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Imam mosquée
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Réseaux sociaux: le ministère des Habous surveille les prêcheurs

Par Samir Hilmi le 26/09/2018 à 00h59

Kiosque360. Le ministère des Habous et des affaires islamiques a décidé de surveiller les Imams et Oulémas qui s’activent sur les réseaux sociaux. Une initiative qui a suscité un tollé général sur la Toile.

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Le ministère des Habous et des affaires islamiques a adressé une circulaire à ses délégués régionaux et au Conseil supérieur des Oulémas pour leur demander de recenser les prédicateurs présents sur les divers réseaux sociaux, soit sur Facebook, Instagram, Twitter et Google. Une décision qui a créé un tollé sur la Toile. En effet, les internautes ont abondamment commenté ce document intitulé «Recensement des Imams disposant d’une page ou d’un compte sur les réseaux sociaux». Cette note enjoint les délégués à faire appel aux conseillers religieux pour accomplir cette mission et à faire parvenir les données recueillies au ministère d’ici fin octobre prochain. Nombre d'internautes ont alors crié à une atteinte à la liberté des Imams et à une restriction de la communication avec les citoyens. Le ministère de tutelle a, suite à cette polémique, publié une mise au point dans laquelle il réfute ces accusations, soulignant qu'il a toujours fait partie de la mission des Oulémas de rester en contact direct avec la population.

 

Le quotidien Al Ahdath Al Maghribia rapporte, dans son édition du mercredi 26 septembre, que le ministère des Habous a, dans cette mise au point, loué les bienfaits des réseaux sociaux, à condition cependant qu’ils soient utilisés à bon escient. Ainsi, les Oulémas, Imams et prédicateurs doivent s’engagent à respecter les constantes de la «Oumma», en conformité avec les textes juridiques qui régissent leur mission. Le ministère affirme donc encourager, sur les "tribunes électroniques", toute publication de prédicateurs allant dans le sens du respect des fondamentaux de l’Etat et des préceptes de l’islam qui en découlent. Néanmoins, tout ce qui est incompatible avec ces constantes et ces engagements sera notifié à l’intéressé par l’institution religieuse, seule habilitée à juger de la pertinence de son contenu.

Ceci dit, aucune mesure ne sera prise à l'encontre des prédicateurs en question, à moins qu'ils ne persistent à tenir un discours en contradiction avec ces fondamentaux.

 

Il est nécessaire de rappeler que le ministère des Habous et des affaires islamiques a procédé à l’audition d’un imam qui, à Ouarzazate, a fait l’objet d’une plainte l’accusant de véhiculer un discours de haine. Le mis en cause avait, sur sa page Facebook, demandé aux citoyens de s'abstenir de voter pour un parti qu’il a qualifié de «laïc».

 

Dans son édition du même jour, le quotidien Assabah évoque également la circulaire du ministère et les réactions des internautes. Mais le journal se démarque en se focalisant sur les débats engagés sur la Toile, faisant remarquer que la plupart des internautes se posent des questions sur les véritables intentions que cachent cette décision du ministère des Habous.

 

Le journal rappelle que les prédicateurs, las d’être sous le couperet de la censure, se sont repliés sur les réseaux sociaux pour exprimer leur point de vue sur les sujets politiques et sociaux. Des Imams et des Oulémas sont ainsi très actifs sur la Toile, où ils prêchent les préceptes de l’islam et participent à des débats d’ordre religieux. D’autres animent des discussions politiques et sociales et donnent leur avis sur ces sujets, sans toutefois dépasser les lignes rouges.

 

D’ailleurs, jusqu’à la décision de ce recensement des Imams actifs sur les réseaux sociaux, aucun n’avait suscité de polémique. Ce qui laisse supposer, selon les internautes, que cette initiative du ministère cache d’obscures visées qui ne correspondent pas à l’objectif annoncé. D'autant que cette initiative vient s’ajouter à d’autres décisions du ministère qui a limogé des Imams ayant, lors des prêches du vendredi, abordé des problèmes politiques et sociaux, ou encore nourri des superstitions en affirmant que les ouragans et les tremblements de terre étaient des punitions de Dieu à l’encontre des apostats.