif Forbidden Stories, les autorités marocaines ont convoqué Mohamed Sektaoui, le directeur exécutif d’AI au Maroc, afin de lui faire part de leur étonnement en lisant dans ce “rapport“ de l’ONG qu’il représente au Maroc les allégations d’AI au sujet d’un prétendu contact préalable avec le gouvernement marocain, ainsi que pour exiger les preuves matérielles de l’accusation. La requête du Maroc étant restée sans suite,  le gouvernement marocain a ensuite publié, le 2 juillet, un communiqué pour sommer AI de fournir les preuves matérielles de son accusation, ne serait-ce qu’en les rendant publiques au cours d’une conférence de presse.

 

Le chef du gouvernement a également saisi la secrétaire générale par intérim d’AI, Julie Verhaar. La réponse est venue de Heba Morayef, directrice régionale à AI. Dans sa réponse, datée du 3 juillet, celle-ci se noie dans de longues considérations de méthodologie, mais ne fournit pas ne serait-ce que l’ombre d’une preuve matérielle.

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Cette lettre a été suivie le lendemain, le 4 juillet, par un communiqué de presse de Heba Morayef, directrice pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International, d’une rare violence, mais qui a le mérite de renseigner sur l’état d’esprit qui prédomine à AI après la publication de ce rapport-bourbier. Dans ce communiqué, aux antipodes du langage des défenseurs de droits de l’Homme, Heba Morayef s’est transformée en opposant politique qui dénonce «une intensification de la répression au Maroc». Et d’affirmer qu’un «un grand nombre de militant·e·s des droits humains, de journalistes indépendants et de protestataires sont actuellement incarcérés, et les autorités profitent de la pandémie de COVID-19 de ces derniers mois pour poursuivre en justice d’autres voix critiques».

 

Si cette responsable d’AI perd ses nerfs en public, c’est que de plus en plus de voix réclament les preuves que l’Etat marocain est l’utilisateur du logiciel espion Pegasus qui aurait été implanté dans le téléphone portable de Omar Radi. Car AI n’a pas seulement le devoir de fournir les preuves à l’Etat marocain, mais également aux médias partenaires de Forbbiden Stories auxquels elle a survendu un sujet, qui n’est, dans les faits, qu’une suite d’hypothèses. En somme, AI a refourgué un pétard mouillé à ce collectif de médias.

Saâd-Eddine El Othmani: Amnesty International n’a pas fourni les preuves de son accusation contre le Maroc 

 

La secrétaire générale par intérim de l’ONG, Julie Verhaar, a fini par répondre le 9 juillet 2020 à Saâd-Eddine El Othmani. Selon nos sources, dans sa réponse, elle fait référence à la convocation du représentant d’AI au Maroc, le 26 juin, ainsi qu’à la réponse de la direction régionale, datant du 3 juillet, mais fait l’impasse sur le communiqué-diatribe du 4 juillet. Est-ce là une façon de désavouer les excès de la directrice régionale d’AI?

 

Dans sa réponse à Saâd-Eddine El Othmani, Julie Verhaar fait part de son ouverture au dialogue et de sa disposition à expliquer aux responsables marocains la méthodologie d’AI.

 

L’Etat marocain, comme l’a rappelé le chef du gouvernement dans sa déclaration à la MAP, ne demande pas un cours de la méthodologie suivie par AI dans ses recherches, mais exige des preuves. Le Maroc est ouvert au dialogue avec Amnesty International, mais à la condition expresse que l’ONG apporte la preuve matérielle des accusations qui ont servi de base à la campagne médiatique orchestrée contre le Royaume.