Les points cardinaux du discours du roi

MAP

Dans son discours commémoratif du 39ème anniversaire de la Marche verte, Mohammed VI a fendu l’armure en démontant, l’un après l’autre, les mécanismes de l’imposture séparatiste. Un recadrage tirant sa force de la légitimité historique du royaume sur son Sahara et tourné vers l’avenir. Analyse.

Le 07/11/2014 à 15h45

Ne vous y trompez pas : «Il est un fait que ce que produit le Sahara ne suffit pas à satisfaire les besoins de base de ses populations». D’attaque, le roi Mohammed VI tord le coup à cette fausse allégation colportée par les VRP de la chimère séparatiste, qui n’ont eu de cesse de pointer cette supposée «exploitation», quoique légitime, par le royaume de ses ressources naturelles sahariennes. Or, c’est faux. Et ce ne sont surtout pas les faits qui diront le contraire. «Depuis la récupération de notre Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la Patrie unie» ! L’arroseur arrosé. Au moment où le royaume s’était réapproprié son Sahara des mains de l’occupant espagnol, en ce glorieux 6 novembre 1975, il était un immense désert et si les provinces sahariennes, 39 ans après leur récupération, se découvrent cette posture de villes semi-européennes, c’est grâce aux sacrifices consentis par les contribuables qui vivent au nord des régions méridionales. «Je le dis en toute franchise : les Marocains ont supporté les coûts de développement des Provinces du Sud», rappelle à juste titre le souverain. Les chiffres sont là. «Les indicateurs de développement humain dans la région étaient, en 1975, inférieurs de 6% par rapport aux régions du Nord du Maroc, et de 51% par rapport à la moyenne nationale en Espagne. Aujourd’hui, ces indicateurs dans les Provinces du Sud dépassent de loin la moyenne des autres régions du Royaume».

«Ils auraient pu être meilleurs si seulement le mode de gestion au Sahara n’avait pas connu des dysfonctionnements, qui en ont fait au fil des ans un terrain propice à l’économie de rente et de privilèges indus», martèle le souverain, en taclant, de ce côté-ci, ces vieux et nouveaux parvenus qui veulent «mettre la patrie au service de leurs intérêts». Mais voilà, le souverain sonne le glas de cette pratique interlope. «Assez de la mercantilisation de la patrie !». «Halte aux surenchères sur le Maroc, et halte à l’instrumentalisation de l’espace des droits et des libertés garantis par le pays pour comploter contre lui». En somme, il n’y a plus de place dans le royaume pour les traîtres !

L’autonomie et rien que l’autonomie

Réagissant aux basses manœuvres des ennemis de l’intégrité territoriale du royaume, le roi Mohammed VI n’a pas fait dans la dentelle non plus. Le roi pointe nommément l’Algérie, «véritable partie à ce conflit», pour «sa tentative visant à modifier la nature de ce conflit régional en le présentant comme une affaire de décolonisation». «Le Maroc dans son Sahara n’a jamais été une puissance d’occupation ou une puissance administrante», clarifie Mohammed VI, en précisant que «le royaume exerce plutôt les attributs de sa souveraineté sur sa terre». C’est sur cette base, et seulement cette base, que doit être interprétée l’offre faite, en 2007, par le royaume d'octroyer un statut d’autonomie à ses provinces sahariennes, seule alternative crédible et sérieuse à un faux conflit plus que trentenaire qui plus est hérité de la défunte époque de la Guerre froide. Il en ressort que toute tentative pour dévier les négociations de ce cadre précis sera vouée à l’échec. «L’Initiative d’autonomie est le maximum que le Maroc puisse offrir dans le cadre de la négociation pour trouver une solution définitive à ce conflit régional», tranche le souverain, en soulignant que le royaume «n’a aucun complexe à négocier avec le Polisario» dès lors que cette négociation ne remet pas en question la souveraineté du Maroc sur son Sahara -une ligne rouge- et permet le retour de la population sahraouie séquestrée à la mère patrie. «Le Maroc n’a aucun complexe pour négocier avec qui que ce soit, aussi bien directement que par le biais de la médiation onusienne. Mais là, il faut insister sur le fait que la souveraineté du Maroc sur l’ensemble de son territoire est immuable, inaliénable et non négociable», affirme le souverain, en déclarant «aspirer avec la plus grande espérance et beaucoup d’optimisme à voir les enfants du Sahara réunis dans leur patrie».

Au-delà de l’Algérie et du Polisario, l’ambiguïté prévalant dans la position des puissances occidentales est également montrée du doigt. Ces puissances ne tarissent certes pas d’éloges sur les efforts consentis par le royaume sur le chemin du progrès, faisant valoir un véritable «modèle régional de démocratie», son rôle avant-gardiste dans le maintien de la paix et de la sécurité mondiale, son action exemplaire dans la lutte antiterroriste. Mais quand il s’agit du dossier saharien, ces mêmes puissances restent ambiguës et ne clarifient pas leur position sur la question de la souveraineté du royaume sur ses provinces sahariennes, relève le souverain, en appelant les puissants du monde, avec à leur tête les Etats-Unis, à ne plus entretenir le flou et se prononcer clairement sur la question de la souveraineté du Maroc sur ses provinces sahariennes. Ce point essentiel dans le discours du souverain marque une rupture avec les discours jusque-là prononcés. C’est la première fois que les Etats-Unis, un pays réputé allié du Maroc, se voit sommé de clarifier sa position sur le dossier du Sahara. Il est vrai que le soutien apporté par les Etats-Unis à Christopher Ross en dépit de sa partialité flagrante et de la fin de non-recevoir qu’il oppose aux questions du royaume sur la nature de sa mission, de même que le lobbying de la fondation de Kerry Kennedy qui milite outrageusement en faveur des thèses de l’Algérie et du Polisario, commencent à mitiger la position américaine qui jugeait jusque-là le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme réaliste et crédible. «De plus, le timing est bien choisi, nous explique un connaisseur des arcanes américaines. Joe Bieden, le vice-président américain est attendu dans le royaume le 19 novembre prochain, il sera ainsi contraint de faire une déclaration au sujet de l’affaire du Sahara. Déclaration qui, il faut espérer, sera encore plus tranchée en faveur du Maroc que les formules diplomatiques d’usage».

Vers un nouveau plan de développement

Ces clarifications faites, le souverain a annoncé que 2015 marquera le lancement de chantiers de développement prometteurs au profit des provinces du sud. «Les chantiers que nous allons engager, avec l’aide de Dieu, l’année prochaine, devraient être déterminants pour l’avenir de la région, car il s’agit de la mise en œuvre de la régionalisation avancée et du modèle de développement de nos provinces du sud», révèle le roi Mohammed VI. «Nous avons appelé à une révision radicale du mode de gouvernance dans nos provinces du sud (…) Nous entendons ainsi opérer une rupture avec le mode de gouvernance précédent, et permettre aux fils de la région de participer à la gestion de leurs affaires locales, dans un cadre de transparence, de responsabilité et d’égalité des chances», a assuré le souverain, en appelant le secteur privé à investir davantage dans le Sahara marocain. Une réponse on ne peut plus concrète aux VRP de la chimère séparatiste.

Par Ziad Alami
Le 07/11/2014 à 15h45