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La discrimination raciale par Amnesty dévoilée par ses propres employés

Par Amyne Asmlal le 21/04/2021 à 18h45 (mise à jour le 21/04/2021 à 19h21)

Kiosque360. Propos déplacés proférés par de hauts responsables d'Amnesty, préjugés, interrogatoires du personnel noir sans justification et mise à l’écart non justifiée de projets d'employés appartenant à des minorités ethniques. Ce sont là quelques-uns des comportements racistes reprochés à l’ONG.

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De donneur de leçons éhonté au banc des accusés, Amnesty International a vite franchi le pas. Habituée à fouiner dans les affaires des autres, l’ONG internationale est mise subitement sous les projecteurs. Une enquête interne dont les conclusions ont été reprises en exclusivité par le site d’information britannique The Guardien, mis en ligne le 20 avril, accuse ouvertement Amnesty International de pratiques et comportements racistes. Au sein de l’ONG, règne une culture du privilège blanc, avec des incidents de racisme manifeste, écrit le site.

 

Dans le rapport de l’enquête publié par le journal britannique, huit employés actuels et anciens d'AI au Royaume-Uni (AIUK) ont décrit leurs propres expériences personnelles de victimes de discrimination raciale et publié une déclaration incitant les hauts responsables à présenter leur démission. «Nous avons rejoint Amnesty dans l'espoir de faire campagne contre les violations des Droits de l’Homme, mais nous avons plutôt été déçus en réalisant que l'organisation avait en fait contribué à les perpétuer», a déclaré Katherine Odukoya, l'une des dénonciatrices, citée par le journal britannique. Le site d’information précise d’ailleurs qu’en février 2019, il a été révélé qu'au sein d’Amnesty International, l'environnement de travail était «toxique». Un examen de la culture du lieu de travail, commandé après le suicide de deux membres du personnel en 2018, a fait état, entre autres, des brimades généralisées.

 

Les représentants des deux branches de l'organisation de défense des droits de l'Homme basée au Royaume-Uni se sont certes excusés et se sont engagés à apporter des changements, mais le mal est déjà installé. En fait, précise le site, l’examen interne du secrétariat international d’AI, commandé à la suite du mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte, un mouvement politique né en 2013), a recensé plusieurs cas d’employés de l’ONG rapportant des allégations de racisme. Les victimes ont ainsi confirmé des cas d’utilisation de propos inappropriés par de hauts responsables d'AI. Le rapport fait également état de préjugés systémiques. Il parle également d’interrogatoires du personnel noir sans justification et de mise à l’écart non justifiée de projets du personnel appartenant à des minorités ethniques.


Parmi les autres griefs reprochés à l’ONG internationale basée à Londres, le rapport relève un manque de sensibilisation ou de sensibilité, pour ne pas dire un manque de respect, par rapport aux pratiques religieuses. Ce qui se manifeste par des commentaires désobligeants et des comportements déplacés. Entre autres accusations, le rapport publié par The Guardien fait état de comportements agressifs et méprisants, en particulier par courrier électronique et souvent dirigés vers le personnel des bureaux situés dans l’hémisphère sud de la planète.


Plus encore, «malgré quelques changements notables et durement gagnés ces dernières années, le contrôle et l'influence sur nos ressources, la prise de décision, sont restés majoritairement entre les mains de personnes de la majorité blanche du Nord», révèle le rapport. Ce qui explique l’existence de préjugés et d’insensibilité dans la façon dont certaines personnes étaient traitées au niveau du secrétariat international, l’instance qui définit la politique de l’ONG et se charge d'embaucher les chercheurs.

 

D’après le site, ce sont les raisons qui ont poussé à lancer cette enquête interne. Des sondages auprès du personnel ont ainsi été menés. Par la suite, des groupes de discussion composés d’une cinquantaine employés, dont deux exclusivement occupés par du personnel noir, ont été constitués. Tout ce travail a donné lieu, en octobre 2020, à l’élaboration d’un rapport qui n’a pas été communiqué par la presse. Le rapport interne de 46 pages conclut que l’image que renvoie l’ONG et principalement son secrétariat international est totalement différente de la réalité interne. Pour résoudre ce problème, d’après les experts qui ont mené l’enquête, il faudra d’abord reconnaître l’existence de ces «privilèges systémiques». Un mea culpa, en fait.

 

L'équipe dirigeante de la coalition d'Amnesty International s’est dite «dégrisée» par les résultats, ajoutant que «c'est un rappel opportun que la discrimination, le racisme anti-Noir, existent dans notre organisation». Pour les employés, les excuses n’y font rien. Il subsiste bel et bien, au sein de l’ONG, «une culture hégémonique de la classe moyenne blanche qui semble être protégée et reproduite. Le privilège des Blancs est omniprésent».