Insécurité sur les autoroutes: l’Etat a-t-il échoué?

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Revue de presseKiosque360. Depuis des années, les autoroutes sont le terrain de prédilection des bandes armées qui caillassent les voitures et délestent leurs occupants de leurs biens. Plusieurs conducteurs et passagers ont été tués ou blessés, y compris un ex-ministre de l’Intérieur.

Le 03/07/2018 à 21h45

La multiplicité des agressions commises, sur les autoroutes, par des bandes armées, a semé la panique parmi les conducteurs, qu’ils soient particuliers ou professionnels. Le mode opératoire de ces criminels? Jeter des pierres ou des barres de fer sur les voitures à partir des ponts ou de la brousse avoisinante pour les obliger à s’arrêter, avant de les délester de leurs biens. Plusieurs conducteurs ou passagers ont été grièvement blessés ou, pire, ont trouvé la mort. Ce qui a alarmé le Parlement.

Le quotidien Assabah rapporte, dans son édition du mercredi 4 juillet, que la plupart de ces agressions ont été signalées entre les axes autoroutiers de Tanger-Casablanca-El Jadida et Casablanca-Marrakech. Mais c’est dans le nord que les coupeurs de route sévissent le plus, notamment sur l’axe Tanger-Assilah. Ainsi, c’est dans cette portion de l’autoroute que Mohand Laenser, secrétaire général du MP et ex-ministre de l’Intérieur, a été victime d’une agression dont il s’est sorti, heureusement, avec une légère blessure. Certes, les autorités de la région ont essayé de minimiser l’ampleur de ces agressions pour atténuer la panique qui s’est emparée de la population. Mais toujours est-il que plusieurs conducteurs ont affirmé avoir été victimes de jets de pierres dans cette région, précisant même que des agressions mortelles, étrangement enregistrées comme étant des accidents de la circulation, ont eu lieu.

C’est après l’agression contre la voiture de Mohand Laenser, largement rapportée par la presse, que ce phénomène a pris de l’ampleur et a même fait l’objet d’une question orale au sein du Parlement. Mais, malgré l’arrestation de certains accusés par les différents services de sécurité de la région (Tanger-Assilah), d’autres criminels courent toujours et attendent, peut-être, l’occasion de reprendre leurs méfaits.

Cinq d’entre eux, originaires de Lalla Maimouna (Kenitra) et coupables d'attaque contre une camionnette de transport, ont néanmoins fini par tomber dans les filets des enquêteurs. Au cours de cette agression, les occupants du véhicule, dont des femmes, ont réussi à repousser les assaillants. Le chauffeur a même pu neutraliser l’un d’entre eux. Arrêtés et déférés devant la Cour d’appel de Tanger, les cinq brigands ont été condamnés à une peine de 25 ans de prison chacun.

Par ailleurs, à peine inaugurée, l’autoroute de contournement de Rabat a été le théâtre de plusieurs agressions, dont notamment celles perpétrées contre deux camions remorques et un véhicule utilitaire chargé de marchandises. Après moult investigations, le responsable de la gendarmerie de Ain Aouda a mobilisé plusieurs éléments de la région pour composer un commando dont l’intervention a permis l’arrestation des criminels. Mais l’agression la plus spectaculaire a eu lieu entre Skhirat et Ain Atik, quand le chauffeur d’un camion transportant 40 tonnes de fer a été piégé par une bande de faux policiers parmi lesquels se trouvait un militaire en fonction à Ouarzazate.

Le chauffeur, qui avait pris la route de Jorf Lasfar à destination de Tanger, a pris un auto-stoppeur près de Bir Jdid qui s’est avéré être, par la suite, un membre d’une bande criminelle. Ses complices, qui roulaient dans une voiture de location, l’ont suivi à partir de Casablanca, en passant par Mohammedia et Bouznika. Arrivé à la hauteur de l’autoroute de contournement près de Skhirat, l’individu a asséné un coup de couteau au chauffeur avant d’arrêter le camion. Le pauvre homme a alors été encerclé par les autres membres de la bande qui l’ont ligoté à l’intérieur de la voiture de location. Il y restera dans cette position pendant 15 heures, sous bonne garde, le temps que le camion arrive dans la région de Khouribga pour être déchargé de son contenu.

Avertis, les éléments de la gendarmerie de Témara ont entamé leurs investigations et réussi à arrêter les coupables dans la commune de Oualed Abdoune, près de Khouribga. Ils y ont découvert un hangar où étaient entassées près de 400 tonnes de barres de fer dont le propriétaire, qui n’est autre que le neveu du président d’une commune de la région, avait pris la fuite.

Al Ahdat Al Maghribia, qui traite le même sujet dans son édition du mercredi 4 juillet, estime qu’il ne suffit pas de déployer des éléments des forces auxiliaires sur les ponts pendant la journée car les agresseurs agissent la nuit, quand il n’y a pas de contrôle. Même l’installation de caméras sur les autoroutes, ajoute le journal, ne permet pas de réduire les agressions de malfaiteurs obstruant la chaussée avec des pierres. C’est d'ailleurs ce qui s’est passé près de l’échangeur de l’autoroute de Bouskoura où plusieurs conducteurs ont été victimes d’agressions par une bande criminelle qui a été arrêtée par la gendarmerie. Mais cela suffit-il? C'est la question que se pose le quotidien qui se demande si l’Etat va demeurer impuissant face à ce phénomène et si «Autoroute du Maroc» (ADM) n’est pas responsable de la protection de ses clients dans un territoire qui relève de ses compétences.

Par Samir Hilmi
Le 03/07/2018 à 21h45