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Saïd Chengriha - Chef d'état-major - Armée algérienne

Le général Saïd Chengriha, chef d'état-major de l'armée algérienne.

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Pegasus: l’armée algérienne joue les vierges effarouchées

Par Mohammed Ould Boah le 06/08/2021 à 10h42 (mise à jour le 06/08/2021 à 10h45)

La revue El Djeïch, porte-voix de l’armée algérienne, s’est emparée de l’affaire Pegasus. On attendait une réaction ferme de l’armée algérienne, et on lui découvre une vocation pour le noble métier de voyante.

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Dans son numéro du mois d’août 2021, la revue mensuelle El Djeïch, porte-voix de l’armée algérienne, a consacré deux tribunes, avec quasiment le même contenu, à des attaques puériles contre le Maroc.

 

Dans une première tribune intitulée «L’acharnement du Makhzen contre l’unité du pays est désormais avéré», ladite revue n’a pas directement réagi aux propos du diplomate marocain, Omar Hilale, sur la Kabylie, comme pouvait le suggérer le titre choisi. C’est plutôt un chapelet de prétendues «hostilités» du Maroc à l’égard de l’Algérie qui est listé, allant de «la campagne acharnée visant à inonder [l’Algérie] de toutes sortes de drogues, la tentative de bloquer toute démarche noble (sic!) de la diplomatie algérienne, l’Alliance avec les milieux hostiles à l’Algérie, les liens avec les mouvements terroristes (MAK et Rachad, Ndlr) et le recrutement de traîtres, d’agents et de pseudo-opposants»... Le tout, sans oublier que tout tournage au Maroc de films évoquant le terrorisme des années 90 en Algérie est assimilé à un acte d’hostilité.

Sénile, le chef d’état-major de l’armée algérienne radote

 

Pire: alors que la planche à billets n’a jamais cessé de tourner en Algérie pour tenter de combler les déficits socio-économiques abyssaux, le Maroc est l’alibi tout trouvé pour expliquer que la perte vertigineuse de valeur du dinar algérien serait due à de prétendus «faussaires de monnaie» (sic) engagés par Rabat.

 

C’est dans ce même élan d’hypocrisie que verse davantage la seconde tribune d’El Djeïch, titrée «Scandale Pegasus: du chantage et de la provocation à la plus ahurissante affaire d’espionnage». En d’autres termes, l’armée algérienne, qui dirige directement tous les services d’espionnage et de contre-espionnage du pays, se plaint d’être espionnée. Ainsi, le pays du tristement célèbre Département du renseignement et de la sécurité (DRS) en appelle aujourd’hui à la communauté internationale pour agir contre le Maroc. Une armée est supposée garantir la sécurité nationale et non pas se livrer à des jérémiades sur un voisin qui aurait une vue globale sur les moindres faits et gestes de tous les responsables qui occupent des postes stratégiques dans le pays.

 

On attendait du porte-voix de la junte qui dirige le pays une réponse plus ferme à un supposé espionnage de masse, perpétré par le Maroc. Pourtant, la revue El Djeïch a repris mot pour mot le contenu du communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, qui avait réagi à l’affaire Pegasus: «l’Algérie se réserve le droit de mettre en œuvre sa stratégie de riposte et reste disposée à participer à tout effort international collectif visant à établir les faits», écrit ainsi le média des militaires.

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Le dernier numéro de la revue El Djeich montre donc, si besoin en est, que l’armée algérienne est dépassée par les événements. Embourbée dans des orientations, devenues obsolètes aujourd’hui, à mille lieues des nouvelles technologies, qui sont l’apanage des armées modernes, l’Armée nationale populaire (ANP) joue les vierges effarouchées, au lieu de pointer du doigt les choix désastreux qui l’ont transformé en forteresse en verre. 

 

Au lieu de jouer à la chouaffa qui prédit que «du point de vue juridique, des jours difficiles attendent le Maroc pour être entendu sur les faits et devrait rendre des comptes sur cette dérive impardonnable», l’armée algérienne serait mieux fondée de faire son mea culpa sur les choix désastreux qui font qu’elle est vue et écoutée par tous. Les orientations de l’armée algérienne sont d’ailleurs à l’unisson du reste des secteurs, englués dans l’idéologie communiste, qui fait de l’Algérie un pays, dépourvu d’un système bancaire digne de ce nom, et incapable d’attirer des investisseurs, hors la rente des hydrocarbures.

 

En fait, ce n’est pas seulement l’armée algérienne qui devrait changer de fond en comble ses choix stratégiques, mais le pays entier. Quand on sait que c’est l’armée qui dicte la conduite à suivre en Algérie, l’un ne va naturellement pas sans l’autre.