Le PJD seul contre tous et même contre les siens | www.le360.ma

Le360 Actualités Maroc

ع
PJD
© Copyright : DR

Le PJD seul contre tous et même contre les siens

Par Amyne Asmlal le 26/09/2020 à 00h57

Kiosque360. Les négociations entres partis et ministère de l’Intérieur font du surplace. Et réalité, c’est le PJD qui bloque, en campant sur ses positions et en rejetant catégoriquement celles des autres. En même temps, le parti fait face à une fronde interne.

aA

Le PJD a réussi la prouesse de se retrouver seul contre plus des deux tiers des partis que compte l'échiquier politique national. Depuis le début des concertations avec le ministère de l'Intérieur sur la réforme des lois électorales, le PJD non seulement campe sur ses positions, au demeurant rigides, mais il a réussi à se mettre à dos l'écrasante majorité des partis, écrit l'hebdomadaire La Vie éco dans son édition du vendredi 25 septembre.

 

L'hebdomadaire relève par ailleurs que, paradoxalement, c'est au moment où le PJD dirige le gouvernement que les concertations entre les partis et le ministère de l'Intérieur avancent si péniblement. Ce ne fut pas le cas sous le gouvernement de l'alternance, quand le mode de scrutin est passé de l’uninominal au scrutin de liste, adopté lors des législatives de 2002. Lors des deux échéances suivantes, en 2007, juste après avoir doté les partis de leur première loi organique et en 2011, lorsqu'il a été question de préparer des élections anticipées sous une nouvelle Constitution, tout s'est bien passé.

 

Aujourd'hui, c'est différent. Le PJD accuse tout le monde de tenter de l’affaiblir. Il campe à nouveau le rôle de «victime» qu'il sait si bien jouer. Et ce, au point d'accuser ses partenaires de la majorité gouvernementale de «pratiques insidieuses» à son encontre. Dans chacune des propositions présentées par les autres formations, de l'opposition comme de la majorité et mêmes celles non représentées au Parlement, il voit une tentative de réduire son poids et de le rapetisser ou même de l’isoler.

 

Ainsi, observe l'hebdomadaire, quand la plupart des partis, y compris le PAM et le RNI, revendiquent une suppression du seuil électoral, ou du moins pour l’Istiqlal et le PPS, son remaniement à un taux unifié (3%), le PJD est pratiquement le seul à exiger le maintien de la situation actuelle. A défaut, il accuse les autres formations d'encourager la balkanisation de la scène politique. Cela alors qu'en réalité, il s'agit de garantir une plus grande pluralité politique au sein de la Chambre des représentants et donc de lutter contre l’hégémonie d’un seul parti.

 

Et quand pratiquement tous les partis, dont l’Istiqlal, le PAM, le RNI, proposent de changer le coefficient électoral prenant comme base le nombre des électeurs et non le nombre du suffrage exprimé, le PJD les accuse d’hérésie constitutionnelle et rejette catégoriquement cette option. Là encore, observe l’hebdomadaire, le PJD a fait ses propres calculs. En tenant compte de ses performances de 2016, il aurait perdu pas moins de 40 sièges.

 

En réalité, précise La Vie éco, en s'appuyant sur une base électorale fidèle d'environ 1,5 million d’électeurs, et comptant sur un taux de participation relativement faible, il est sûr de remporter les prochaines élections sans avoir à défendre le bilan de ses dix années au pouvoir, ni à présenter un programme électoral. A condition, toutefois, que l'on ne touche pas au coefficient électoral. Bien sûr, pour le parti islamiste, il n’est pas non plus question de toucher au mode de scrutin. Le PJD pèse, au contraire, de tout sont poids pour que le scrutin de liste soit étendu aux petites circonscriptions de plus de 20.000 habitants. 

 

Pendant qu’il livre bataille contre tous les autres partis, le PJD est en même temps miné par des batailles internes attisées par des ambitions électorales. La guerre des clans a repris. Le président du conseil national et les autres membres du clan d’Abdelilah Benkirane, ancien patron du PJD, ont trouvé en l'initiative de certains jeunes du parti une occasion de déterrer la hache de guerre.

 

L'appel à l'organisation d'un congrès extraordinaire pour renvoyer le secrétaire général à une année de la fin de son mandat, lancé dans le cadre de l'initiative «critique et évaluation», a eu l'effet d'une boule de neige. L'objectif de la manœuvre, au demeurant difficile à mener sous l'état d'urgence sanitaire, est sans doute d'écarter l'actuelle direction du parti de la gestion des élections.