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Usine fraise
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Covid-19: tout sur le foyer de contamination de Lalla Mimouna

Par Amyne Asmlal le 21/06/2020 à 21h19 (mise à jour le 22/06/2020 à 17h29)

Kiosque360. Tout portait à croire que ce foyer éclaterait un jour ou l’autre, affirment les acteurs locaux. En pleine saison de cueillette et de traitement de la fraise, activité qui draine une main-d’œuvre importante, le drame a fini par se produire.

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Depuis le début de la pandémie, le Maroc n’a jamais affronté pareille situation. Plus de 700 cas ont été enregistrés en à peine trois jours dans la commune de Lalla Mimouna. Les chiffres se sont emballés, au point que le nombre de personnes infectées pourrait atteindre le millier en début de semaine.

 

L’apparition de ce foyer à Lalla Mimouna, dans la province de Kénitra, aurait-elle pu être évitée? Une enquête, actuellement en cours, pourra certainement nous le dire. Pourtant, il fallait s'attendre à un tel drame, relève Al Massae dans son édition du lundi 22 juin.

 

En effet, souligne le quotidien, la saison de la récolte de la fraise bat son plein. Les exploitations agricoles se sont transformées en véritables fourmilières, les unités de conditionnement et de traitement des fruits rouges éparpillés dans la région tournent à plein régime et les exportations explosent, enregistrant une hausse de 25% par rapport à l’année dernière. Les ouvrières sont quotidiennement entassées dans les pick-up qui les conduisent dans les exploitations de fraise ou les usines de conditionnement, où la distanciation sociale reste un mythe.

  

Immédiatement après l’éclatement de ce foyer, les autorités se sont mobilisées. 6.000 tests ont déjà été pratiqués et un hôpital de campagne installé a Sidi Yahya accueille déjà les malades. Les 700 personnes contaminées enregistrées en fin de semaine seront toutes traitées sur place. Dans les champs de fraises et les unités de conditionnement et de traitement, les activités ont été suspendues par les autorités. Ils emploient des ouvrières issues de plusieurs villes comme Sidi Kacem, Sidi Slimane, Ouzzane, Larache, ainsi que de plusieurs communes de la province de Kénitra. 

 

D’après le ministère de l’Intérieur, cité par le quotidien, les premiers cas de ce foyer ont été découverts dans le cadre des tests réalisés dans toutes les unités industrielles et commerciales. Ce qui a permis de détecter ce foyer et de le maîtriser rapidement. En effet, en plus de la prise en charge rapide des personnes infectées, le ministre a procédé au durcissement des mesures de confinement sanitaires dans les communes relevant des provinces de Kénitra, Ouazzane et Larache, d’où proviennent ces employés. Il a été également procédé à la réalisation de tests de dépistage pour tous les sujets contacts, opération qui nécessite d’ailleurs beaucoup de temps.

 

Après la maîtrise par les autorités de ce foyer, les syndicats et les associations des droits de l’Homme se sont emparés de l’affaire. Ces dernières ont d’ailleurs fait état de nombreux dépassements en matière de droits de ces ouvrières qui, en tant que travailleuses saisonnières, ne sont manifestement pas déclarées à la CNSS. De même, les employeurs ne sont pas très regardants sur l’âge légal du travail et embauchent des filles d'à peine plus de 16 ans. Le salaire minimum légal n’est pas non plus garanti. Les ouvrières, vu la situation de précarité dans laquelle elles vivent avec leurs familles, ont été obligées d'accepter de travailler dans ces conditions, relèvent les acteurs associatifs qui s’activent dans le domaine de la protection des droits de l’Homme dans la région.

 

Ces mêmes acteurs associatifs, poursuit le quotidien, vont plus loin et font porter la responsabilité de ce foyer aux autorités qui gèrent la pandémie. Les ouvrières des exploitations ont, selon eux, été laissées pour compte. Ainsi, sur les 32.000 tests de dépistage réalisés dans la région dans le cadre des opérations préventives menées par les autorités, 95% ont été réalisées dans les entreprises industrielles, les banques et les grandes surfaces situées dans le milieu urbain. A peine 5% des tests ont été réservés au monde rural, qui abrite pourtant 45% de la population.