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Maelainine Amina

Amina Maelainine.

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PJD: le voile est tombé

Par Mohamed Younsi le 11/01/2019 à 21h29 (mise à jour le 12/01/2019 à 14h27)

Kiosque360. Les photos, sans voile, de la députée Amina Maelainine a remis sur le devant de la scène médiatique et politique le discours paradoxal et ambivalent du Parti de la justice et du développement et enclenché le débat autour de l’habit comme symbole politique et référentiel idéologique.

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Les photos de la députée du Parti de la justice et du développement (PJD) à la première chambre des représentants, Amina Maelainine, a fait braquer les projecteurs sur son parti, sa Lampe, son discours, son éthos symbolique et ses référentiels idéologiques.

 

C’est la problématique abordée par le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, qui consacre un spécial à cette affaire dans son édition du week-end des 12 et 13 janvier. Analysant ce fait, qui rappelle d’autres scandales de leaders du même parti, le quotidien a conclu que «le voile du PJD est tombé». Il ne s’agit pas uniquement du voile (hijab), que le parti réduit aujourd’hui à un style d’habillement lié à la vie privée de la personne, mais du masque, qui, une fois tombé, a mis à nu le discours du parti, son double jeu sur les registres de la religion et de la modernité. Ce qui fait dire au quotidien que «cette affaire de Maelainine n’aurait pas suscité l’intérêt et enflammé la polémique si le voile (hijab) n’était pas simplement un engagement religieux… mais des messages sociaux, théologiques et politiques, véhiculés à un moment déterminé et dans un contexte précis, formant ainsi un contrat entre l’islamiste politique et l’ensemble des sympathisants de sa politique et lors des élections».

 

Avec cette connotation, poursuit le quotidien, le voile est une identité politique qui se positionne en face d’autres. Après avoir effectué le cadrage sémantique et politique de ce concept (hijab), le quotidien souligne comment les islamistes avaient mis en exergue le port du voile comme comportement éthique dans leurs plaidoyers, en l’investissant en politique et lors des élections pour s’attirer la sympathie des électeurs. Dans ce contexte, le voile rapporte.

 

Mais lorsque des leaders du parti ont «violé» le même voile (cas de Maelainine qui l’a abandonné sur l’autre rive, de Yatim qui se baladait avec une non-voilée dans la capitale de l’Hexagone, ou encore de Fatima Nejjar, surprise en flagrant délit d’adultère avec son voile), le parti de la Lampe est monté au créneau, rectifiant le tir, pour dire que «le voile est une affaire de vie privée» qui n’a aucun lien avec ses référentiels. Et pour le faire croire, le parti avait ouvert ses listes électorales à des non-voilées, pour leur réserver des places de second rang, fait remarquer le quotidien, signalant que la même tactique a été suivie par les islamistes d’Annahda en Tunisie. Le parti d’Annahda avait même accrédité une juive lors des échéances électorales, rappelle le quotidien. La fin électorale justifie les moyens électoraux. Suivant la même approche, le PJD a raflé des voix dans le camp de la modernité, en faisant croire qu’il optait pour une ouverture en recueillant également des voix. C’est dire que le voile a été un instrument électoral pour induire en erreur des électeurs dans les deux camps.

 

Mais aujourd’hui, il a dévoilé la politique du PJD et divise ses leaders, fait remarquer pour sa part le quotidien Assabah dans son édition du même week-end. En effet, précise le journal, cette affaire de photos a divisé le parti en deux blocs. Le premier, qui défend la députée, a d'abord invoqué la théorie de complot, avant de recourir à d’autres arguments, soulignant notamment que le voile n’a aucun lien avec les référentiels du parti et renvoyant l’affaire dans le registre de la vie privée. Alors que le second clan crie au scandale et dénonce le double discours des leaders du parti. Quoi qu’il en soit, cette affaire de voile a dévoilé le PJD.