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Librairies, bibliothèques, édition… Voici les sombres facettes de la crise de la lecture au Maroc

Par Mohammed Boudarham le 10/12/2019 à 14h02 (mise à jour le 10/12/2019 à 14h05)

Des bibliothèques publiques en nombre insuffisant et mal équipées, des librairies qui ferment, un secteur de l’édition encore très balbutiant… Le CESE dévoile les sombres facettes de la crise du livre -et donc de la lecture- au Maroc.

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Les Marocains ne lisent pas et ne dépensent que 8,8% de leur budget à l’enseignement, la culture et le divertissement.

 

Selon un rapport international, ils consacrent seulement 57 minutes par an à lire, et 97% des enfants âgés entre 7 et 14 ne lisent pas. Ce sont là quelques éléments de l'indigence de la lecture au Maroc, reprises dans le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), adopté en juillet dernier et qui vient d’être publié intégralement au Bulletin officiel, dans sa livraison du 5 décembre dernier. 

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Intitulé «Promouvoir la lecture, urgence et nécessité», le rapport fournit d’autres éléments qui renseignent sur une crise profonde. Et à tous les étages de la société. 

 

Le CESE fait état, par exemple, de l’inquiétante fermeture des librairies. A Casablanca, le nombre de librairies professionnelles est passé de 65 en 1987 à ... 15 en 2016.

 

Autrement dit, 50 librairies ont cédé la place à d’autres activités: ces lieux de diffusion de la culture sont devenus des snacks ou autres salons de coiffure…

 

Au Maroc, le monde de l’édition ne se porte pas bien non plus. Les éditeurs professionnels, auditionnés par le CESE, attestent que notre pays compte 60 maisons d’édition, mais seulement 20 d'entre elles parviennent à être actives de manière régulière.

 

Ce n’est pas tout: parler d’"activité", en ce qui concerne l'édition au Maroc n'est qu'un doux euphémisme, quand on sait qu'en moyenne, les titres publiés chaque année par une maison d’édition ne sont pas plus de quinze. 

 

Plus scandaleux encore: pour chaque titre édité, la moyenne des tirages est actuellement de 550 exemplaires, au lieu de 2.000 voici à peine quelques années.

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Et être libraire de profession ou éditeur ne fait pas de vous, non plus, un homme prospère au Maroc. Les auteurs, quant à eux, tirent le diable par la queue, et les contrats qu'ils nouent avec leur maison d'édition sont léonins.

 

Selon les conclusions du CESE, 26% des titres publiés lors de la période 2017-2018 l’ont été à compte d’auteur, soit un total de 794 titres. Et, condition logique, les ouvrages édités ne dépassent généralement pas les cercles géographiques ou des proches et des amis de l’auteur.

 

609 bibliothèques, mais un stade fait mieux!

Selon le CESE, le Maroc compte actuellement 609 bibliothèques publiques mises en place, généralement, grâce à des partenariats avec les collectivités territoriales. Mal équipées et mal approvisionnées, leur capacité d’accueil est limitée.

 

Le rapport relève que ces bibliothèques disposent d’à peine un peu plus de 1,5 million de titres mis au service de 109.472 abonnés (sur une population de quelque 36 millions d’âmes). 

 

Cerise sur le gâteau, leur capacité d’accueil est très réduite: pas plus de 12.200 places. C'est moins que les gradins d’un stade de banlieue.